Posté le: Ven Déc 15, 2006 9:33 am Sujet du message: Pakistan : des chrétiens en prison pour blasphème
Pakistan : des chrétiens emprisonnés grâce aux lois islamiques sur le blasphème
Le jeudi 23 novembre 2006, le sénat pakistanais a ratifié la nouvelle loi de protection des femmes votée par la Chambre basse le 15 novembre(1). En pratique, cette loi abroge une disposition des "ordonnances Hudood" de 1979 selon laquelle la femme devait produire les témoignages de quatre hommes "bons musulmans" pour voir son viol reconnu (faute de quoi elle se retrouvait souvent accusée d'adultère, un crime passible de la peine de mort NDLR). Le Président Musharraf a signé le décret de loi lundi 27 novembre, ignorant les protestations des islamistes.
Les ordonnances Hudood de 1979 avaient été introduites par le dictateur islamiste Zia ul-Haq, qui dirigea le Pakistan de 1977 à 1988, date de sa mort dans un accident d'avion. Un autre ensemble de lois qu'il avait fait adopter sont les lois sur le blasphème(2), qui furent intégrées au code pénal en 1986.
Dans son édition du 27 novembre(3), le Daily Times du Pakistan rapporte que deux chrétiens ont été condamnés à 15 ans de prison pour blasphème.
Les prévenus ont été jugés par un tribunal anti-terrorisme de Faisalabad, province du Pendjab, pour un blasphème qui aurait soi-disant eu lieu il y a deux mois. Le 8 septembre 2006, Jamil dit James Masih et Boota Masih, membres d’une même famille de la région de Nishatabad, auraient prétendument été surpris brûlant des pages du « saint coran ».
Par-dessus le marché ils ont été condamnés à 25.000 roupies (411$) d’amende chacun.
Les lois sur le blasphème du Pakistan sont draconiennes à l'extrême et discriminatoires. Par exemple, les membres de la secte musulmane connue sous le nom d'Ahmadiyyah ont, en vertu des sections 298-B et 298-C du code pénal, l’interdiction de se prétendre musulmans et de se livrer à la prédication et au prosélytisme sous peine de trois ans de prison et d’une amende (4).
En application de la section 295-C du code pénal du Pakistan (PPC), quiconque insulte ou se moque du prétendu "prophète" de l'Islam peut être condamné à la peine de mort. Dans le texte initial de la loi (5), la section 295-C donnait aux juges la possibilité de condamner soit à la peine de mort soit à la prison à perpétuité. Au début des années 90, la section 295-C a été amendée pour faire de la peine de mort la seule sanction possible.
L'article 295-B de ces lois sur le blasphème a été fréquemment employé pour persécuter les chrétiens du Pakistan. Cet article énonce que " quiconque souille, dénigre ou profane une copie ou un extrait du saint coran ou l'emploie de façon inappropriée ou pour tout autre but illégal est passible d'une peine d'emprisonnement à perpétuité."
Une grande partie de ceux qui sont arrêtées en application de cette loi sont chrétiens. En vertu des lois sur le blasphème, quand quelqu’un est dénoncé, l’accusé doit immédiatement être placé en état d'arrestation et ce avant même qu’une enquête ait eu lieu.
Fréquemment, des chrétiens sont victimes de fausses accusations d’avoir brûlé le Coran. Le 11 novembre de l'année dernière, Yousaf Maseh, un chrétien de Sangla Hill, province du Pendjab, a été faussement accusé d’avoir brûlé des pages du coran. Il a été placé en détention par la police et n'a été libéré que le 23 février de cette année.(6)
Le 12 Novembre(7), des centaines de musulmans ont saccagé les églises de la communauté chrétienne de Sangla Hill. Les chrétiens n’y représentent que 10% de la population locale. La maison d'un prêtre, l'école primaire, l'église catholique de Nazooli-i-Rooh, le pensionnat et le centre médical d’un couvent et deux églises protestantes ont été incendiés. Les statues du Christ et les crucifix ont été brisés et les vêtements des nonnes brûlés. Trois autres églises ont également été attaquées.
Le 19 février ( de cette année, à la suite à une accusation malveillante du même genre faite à Sukkur au sud du Pakistan, 400 musulmans ont attaqué des propriétés de chrétiens – les églises du Saint Sauveur et de Saint Xavier et l’école Sainte Marie qui avait été construite en 1889.
Le 6 août de l'année dernière(9), Yousaf Masih, un vieux chrétien illettré de 60 ans, a été libéré après avoir été arrêté le 28 juin. Ses employeurs lui avaient ordonné de brûler des déchets et il ignorait que certains des papiers qu’il devait incinérer contenaient des versets du Coran. M. Masih, qui a des difficultés à se remettre et est de santé fragile a été menacé de mort à sa libération et est contraint de se cacher.
Selon la National Commission for Justice and Peace, au moins 23 personnes ayant été impliquées dans des cas de blasphème ont été par la suite assassinées par des fanatiques musulmans. Quoique les chrétiens du Pakistan comptent pour moins de 2% de la population, un quart de ces personnes assassinées étaient chrétiennes.
Une grande partie de la minorité chrétienne pakistanaise vit dans la province du Pendjab et c'est de là que la plupart des accusations de blasphème proférées à l’encontre des chrétiens proviennent. En raison des dispositions de la législation sur le blasphème, les accusés doivent rester en prison jusqu'à ce que leurs causes soient jugées. Ce mois-ci, à la haute cour de Lahore, province du Pendjab, un chrétien pakistanais, Ranjha Masih, a finalement été acquitté de l’accusation de blasphème après avoir passé huit ans et demi en prison.
Le juge qui présidait, Asif Saeed Khan Khausa, a énoncé qu'il n'y avait aucune preuve contre Masih et l’a complètement acquitté. Selon Compass News (10), M. Masih avait été accusé d’avoir lancé une pierre contre une enseigne mentionnant des versets du coran lors de l’enterrement d'un évêque catholique en avril 2003.
En 2003, un tribunal de district avait condamné Ranjha Masih à la prison à perpétuité. Il y avait des contradictions flagrantes dans le jugement. L'enseigne cassée n'a été produite que plus de 20 jours après son arrestation. Et alors qu'il aurait du être jugé, en application de l'article 295-B, pour insulte au Coran, il a été inculpé en application de l'article 295-C qui proscrit les insultes contre Mahomet. Bien que les infractions à cette loi ne puisse être punies que de la peine de mort, Masih avait été condamné à la prison à perpétuité.
Les ordonnances Hudood discriminaient les femmes et les non-Musulmans, pourtant le président Musharraf a finalement été en mesure de les amender par l'introduction de la Women's Protection Bill. La coalition des partis islamistes, le Muttahida Majlis-e-Amal