Posté le: Mer Nov 14, 2007 2:47 pm Sujet du message:
PROTAGONISTES
OTHMAN — Othman fut le quatrième converti à l’Islam. Proche de Mahomet, il était membre du très puissant clan des Omeyyades. Il fut le premier notable mecquois (et pendant longtemps le seul) à se convertir. Gendre de Mahomet puisqu'il épousa deux de ses filles, Ruqayya et Umm Kulthum. Il fut le troisième Calife “bien guidé”.
ALI — voir ci-avant.
ZUBAYR — voir ci-avant.
TALHA — Talha ben Ubayd Allah, proche parent d’Abu Bakr, fut l'un des premiers convertis à l’islam. Au début de la prédication de Mahomet, Talha était l'un des rares musulmans sachant lire et écrire. Au cours de la bataille de Uhud, il servit littéralement de bouclier humain à Mahomet : ce qui lui valu de Mahomet en personne le surnom de « martyr vivant ». Lui aussi fait partie des dix compagnons a1-`Ashara a1-Mubashshara auxquels Mahomet aurait garanti le Paradis de leur vivant.
MUAWIYAH — Fils de Abu Sufyan, (qui dans le passé avait été le principal adversaire de Mahomet), à l’époque où ces évènements eurent lieu, il était le gouverneur de la Syrie.
Posté le: Mer Nov 14, 2007 4:02 pm Sujet du message:
LE CONTEXTE
Nous avons vu par quelles louches manœuvres Othman devint Calife. Cela commençait décidément sous de bons augures et la suite n’allait pas décevoir : le califat d’Othman ne serait qu’une longue crise.
En quelques années il réussit à se faire détester de la majorité des musulmans qui lui reprochaient pêle-mêle de favoriser outrageusement son clan pour l’octroi des postes importants, de détourner le butin au profit de ses parents et notamment ses gendres à qui il fit cadeau de sommes faramineuses détournées du trésor public, d’appliquer la charia avec indulgence pour les riches et dureté pour les pauvres et enfin d’avoir imposé sa propre recension du Coran et ordonné la destruction des autres versions en circulation.
«'Abdul-Rahmân B. 'Awf, qui n'avait pas oublié sa part de responsabilité dans l'élection de 'Othmân, était lui-même mécontent des agissements de ce dernier, et on lui attribue la première dénonciation de l'irrespect de la Loi affiché par le Calife. Un beau chameau faisant partie de la Zakât d'une tribu bédouine fut offert comme une rareté par le Calife à l'un de ses proches parents. 'Abdul-Rahmân, scandalisé par le détournement des biens religieux destinés aux pauvres, mit la main sur l'animal, l'égorgea et en distribua la viande entre les gens. La révérence personnelle attachée jadis au successeur du Prophète de Dieu laissa la place désormais au manque d'égards et à l'irrespect».
"Annals of the Early Caliphate" de W. Muir
On commença à entendre partout dans les provinces que l'épée serait bientôt plus nécessaire à l'intérieur des frontières de l’islam que dans les territoires étrangers. La facination de l’islam pour la force et de la violence n’allait pas tarder à se retourner contre son propre calife...
Extrait de l’ “Histoire” de Al-Tabari volume 15...
En cette année (654), ceux qui étaient mécontents d’Othman b. Affan s’écrivirent l’un à l’autre, convenant de se rassembler et de le confronter sur les points qui les mettaient en colère. (page 131).
Un groupe de musulmans se réunit pour passer en revue les paroles et les actes d’Othman. Ils décidèrent de lui envoyer un délégué pour lui parler et lui ouvrir les yeux sur ses blâmables innovations. (pages 135, 136).
De son côté, mû par les plaintes qui lui parvenaient de partout, Ali se rendit chez 'Othmân et dit :
Ali a dit : “Je te rappelle que celui qui était nommé par Omar était étroitement surveillé par lui. Qu’Omar entende un seul mot (de plainte) à son sujet et il le faisait fouetter et punir avec la plus grande sévérité ! Mais tu ne le fais pas. Tu as été faible et accommodant avec tes parents.” “Ce sont aussi tes parents” a répondu Othman. Ali a dit : “Par ma vie, ils me sont en effet étroitement apparentés mais le mérite se trouve chez d’autres personnes.” Othman a dit : “Tu sais qu’Omar a laissé Muawiyah en charge durant l’entièreté de son califat et que j’ai simplement fait de même,” Ali a répondu : “Je t’adjure par Dieu, sais-tu que Muawiyah avait encore plus peur d’Omar que Yarfa (l’esclave personnel de Omar) ? ” “Oui” a dit Othman. Ali a continué : “Muawiyah prend des decisions sur toutes sortes de sujets sans te consulter et tu le sais. Ensuite il dit : ‘C’est l’ordre d’Othman.’ Tu connais ces faits mais tu ne le sanctionne pas.” (pages 142, 143).
Selon les termes de Sir W. Muir :
«Etant donné que le message qu'avait apporté 'Alî provenait du peuple, 'Othmân se dirigea immédiatement vers la chaire où il appela la foule rassemblée là, à la prière à la mosquée. S'adressant aux gens, il leur reprocha de donner libre cours à leurs langues et de suivre des dirigeants méchants dont l'objectif était de noircir sa réputation, d'exagérer ses fautes et de taire ses vertus: "Vous me blâmez, s'écria-t-il, pour des choses que vous supportiez gentiment de 'Omar. Il vous piétinait, il vous battait avec son fouet et il abusait de vous. Et malgré cela vous acceptiez tout de lui avec patience : aussi bien ce que vous aimiez que ce que vous détestiez. J'ai été gentil avec vous, je vous ai tourné le dos, j'ai retenu ma langue de vous injurier et ma main de vous frapper. Et vous voilà qui vous soulevez contre moi". Puis après s'être appesanti sur la prospérité intérieure et extérieure de son règne, il conclut ainsi : "Abstenez-vous donc, je vous adjure, d'abuser de moi et de mes gouverneurs pour éviter d'allumer les flammes de la sédition et de la révolte à travers l'empire". Cet appel, dit-on, fut gâché par son cousin Marwân qui s'écria alors: "Si vous vous opposez au Calife, nous ferons appel à l'épée". "Silence!", cria 'Othmân à son visage. Marwân se tut et 'Othmân descendit de la chaire. La harangue n'eut pas un long effet. Le mécontentement s'étendit et les rassemblements contre le Calife se multiplièrent».
("Annals of the Early Caliphate" de W. Muir)
Les mécontents envoyèrent donc à Othman des représentants pour le mettre en garde et lui faire entendre raison.
Les délégations arrivèrent à Médine au mois de Rabî' I, 35 H. et présentèrent une longue liste de griefs, demandant la réparation des préjudices subis et, à défaut, l'abdication du Calife. Ils furent toutefois calmés par l'intercession d’Ali et des promesses de réparations et de dons généreux.
Pourtant dès le lendemain de leur départ, Othman prononça un sermon du haut de la chaire, rejetant les revendications des délégations et dès leur retour les délégués égyptiens furent arrêtés par les gouverneurs qui tuèrent les dirigeants et emprisonnèrent les autres. Les opposants étaient enragés par cette perfidie : désormais ils allaient eux aussi employer la force. Sous prétexte du Pèlerinage à la Mecque, des troupes partirent d’Egypte, de Basra et de Koufa deux mois avant le Pèlerinage annuel et campèrent comme une armée dans des camps séparés, à une lieue de Médine.
Quant aux Egyptiens, ils voulaient Ali pour Calife alors que ceux de Basra voulaient Talhah et ceux de Koufa : Al-Zubayr. Ils agirent tous en même temps. Ces gens avaient des buts distincts et chaque parti était convaincu qu’il obtiendrait complète satisfaction au détriment des deux autres. (Tabari page 160)
Quand les dissidents atteingnirent leurs bivouacs, ils changèrent de direction pour attaquer les Médinois. Ils prirent par surprise ceux de Médine et tout d’un coup le cri “Dieu est le plus grand !” retentit dans toute la ville. Les dissidents occupèrent les sites des campements qu’Ali, Talhah et al-Zubayr avaient installés et encerclèrent Othman. Ils annoncèrent que “Quiconque retient ses mains et ne nous résiste pas sera en sécurité.” (Tabari page 162).
Epouvanté Othman supplia Ali d'aller calmer les rebelles. Ali consentit, à condition que Othman fasse l'aveu de ses erreurs et implore le pardon de Dieu du haut de la chaire. Pour pacifier les émeutiers, Othman dut également révoquer le gouverneur de l’Egypte et le remplacer par Mohammad B. Abî Bakr, le fils d’Abu Bakr, qui était l’un des meneurs. Un document fut rédigé, signé et scellé par le Calife, attesté par Alî, Talhah, Zubayr et 'Abdullâh Ibn 'Omar, puis remis aux mains des Egyptiens.
La délégation égyptienne rentrait satisfaite mais alors qu’ils étaient sur la route du retour vers l’Egypte, ils remarquèrent tout à coup un cavalier venir à leur hauteur puis les dépasser. Puis il revenait vers eux pour de nouveau les distancer, les observant attentivement. Ils lui dirent : “Qu’est-ce que tu fais ? Tu manigances certainement quelque chose”... Ils le fouillèrent et ont trouvé une lettre d’Othman, marquée de son sceau, adressée au gouverneur de l’Egypte. Elle disait qu’il devait les crucifier ou les exécuter ou leur faire couper alternativent les mains et les pieds. Les égyptiens firent demi-tour et retournèrent à Médine. (Tabari page 168, 169).
Il n’est pas difficile d'imaginer la fureur que devaient ressentir Mohammad B. Abî Bakr et ses compagnons quand ils eurent lu cette lettre. Il était clair qu’ils venaient d’échapper à la mort et ils étaient bien décidés à faire payer très cher à Othman sa fourberie. Ils firent ainsi demi-tour vers Médine et dépêchèrent des messagers rapides aux délégations de Basrah et de Koufa qui étaient, elles aussi, sur le chemin du retour, afin de les informer de la trahison du Calife et de leur demander de leur prêter main forte.
Les Egyptiens retournèrent auprès d’Othman après l’avoir quitté parce qu’un de ses esclaves, montant un de ses chameaux, avait été intercepté par eux, porteur d’une lettre au gouverneur de l’Egypte qui ordonnait de tuer certains d’entre eux et de crucifier les autres. Quand ils sont revenus auprès d’Othman, ils ont dit : “C’est ton esclave.” Il a dit : “Mon esclave est parti à mon insu.” Ils ont dit : “C’est un de tes chameaux.” Il a répondu : “Il l’a pris sans mon ordre.” Ils ont dit : “C’est ton sceau.” “C’est un faux” a-t-il dit. (Tabari page 185).
Le palais d’Othman était encerclé par les insurgés, mais pendant plusieurs semaines le Calife put sortir pour conduire les prières habituelles dans la Mosquée. Les insurgés eux aussi assistaient aux prières, la tension était à son comble. Ainsi, Othman ayant un jour dit du haut de sa chaire à leur adresse : «Le Prophète a maudit les gens qui se rebellent contre le Calife (le Successeur) et le lieutenant du Prophète…».
Les dissidents se ruèrent tous ensembles et jetèrent des pierres sur les gens jusqu’à ce qu’ils les aient chassés de la mosquée. Ils lancérent des pierres à Othman jusqu’à ce qu’il tombe évanoui de la chaire. Il fut emporté et ramené chez lui. (Tabari pages 165, 166).
Othman finit donc par s'enfermer dans son palais, mais les insurgés en firent le blocus, bloquant l'approvisionnement en eau.
Quand Othman a vu ce qui lui arrivait et que ceux qui se dressaient contre lui étaient nombreux, il a écrit à Muawiyah b. Abi Sufyan en Syrie: ... ”Les Médinois sont devenus des incroyants ; ils ont abandonné l’obéissance et ont reniè leur serment d’allégeance. Aussi envoie-moi tous les soldats dont tu disposes en syrie sur tous tes chameaux qu’ils soient dociles ou entêtés.” Quand Muawiyah reçut la lettre, il fit trainer les choses car il ne voulait pas être ouvertement en désaccord avec les Compagnons du Messager de Dieu… (Tabari page 185).
Craignant pour sa vie Othman a consulté ses conseillers et les membres de sa famille et a dit : “Vous voyez ce que les dissidents ont fait. Quelle issue y a-t-il ?” Ils lui ont conseillé d’appeler Ali….”
Othman a appelé Ali et quand Ali est arrivé, il lui a dit : “Abu Hasan, tu vois ce que ces hommes ont fait et tu sais ce que j’ai fait. J’ai peur qu’ils me tuent. Eloigne-les de moi et je jure par Dieu que je leur offrirai réparation pour tout ce qu’ils détestent et que je leur rendrai justice contre moi ou n’importe qui même si mon propre sang doit être versé. ... Alors Ali est allé à la rencontre du peuple et a dit : “O peuple Vous avez demandé justice et maintenant elle vous est rendue ... Le peuple a répondu : “Nous acceptons.” (Tabari pages 187, 188)
... Othman a dit : “Obtiens d’eux un délai qui me donne le temps d’agir car je ne peux pas corriger les choses qu’ils réprouvent en un seul jour.” Ali respondit : “Il ne peut y avoir aucun délai pour ce qui concerne les affaires à Médine. Pour les affaires ailleurs, Tu as comme délai le temps nécessaire à tes ordres pour y parvenir.” Uthman a dit : “Très bien mais obtiens-moi un délai de trois jours pour ce qui concerne Médine.” Ali accepta. Ensuite il est sorti et les (les rebelles) en a informé. Il rédigea un accord entre le peuple et Othman qui lui donnait une période de grâce de trois jours pour réparer chaques injustices et déposer tous les gouverneurs qu’ils détestaient. (Tabari page 188).
Mais Othman commencait à se préparer à la guerre et rassemblait des armes. Il avait déjà formé une forte armée avec les esclaves acquis en tant que part d’un cinquième (du butin) qui revenait au Calife. Quand les trois jours furent passés alors qu’il n’avait rien fait pour changer quoi que ce soit de ce qui était haïssable au people ou pour destituer un gouverneur, ils se révoltèrent contre lui. (Tabari page 189).
Posté le: Mer Nov 14, 2007 4:11 pm Sujet du message:
LE RÔLE D’AICHA
Nous l’avons vu, après l’accession d’Othman au Califat les postes les plus juteux étaient tombés entre les mains du clan Omeyyade. Cela n’avait pas plu aux autres clans dont celui d’Aicha qui participa activement à l'excitation des mécontents, faisant campagne pour ses deux beaux-frères Talha et Zubayr.
Simon Ockley écrit dans "History of the Saracens" :
«'Âyechah, la veuve de Mohammad, était l'ennemi mortel de 'Othmân. Toutefois, il aurait certainement mieux valu à une personne qui prétendait être la femme d'un prophète inspiré de passer les jours de son veuvage dans la dévotion et les bonnes actions plutôt que dans la méchanceté et en infraction avec l'état. Mais elle était si engagée aux côtés de Talhah et du fils d'al-Zubayr, qu'elle voulait faire accéder au Califat, qu'aucune considération de vertu ou de décence ne pouvait la retenir de faire tout ce qui était en son pouvoir pour comploter en vue de la mort de 'Othmân».
Un autre historien Sunnite, al-Baladhuri, dans son histoire (Ansab al-Ashraf) raconte qu’alors que la situation devenait plus que critique, Othman envoya Marwan Ibn al-Hakam et Abdurrahman Ibn Attab Ibn Usayd essayer de persuader Aicha de cesser ses incitations au meurtre. Ils la trouvèrent en train de se préparer à quitter Médine, sous prétexte d’accomplir le pèlerinage à La Mecque. Le moins que l’on puisse dire est que l’entrevue ne fut pas cordiale :
" Nous vous prions de rester à Médine, et alors Allah pourra sauver cet homme (Othman) à travers vous ". Aicha a dit : " J'ai préparé mes moyens de transport et j'ai l'intention d'exécuter le pèlerinage. Par Dieu, je n'honorerai pas votre demande. Je voudrais qu'il (Othman) soit dans un de mes sacs afin que je puisse l’emporter. Je pourrais alors le jeter à la mer ".
Ansab al-Ashraf, par al-Baladhuri, partie I, v4, p75.
La mère des croyants était vraiment une femme charmante…
Posté le: Mer Nov 14, 2007 4:16 pm Sujet du message:
EN RÉSUMÉ
A travers l’empire islamique, le mécontentement gronde contre Othman. Plusieurs factions s’allient et marchent sur Médine. Othman appelle ses gouverneurs à la rescousse mais aucun ne bronche. A plusieurs reprises Othman jure aux mécontents qu’il se repent de ses mauvaises actions, qu’il va s’amender et il promet tout ce que l’on veut, mais dés qu’ils se sont éloignés il donne des ordres en vue de les faire liquider dés leur retour. Mal lui en prend car ils interceptent son courrier et retournent et fous furieux à Médine. Paniqué, Othman obtient un ultime délai de grâce pour réparer ses torts mais, loin de tenir parole, il prend des dispositions en vue de lever une armée et livrer bataille à ses opposants. Les rebelles ne lui en laisseront pas le temps...
Posté le: Mer Nov 14, 2007 4:18 pm Sujet du message:
LA FIN
Muhammad b. Abi Bakr (fils d’Abu Bakr), entra avec treize hommes et se rua sur Othman. Il le saisit par la barbe et le secoua jusqu'à ce que j’entende ses dents s’entrechoquer. Muhammad b. Abi Bakr a dit : “Muawiyah ne t’a été d’aucun secours, ni Ibn Amir, ni tes lettres.” Othman a dit : “Lache ma barbe, fils de mon frère ! Lache ma barbe!” J’ai alors vu Ibn Abi Bakr faire signe de l’œil à l’un des rebelles. Il s’est approché de lui avec une flèche à grande pointe et l’en a frappé à la tête. Ils se sont rassemblés autour de lui et l’ont tué.” (Tabari pages 190, 191).
Muhammad b. Abi Bakr s’approcha et attrapa sa barbe, disant : “Tu t’es comporté envers nous comme Abu Bakr ne l’aurait jamais fait.” Puis il sortit et l’abandonna. Un autre homme entra en la présence d’Othman et l’étrangla et le gifla. Puis il sortit et s‘écria : “Par Allah, je n’avais jamais rien vu de plus doux que sa gorge. Par Allah, je l’ai étranglé jusquà ce que je voie son âme s’agiter dans son corps comme l’âme d’un djinn.” Puis il sortit. (Tabari page 205).
Un homme s’approcha d’Othman en face de qui le Coran était posé et a dit : “Le Livre de Dieu est entre toi et moi.” L’intrus le frappa de son épée ; Othman se protégea avec sa main et elle fut tranchée. Je ne sais pas si la main a été complètement tranchée ou coupée sans se détacher. Puis il a dit, “Oui, par Allah, c’est la première paume qui ait tenu le Coran.” (Tabari page 205).
Quant à Amr b. al-Hamiq, il sauta sur Uthman, s’assit sur sa poitrine – il lui restait un soufflé de vie – et le poignarda neuf fois. Amr a dit : “Je l’ai frappé trois fois pour Dieu et six fois pour la colère que j’avais contre lui en ma poitrine.” (Tabari page 220).
Dans le palais, ils (les rebelles) hurlaient, “Prenez le Trésor ! Personne ne doit se mettre sur votre chemin !” Les gardiens du Trésor – dans lequel il n’y avait que deux sacs – les entendirent et s’écrièrent : “Fuyons! Ces gens n’en ont qu’après les biens de ce monde” Ils s’enfuirent pendant que les rebelles s’emparaient du Trésor et le pillaient. (Tabari page 216).
Posté le: Mer Nov 14, 2007 4:21 pm Sujet du message:
QUESTIONS
Plus nous progressons dans l’histoire de l’Islam plus le tableau s’assombrit. La fascination de l’islam pour la violence commence à se retourner contre ses chefs.
En moins d’une génération la communauté islamique s’était transformée en une meute d’hyènes se dévorant mutuellement. La corruption s’est propagée du sommet à la base du Califat. L’islam s'est épanoui en somme.
Le sang des meilleurs des musulmans est allègrement répandu par d’autres musulmans ! Les pires ennemis de l’islam sont bien les musulmans ! Les plus proches compagnons de Mahomet, des hommes qui combattaient ensembles aux côtés de leur maître, en sont maintenant à s’entretuer!
Le fils d’un des plus proches compagnons de Mahomet massacre l’un des premiers convertis à l’islam – le calife Othman ! Et ce n’est pas le geste d’un homme isolé : plusieurs autres Compagnons de Mahomet se sont dressés contre leur ancien ami et l’ont littéralement mis en pièces. Le chef suprême de l’empire islamique (qui soit dit en passant ment comme un arracheur de dents) est injurié, giflé, roué de coups et finalement poignardé par ses agresseurs pendant qu’il lit le coran et, à part l’une de ses épouses, il n’y a personne pour tenter de le défendre ! Que s’est-il donc passé ? Ce n’était que cela les meilleurs des musulmans ?
Remettons ces faits en perspective... Que penseriez-vous du christianisme si les apôtres s’étaient entretués ?
Et la sourate 8:63 dans tout ça ? Il semble bien qu’Allah confonde l’unité et la fraternité avec la discorde et la haine !
Posté le: Lun Nov 19, 2007 7:05 am Sujet du message:
PARTIE 4 — HAINES “CORSES” AU SEIN DE LA FAMILLE ROYALE
AICHA ET ALI
PROTAGONISTES
ALI — Voir précédent
AISHA — Elle avait 9 ans quand Mahomet consomma son mariage avec elle et en avait 18 à sa mort. D’un caractère jaloux et intiguant, elle était la favorite de Mahomet— il la préfèrait à toutes ses autres épouses ce qui lui donna un immense prestige. En tant qu’épouse de Mahomet, elle porte le titre de “Mère des Croyants.” Du vivant de Mahomet, Aisha avait été accusée d’adultère et Ali avait conseillé à Mahomet de la répudier. Une « révélation divine » avait innocenté Aisha mais depuis elle haissait Ali. Elle est morte vers l’âge de 68 ans.
AL-ZUBAYR — Gendre d’Abu Bakr. Lui aussi fait partie des compagnons auxquels Mahomet a garanti le paradis. Abdullâh, un de ses fils, avait été adopté par Aïcha.
TALHA BEN UBAYD ALLAH — Talha, cousin et gendre d’Abou Bakr, il aurait été le huitième homme à se convertir à l’islam. Au début de la prédication de Mahomet, Talha était l'un des rares musulmans sachant lire et écrire. Au cours de la bataile de Uhud, il servit littéralement de bouclier humain à Mahomet : ce qui lui valu de Mahomet en personne le surnom de Martyr vivant. Lui aussi fait partie des dix compagnons a1-`Ashara a1-Mubashshara auxquels Mahomet aurait garanti le Paradis.
Posté le: Lun Nov 19, 2007 7:21 am Sujet du message:
LA BATAILLE DU CHAMEAU
A Médine, Othman avait donc été liquidé. Là où les choses se corsent c’est que les soudards qui s’étaient alliés pour le renverser étaient toujours sur place, complètement surexictés et que chacune des factions avait en vue un “Compagnon” différent pour remplacer Othman. Ceux d'Égypte étaient pour Alî, ceux de Bassora et Koufa pour Talha et Zubayr. De toute évidence, ils n’allaient pas pouvoir s’entendre ! Pendant ce temps, la terreur règnait. Le pouvoir ne pouvait pas rester vacant si l’on ne voulait pas que les choses empirent encore.
Les Egyptiens, la troupe la plus forte, étaient pour Ali et Talha et Zubayr n’avaient pas le prestige du gendre du prophète aux yeux des musulmans.
Les Egyptiens dirent alors : “Décidez-vous, gens de Médine. Nous vous avons donné deux jours et par Allah! Si vous ne choisissez pas, demain nous tuerons Ali, Talhah et al-Zubayr et bien d’autres.” Les gens vinrent alors auprès d’Ali et lui dirent : “Nous te faisons allégeance car tu vois ce qui est arrivé à l’islam et combien nous avons souffert des mains des parents .” ["parents" fait référence aux Omeyyades, le clan d’Othman]. (Tabari page 13).
Terrorisés des groupes de notables se précipitèrent donc chez Ali pour lui faire allégeance mais tout le monde n’était pas disposé à prêter serment le couteau sur la gorge…..
Nous lisons encore dans L’Histoire de Tabari, Volume 16,
Ensuite, ils amenèrent Sa’d et Ali a dit : “Fait allégeance !” Mais il a répondu : “Je ne le ferai pas tant que le peuple ne l’aura pas fait, mais crois-moi, tu n’as rien à craindre de moi.” Ali a dit, “Laissez-le.” Ensuite, ils amenèrent Ibn Omar et Ali a dit : “Fais allégeance !” Et il a répondu : “Je ne le ferai pas tant que le peuple ne l’aura pas fait.” “Donne-moi un garant”, lui-a-dit Ali. “Je ne vois pas pourquoi je le devrais,” a répondu Ibn Umar. “Laisse-moi lui couper la tête !” a dit al-Ashtar à qui Ali a répondu : “Non laisse-le ! Je serai son garant. Je le savais ; tu es aussi impoli adulte que tu l’étais enfant.” (page 4).
NB: Ibn Omar était l’un des fils d’Omar, le second calife.
Le peuple avait fait allégeance à Ali et il fit amener al-Zubayr et Talhah. Il les invita à faire allégeance mais Talhah esquivait. Dégainant son épée Malik al-Ashtar a alors dit : “Par Allah ! Tu ferais mieux de faire allégeance ou sinon je vais te fendre le front.” “Il n’y a pas d’issue à cela” a dit Talhah et il fait allégeance, suivi par al-Zubayr et tous les autres…… Un peu plus tard ils ont expliqué : “Nous l’avons fait par crainte pour nos vies car nous savions qu’il (Ali) ne nous ferait jamais allégeance.” Quatre mois après le meurtre d’Othman, ils retournèrent à La Mecque. (page 5).
Talhah a dit : “J’ai fait allégeance avec une épée sur mon cou.” …. (page 9).
L’intérêt de ces passages est qu’ils nous apprennent que certains des plus anciens et des plus respectés des musulmans étaient plus que réservés à l’égard d’Ali. Certains évitèrent de lui faire allégeance par antipathie, d’autres parce qu’ils ne lui faisaient pas confiance et enfin certains lui firent allégeance parce qu’ils n’avaient pas le choix.
Ali était donc enfin calife à la place du calife mais …
Des compagnons et des anonymes commencèrent rapidement à exiger que les assassins d’Othman soient châtiés. Le problème c’est qu’Ali leur devait son accession au pouvoir...
Puis quand Ali fut renté chez lui, Talhah et al-Zubayr accompagnés d’un certain nombre de Compagnons se présentèrent ensembles et dirent : “Ali ! Nous avions stipulé que le châtiment (prescrit par) Allah devait être appliqué. Ceux qui ont participé à la mort de cet homme ont de ce fait renoncé à la vie.” “Mes amis”, répondit-il : “Je n’ignore pas ce que vous savez, mais comment pourrais-je agir contre ces gens qui règnent sur nous et non nous sur eux ? Vos propres esclaves se sont rebellés à leurs côtés et vos bédouins se sont joints à eux. Ils vivent avec vous et vous imposent leurs volontés. Alors, voyez-vous un moyen de parvenir à votre but ?” “Non,” dirent-ils, “Non, en effet” répondit Ali. ... jusqu’a ce que le peuple se calme et reprenne ses esprits et que les sujets de plaintes soient réparés. Aussi cessez de vous plaindre à moi et attendez de voir ce qui arrivera. Alors seulement revenez me voir.” (page 1.
Tous les compagnons ne furent pas convaincus par l’apparente prudence d’Ali. Certains en virent vite à penser que l’attitude d’Ali à l’égard des meurtriers n’était que de la faiblesse voire de la complaisance. Quoi qu’il en soit, il est indubitable qu’Ali n’était pas pressé de poursuivre les assassins d’Othman.
Son cousin Ibn Abbas, (le fils de Al-Abbas), allait se charger de lui faire comprendre la gravité de la situation. Abbas avait compris que les choses allaient mal tourner pour Othman et conseillé à Ali de faire comme Aïcha et de quitter la ville avant qu’Othman soit assassiné. Ali n’avait pas tenu compte de son conseil...
Ibn Abbas a dit : “Ce que tu aurais du faire, c’est partir pour La Mecque quand cet homme (Othman) à été tué ou même avant, rentrer chez toi et fermer la porte derrière toi. Si les Arabes s’étaient ameutés et soulevés après ton départ alors ils n’auraient pu que se tourner vers toi. Mais maintenant parmi les Omeyyades [le clan d’Uthman], certain d’entre ceux qui veulent que l’on venge Othman disent que tu as trempé dans cette affaire. Ils égareront le peuple et poseront les mêmes exigences que les Médinois … (page 21).
Eh oui ! Muawiyah le chef des Omeyyades était en embuscade ! Jusque là il s’était soigneusement tenu à l’écart. Son appui aurait fait pencher la balance d’un côté ou de l’autre mais il avait préféré garder ses atouts dans sa manche jusqu’au moment ou il serait assez fort pour imposer son jeu et prendre le pouvoir. Ibn Abbas mit Ali en garde...
“Parce que tu sais que Muawiyah et ses alliés aiment ce monde,” a répondu Ibn Abbas, “et si tu les confirmais à leurs postes ils ne se soucieraient pas de qui commande. ... Mais Ali ignora son conseil et dit à Ibn Abbas, “Va en Syrie ! Je te nomme gouverneur.” “Ce n’est pas une bonne décision,” a répondu Ibn Abbas. “Muawiyah est des Banu Umayyah. Il est le fils du frère du père d’Othman et le gouverneur de la Syrie. Je ne pourrai pas l’empêcher de me briser le cou pour venger Othman. Ou alors il me fera au moins jeter en prison et condamner.” “Pourquoi ?” a demandé Ali. Il a répondu : “Parce que toi et moi nous sommes parents,” et “parce que tout ce qui t’est imputé m’est aussi imputé.” ...(page 22).
Ali comprenait enfin que ceux qui ne digéraient pas qu’il soit devenu calife allaient l’accuser d’être le vrai responsable du meurtre d’Othman. Sa réaction fut de tout imputer aux autres pour se disculper.
“Ali a alors dit : “Je suis certain qu’ils ne s’abstiendront jamais de crier partout : “Nous voulons la rétribution du sang d’Othman.” Par Allah! Nous savons que ce sont eux [Talha et al-Zubayr] qui ont tué Othman.” (page 23).
Instinctivement Ali comprenait que tôt ou tard Muawiyah se rebellerait contre lui et qu’il était inutile de chercher à traiter. Il répondit donc à Ibn Abbas,
“Par Allah! Non ! Je ne lui donnerai [Muawiyah] rien d’autre que l’épée.” (page 24).
Ali écrivit quand même à Mu'awiyah pour le prier de faire allégeance. La réponse fut :
«Cinquante mille hommes sont rassemblés autour des vêtements de 'Othmân. Leurs joues et leurs barbes n'ont jamais cessé d'être mouillées par leurs larmes, et leurs yeux n'ont jamais cessé de verser des larmes de sang depuis l'heure de ce meurtre atroce. Ils ont dégainé leurs sabres en faisant le serment solennel de ne jamais les rengainer ni de ne cesser de se lamenter avant d'avoir exterminé tous ceux qui ont été impliqués dans cette détestable affaire. Ils ont transmis ce sentiment à leurs descendants, comme un legs solennel, et le tout premier principe que les mères inculquent à leurs enfants est celui de venger jusqu'au bout le sang de 'Othmân»("History of the Saracens" de S. Ockley, p. 295)
Et ce n’était pas tout ! Ibn Umar, (un des fils d’Omar) s’était joint à Muawiyah!
Ali commença donc la préparation d’une expédition vers la Syrie quand la guerre vint frapper directement à sa porte d’Ali !...
Entretemps, Talha et al-Zubayr avaient été autorisés à quitter Médine et à se rendre à La Mecque. Dés qu’ils arrivèrent à La Mecque ils retrouvèrent Aïcha …
Peu avant la mort d’Othman, elle avait, on s’en souvient, ostensiblement quitté Médine, officiellement pour accomplir le pèlerinage. En réalité elle savait que les choses allaient mal tourner et s’était ainsi arrangée pour avoir l’air étrangère aux événements qui allaient coûter la vie à Othman. Le revers de la médaille, c’est qu’en raison de son absence de Médine, elle n’avait pas pu s’opposer à l’accession d’Ali au Califat alors qu’elle le haïssait depuis qu’il s’était rangé du côté de ceux qui l’avaient autrefois accusée d’avoir commis l’adultère et qu’elle espérait qu’une fois Othman liquidé ce soit Talha ou Zubayr qui lui succédent.
Elle s’était donc mise à ameuter les foules par des discours enflammés, appelant les musulmans à venger Othman et avait implicitement désigné Ali comme l’assassin d’Othman, pour ses partisans combattre pour la justice revenait à combattre Ali.
Aicha avait eu des paroles littéralement assassine à l’égard d’Othman mais en calculatrice opportuniste, elle récupérait le meurtre de cet homme pour en faire l’instrument de la perte d’Ali.
Umm Kilab lui a dit [à Aicha], ‘Qu’est-ce que cela signifie ? Par Allah ! Tu étais la première à incliner la lame vers Othman et tu disais “Tuez Na’thal, car il est devenu un incroyant.” (pages 52, 53). [Na’thal était un sobriquet insultant donné à Othman et qui signifie “hyene”].
«'Âyechah, Talhah et Zubayr, qui avaient été toujours des ennemis de 'Othmân et qui s'étaient affirmés, en fait, comme les organisateurs de sa mort et de sa destruction, lorsqu'ils virent 'Alî, qu'ils détestaient autant sinon plus que 'Othmân, investi de la fonction de Calife, se servirent des amis réels et sincères de 'Othmân comme d'un instrument de leurs complots contre le nouveau Calife. Ainsi c'est pour des motifs très divers qu'ils se rassemblèrent tous sous le slogan de la vengeance du sang de 'Othmân». ("History of the Saracens" de Simon Ockley, p. 294).
Les appels à la révolte d’Aisha payèrent : La Mecque se souleva contre Ali. Avec Talha, Zubayr et Aïcha à la tête de la rebellion. Toutefois, ils étaient encore trop peu nombreux pour pouvoir attaquer directement Ali...
“Mère des Croyants, laisse donc Médine. Ceux qui sont de notre côté ne sont pas assez pour cette bande là-bas [Ali et ses partisans à Médine]. Accompagne-nous à Basrah. Nous parviendrons à une cité qui est perdue pour nous. Ils invoqueront contre nous leur allégeance à Ali mais tu les soulèveras comme tu l’as fait avec les Mecquois... (page 41).
Ils ont dit “Marchons sur Ali et combattons-le”. L’un d’entre eux a répondu “Nous n’avons pas une force suffisante pour combattre les gens de Médine”. “Entrons plutôt à Basrah et à Koufah. Talha a un parti et de la popularité à Koufah et Zubayr a un parti et de la popularité à Basrah.” (page 43).
Toutes les pieces étaient enfin en place sur l’échiquier de l’histoire islamique. Ali marchait sur Bassorah tandis qu’Aicha et ses partisans se préparaient à l’affronter. Leurs armées respectives comprenaient maintenant plusieurs milliers de guerriers. La mère des croyants faisait la guerre au successeur du prophète.
Posté le: Mar Nov 20, 2007 9:23 am Sujet du message:
LA BATAILLE DU CHAMEAU
Il y a de très nombreux récits couvrant le déroulement de la bataille. Selon certains Ali, Talha et Zubayr tentèrent de négocier mais se seraient fait déborder par les éléments les plus excités de leurs armées qui auraient commencé à en découdre sans attendre les ordres. Selon d’autres, les négociations se seraient résumées à une rencontre pendant laquelle ils se seraient mutuellement accusés de l’assassinat d’Othman et autres gracieusetés.
Quoi qu’il en soit, les combats furent féroces. Aucun combattant ne voulait céder un pouce de terrain. Aicha se déplaçait constamment au milieu de ses troupes pour les encourager. Des deux côtés les hommes étaient des guerriers expérimentés et ils se battirent comme des lions. La bataille se concentra bientôt autour d’Aicha. Visible d’un bout à l’autre du champ de bataille, elle était dans sa howdah (litière) sur son chameau, encourageant ses troupes. Les hommes d’Ali cherchaient à s’en emparer et ses hommes la protégeaient. Petit à petit les soldats d’Ali se rapprochèrent, le combat devenait de plus en plus meurtrier. La howdah d’Aicha était criblée de flèches, “La Mère des Croyants” aurait bien pu mourir ce jour là ! Finalement, il parvinrent jusqu'à elle, tranchèrent les jarrets de son chameau et tuèrent ses gardes. Zubayr et Talha avaient été tués pendant la bataille.
« La litière de 'Âyechah étant maintenant à terre, 'Alî ordonna à Mohammad, fils d'Abû Bakr, de se charger de sa soeur et de la protéger des flèches qui continuaient à tomber de partout. Mohammad s'exécuta, s'approcha de la litière, et y introduisant sa main qui toucha par hasard celle de 'Âyechah, il entendit cette dernière l'accabler d'insultes et crier, interrogative, quel vaurien osait toucher sa main que personne d'autre que le Prophète n'avait l'autorisation de toucher. Mohammad répondit que bien que cette main fût celle de la personne la plus proche d'elle par le sang, elle était aussi celle de son pire ennemi. Reconnaissant alors la voix bien connue de son frère, 'Âyechah se défit rapidement de ses appréhensions». ("Mohammadan History" de M. Price, cité par S. Ockley, op. cit., p. 310).
Les récits rapportent que le nombre de tués fut très élevé…
Ceux tués autour du chameau pendant la Bataille du Chameau s’élèvent à 10.000, une moitié de partisans d’Ali et une moitié de partisans d’Aicha …. Il fut dit que pendant la première bataille 5.000 Bassorans furent tués et 5.000 autres dans la seconde bataille [il y avait eu une pause au cours des combats], totalisant 10.000 morts Bassorans et 5.000 Koufans. (Tabari page 164).
Il faut bien sûr faire la part de la tendance à l’exagération des orientaux: les chiffres varient d’un récit à l’autre mais la bataille aurait fait de 6.000 à 30 000 morts. Ces chiffres peuvent sembler bien abstraits mais si l’on sait que quelques années auparavant la fameuse « grande bataille de Badr » ne fit « que » 14 morts chez les musulmans et 70 chez leurs adversaires Mecquois, on réalise alors quel extraordinaire massacre cette bataille du Chameau constitua pour l’époque. Et pourtant d’autres allaient suivre.
Humiliée et vaincue, Aisha fut amenée devant Ali. Il l’accueillit respectueusement et après l’avoir sermonnée se contenta de la renvoyer à Médine où elle devrait rester dans sa maison avec interdiction d’en sortir. Il fit même punir les hommes qui l’avaient insultée.
Anecdote significative. Ali nomma peu après Muhammad b. Abi Bakr gouverneur de l’Egypte. Or, on s’en souvient, Muhammad b. Abi Bakr était l’un des assassins d’Othman. Décidément, punir les meurtriers n’était vraiment pas la priorité pour Ali. Certains auteurs en déduisent d’ailleurs qu’Ali était vraiment directement impliqué dans la mort d’Othman. En tout cas, ce meurtre fut le prétexte d’un déchaînement de violence entre musulmans.
EPILOGUE
La Bataille du Chameau était finie mais d’autres tueries attendaient Ali...
Jarir Abdallah vint auprès d’Ali et lui raconta ce que Muawiyah faisait et que les Syriens s’étaient mis d’accord avec lui pour combattre Ali. Il lui dit qu’ils pleuraient Othman et disaient qu’Ali l’avait tué et protégeait les meurtriers d’Othman et qu’ils ne s’arrêteraient pas avant qu’il les ait tués ou qu’ils l’aient tué. (Tabari page 197).
Posté le: Mar Nov 20, 2007 10:07 am Sujet du message:
DISCUSSION
Les chefs musulmans se souciaient bien peu que leur ambition et leur rancune personnelles puissent coûter la vie à des milliers de leurs coreligionnaires. Ils se fichaient totalement qu’Othman soit mort assassiné, tous avaient intérêt à sa disparition. Comme les autres, Ali voulait le pouvoir. Leurs alliances n’étaient basées que sur l’intérêt personnel et non sur une quelconque éthique ou sur la fidélité aux préceptes du coran.
Considérons les fruits de l’Islam. Le sang des musulmans avait coulé à flots dans le désert et les responsables de cette horreur étaient les chefs de la communauté islamique, la famille et les plus proches collaborateurs de Mahomet. Au lieu diriger les musulmans avec sagesse, ils les avaient sacrifiés sans hésitation sur l’autel de leur orgueil. La “Mère des Croyants” elle-même avait envoyé ses « enfants » à la mort.
Ibn ABBAS, "l’interprète du Coran ", le docte de la communauté, le cousin du Prophète, le parfait modèle de piété reproche à Ali de ne pas avoir suivi ses conseils et de ne pas s’être éloigné de Médine avant qu’Othman se fasse zigouiller. On n’est pas plus machiavélique et cynique, non ?
La “famille Royale” avait-elle jamais cru un seul instant aux vantardises de Mahomet sur l’unité des croyants ? Ils connaissaient le Coran et Mahomet mieux que personne sur cette terre et pourtant... Les bergers égorgeaient leur propre troupeau.
Deux des hommes à qui Mahomet avait garanti le paradis venaient d’être tués par un autre de ces supers musulmans et bien d’autres “compagnons” de moindre importance étaient morts à leurs côtés.
Si l’islam avait réellement apporté une quelconque élévation morale à ces bêtes féroces, ces meilleurs des musulmans, les compagnons de « l’Envoyé d’Allah » dont aucun musulman n’égalera jamais les mérites, alors comment expliquer leur comportement ?
Posté le: Mer Nov 21, 2007 6:50 am Sujet du message:
PART 5: ALI ET MU'AWIYAH
LES QUERELLES DE FAMILLE CONTINUENT
Jean 13:34, 35
" Je vous donne un commandement nouveau: Aimez-vous les uns les autres; comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. A ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l'amour les uns pour les autres."
Le Coran — 8:63 Al Anfal (Le Butin)
Il a uni leurs coeurs (par la foi). Aurais-tu dépensé tout ce qui est sur terre, tu n'aurais pu unir leurs coeurs; mais c'est Allah qui les a unis, car Il est Puissant et Sage ..
LE CONTEXTE
Nous sommes en l’an 35 de l’hégire (722). Le Chapitre un de l’histoire de la “fitnah” (rébellion) islamique était clos et le chapitre deux commençait. Le long conflit qui avait opposé Mahomet à Abu Sufyan resurgissait. Les premiers rôles y seraient tenus par Ali, le beau-fils de Mahomet, et Mu'awiyah, le fils d’Abu Sufyan.
Ali était enfin calife à la place du calife. Depuis la disparition de Mahomet, la vie d’Ali n’avait été qu’une suite d’humiliations. Ali avait cru qu’on lui offrirait le Califat sur un plateau d’argent mais avait été évincé par Abu Bakr et son complice Omar. Il avait réclamé sa part d’héritage de Mahomet à Abu Bakr mais ce dernier se l’était approprié. Plus tard Omar avait accédé aux exigences d’Ali, bafouant les dernières volontés de Mahomet qui avait demandé que ses richesses ne soient pas divisées entre les membres de sa famille. Ali se considérait plus capable sur le plan islamique que les autres soi-disant Califes “bien guidés” mais il avait encore été évincé par Omar et Othman. Et n’avait pu enfin devenir calife que par le meurtre d’Othman. Instantanément d’autres musulmans de premier plan se soulevèrent contre lui. Ali avait mis hors de combat les partisans d’Aicha mais un nouvel adversaire encore plus redoutable se dressait maintenant entre le gendre du prophète et le pouvoir suprême : Mu'awiyah le puissant gouverneur de la Syrie. Mu'awiyah qui était lui-même le fils de l’un des plus grand ennemi de Mahomet, Abu Sufyan. L’ironie de la situation n’avait pas échappé à Ali.
Mu'awiyah n’était pas un novice. Son père était un vieux renard et il avait bien fait la leçon à ses fils. Contraint le couteau littéralement sur la gorge de se convertir à l’islam, Abu Sufyan s’était souvenu du vieil adage: “Si tu ne peux pas les battre, joins-toi à eux” et était devenu musulman. Cela lui avait valu de nombreuses faveurs de la part de Mahomet et il avait consolidé sa position politique et celle de ses enfants. Quand Abu Bakr s’était fait désigner Calife, Sufyan avait prophétisé que ce coup d’état serait un jour la cause d’un bain de sang.
Mu'awiyah avait su s’entourer de gens capables. Son commandant en chef, Amr al-As, avait conquis l’Egypte et était devenu le premier gouverneur (wali) d’une région (l’Égypte) de l’histoire de l’Islam. Amr était lui-même l’un des proches Compagnons de Mahomet. C’était un chef et un stratège né. Le gendre de Mahomet ne l’impressionnait pas du tout.
Si vous avez du temps commencez par apprendre le français
Je vous suggère également de lire à l'occasion vos copier/coller : j'ai visité vos petits liens, je dois dire qu'ils sont assez réjouissants !
Silas démontre, textes islamiques à l'appui, que les vénérés compagnons constituaient une magnifique collection d'ordures et tout ce que vos gugusses enturbannés, oups je voulais dire "savants", trouvent à répondre c'est qu'aucun calife n'était parfait mais que cela n'a rien à voir avec l'islam.
Réflexion d'une rare inconséquence, même pour un musulman, qui n'est pas à la portée du premier abruti venu
Posté le: Jeu Nov 22, 2007 7:41 am Sujet du message:
LE CONFLIT DÉBUTE
Après la bataille du Chameau, Ali installa sa capitale à Koufa qui était géographiquement au centre de l’empire musulman et d’où il pourrait plus facilement parer une éventuelle attaque venant de Syrie. Jamais plus La Mecque ni Médine ne seraient le siège du pouvoir. Il entreprit ensuite ses préparatifs de guerre. Pendant ce temps, Mu'awiyah, apprenant les mouvements d’Ali, demandait conseil à Amr....
Amr a dit : “Puisque tu as appris qu’Ali s’est mis en route, commence tes préparatifs et assure-toi que tu l’affronteras avec tes vues et tes stratégies.” Mu'awiyah a répondu : “Dans ce cas, Oh Abu Abdallah, prépare les hommes !”
Amr commença à les préparer et à déprécier la force d’Ali et de ses partisans, disant : “Les gens de l’Irak se sont divisés, ils ont sapé leur propre force et émoussé leur lame. De plus, ceux de Bassorah sont opposés à Ali qui leur a fait du tort et leur a apporté la mort. Leurs chefs et ceux de Koufa se sont entretués à la Bataille du Chameau et Ali ne s’appuie que sur quelques bandes peu nombreuses dont ceux qui ont tué votre calife. Craignez Allah si vous abandonnez votre droit de réclamer vengeance et permettez que le sang d’Othman reste impuni.” (Tabari).
Tandis qu’Amr chauffait les troupes, astucieusement Mu'awiyah enrôlait les opposants à Ali....
“Il écrivit à tous ceux qu’il pensait effrayés par Ali ou qui avaient dit du mal de lui et à tous ceux qui considéraient que le sang dOthman répandu était un sujet grave et il leur demanda de l’aide contre lui” (page 3)
Alors que les troupes d’Ali progressaient vers la Syrie, certaines des cités par lesquelles ils passaient refusèrent de l’aider. Il fallut menacer de mort les habitants de ces villes pour qu’ils ravitaillent l’armée.
Les armées entrèrent en contact en mai 657 à Siffîn près de l’Euphrate où le gros des forces de Mu'awiyah avait installé son campement.
«Etant donné que Çiffîn commandait, jusqu'à une longue distance, le seul accès à l'eau de l'Euphrate, Mu'âwiyeh avait placé Abul-Awr, l'un de ses Généraux, à la tête de dix mille combattants, à cet endroit, afin de fermer cet accès aux troupes de 'Alî. Pas très longtemps après l'occupation par l'armée rebelle de cette position avantageuse, 'Alî arriva au même endroit et fit camper son année à proximité. Ses hommes découvrirent rapidement que la source prévue de leur approvisionnement en eau leur était interdite d'accès.
'Alî envoya alors une délégation à Mu'âwiyeh pour lui demander de renoncer à un avantage inadmissible entre gens liés par des liens de parenté, même lorsqu'ils se trouvaient en état d'hostilités, lui assurant que s'il avait eu lui-même cet accès sous son contrôle, il l'aurait mis à la disposition des deux armées sur un pied d'égalité. Mu'âwiyeh fit connaître immédiatement le contenu du message à ses courtisans dont la plupart dirent qu'étant donné que les meurtriers de 'Othmân avait coupé tous les approvisionnements en eau du palais de 'Othmân, ce ne serait que justice, s'ils subissaient maintenant le même traitement.
'Amr Ibn al-'Âç était toutefois d'un avis différent, déclarant que 'Alî, de toute façon ne laisserait pas mourir de soif son armée alors qu'il avait derrière lui les légions de guerriers de l'Irak et devant lui l'eau de l'Euphrate, et ajoutant, pour conclure, qu'en fin de compte, on n'était pas là pour se battre pour une outre d'eau, mais pour le Califat. Cependant le premier avis l'emporta et la délégation fut renvoyée avec le message suivant: "Mu'âwiyeh était résolu à ne pas renoncer à ce qu'il considérait comme étant la garantie de la future victoire".
Cette interdiction d'accès à l'eau vexa beaucoup 'Alî et le laissa perplexe quant à la mesure à entreprendre, et ce jusqu'à ce que la privation d'eau devint insupportable et que Mâlik al-Achtar et Ach'ath, fils de Qays le prièrent de les autoriser à ouvrir la voie d'accès à l'eau par la force. Cette autorisation ayant été donnée et une proclamation dans ce sens ayant été faite dans le camp, dix mille hommes se rassemblèrent en moins d'une heure derrière l'étendard de Mâlik al-Achtar, et dix mille autres autour de la tente d'al-Ach'ath.
Disposant leurs troupes respectives dans un ordre convenable, les deux commandants conduisirent leurs deux armées en direction du lit de l'Euphrate et, après avoir averti vainement Abul-Awr de la nécessité de dégager la rive du fleuve, Mâlik, à la tête de la cavalerie, et Ach'ath à la tête de l'infanterie, se refermèrent sur l'ennemi. Pendant l'action qui suivit, Mâlik était presque exténué par la soif et l'effort, lorsqu'un soldat qui se trouvait à côté de lui, le pria d'accepter de lui une gorgée d'eau. Mais le généreux guerrier refusa de s'abreuver avant d'avoir soulagé les souffrances de ses hommes. En même temps, étant attaqué par l'ennemi, il tua sept de ses plus courageux soldats. Mais la soif épuisante de Mâlik et de ses troupes devint à la longue insupportable. Aussi ordonna-t-il à tous ceux qui portaient des outres à eau de le suivre à travers les rangs de l'ennemi et de ne le quitter qu'une fois qu'ils auraient rempli leurs récipients. Perçant la ligne de l'adversaire, Mâlik se dirigea directement vers le fleuve, où ceux qui le suivaient s'approvisionnèrent en eau.
Dans le lit de l'Euphrate une bataille fit rage, et Abul-Awr, constatant que ses troupes fuyaient devant l'attaque irrésistible de leurs assaillants, et ayant perdu sa position, dépêcha un messager à Mu'âwiyeh, lequel envoya immédiatement à son secours 'Amr Ibn al-'Âç avec trois mille cavaliers. L'arrivée de ce général semble cependant avoir rendu la victoire de Mâlik plus proche. En effet, dès que ce dernier eut appris l'approche de 'Amr, il se couvrit de son bouclier et poussa son cheval vers lui avec une impétuosité irrésistible. 'Amr ne put esquiver la fureur de son adversaire qu'en se retirant vers les rangs des Syriens. Mais beaucoup de ceux-ci furent soumis à l'épée et un grand nombre d'entre eux furent jeté dans le fleuve, alors que le reste fuyait pour chercher refuge dans le camp de Mu'âwiyeh.
Les troupes de 'Alî ayant réussi à déloger l'ennemi, s'installèrent tranquillement dans cette ville d'eau et dans ses environs. Avalant amèrement les reproches de 'Amr, Mu'âwiyeh se trouvait à présent réduit à solliciter l'indulgence de son adversaire à qui il avait tout récemment refusé la sienne propre. Mais 'Alî, avec sa générosité de coeur et la magnanimité inhérentes à son caractère, garantit volontiers à ses troupes l'accès à l'Euphrate. A partir de ce moment-là les combattants des deux armées purent aller et venir au fleuve avec une confiance et une liberté égales». ("History of the Saracens" de S. Ockley, p. 312)
A la suite de cette première victoire, Ali estima qu’il était en position favorable pour entamer le dialogue. Il appela Mu'awiyah à l’obéissance due au successeur du Prophète et à l’unité de l’Islam. Mu'awiyah répondit que si Ali châtiait les meurtriers d’Othman il lui ferait allégeance. Les échauffourées et la guerre des mots continuèrent donc.
Tabari rapporte un intéressant dialogue entre Mu'awiyah et les messagers d’Ali. Cette discussion démontre que les dirigeants musulmans n’étaient pas dupes des vrais enjeux du conflit :
“ Mu'awiyah, je comprends ta réponse à Ibn Mihasn, et, par Dieu, nous savons très bien ce que tu veux obtenir. Le seul moyen que tu as pu trouver pour égarer le peuple, pervertir leurs désirs, et obtenir son obéissance c’est de dire : “Votre Imam a été injustement tué et nous voulons venger son sang !” Une populace stupide à répondu à ton appel mais nous savons que tu as traîné pour aider Othman et que tu souhaitais sa mort de sorte que tu pourrais obtenir cette position que tu convoites maintenant.”
Les combats continuaient donc sous la forme d’escarmouches car Ali souhaitait éviter une répétition du massacre de la Bataille du Chameau. Les accrochages étaient plus ou moins féroces d’un jour à l’autre mais dans l’ensemble aucun affrontement grande ampleur n’eut lieu. Ali croyait encore possible une soumission de Mu'awiyah.
Sur ce, le mois de mouharram (premier mois du calendrier musulman - son nom dérive du terme arabe haram, signifiant à la fois sacré et interdit) commença, Alî déclara qu'il voulait que l'on cesse les combats pendant le mois sacré. Durant ce mois de trêve, les deux armées se firent donc face, sans combats de grandes ampleurs. Ali en profita pour de nouveau tenter en vain d’obtenir l’allégeance de Mu'awiyah...
Mu'awiyah répondit : “On dirait que tu es venu juste pour menacer et non pour obtenir un accord. Tu ne pourrais pas te fourvoyer davantage Adi (le messager d’Ali). Je suis le fils de Harb, (Harb signifie guerre — le nom de son grand-père), par Dieu, Tu es un de ceux qui criaient contre Othman, un de ceux qui l’ont tué et j’espère que tu seras un de ceux que Dieu tuera pour cela. Comme tu te trompes, Adi Hatim ! — Tu as recours à la force quand tu ne peux pas réussir par la persuasion » (page 22).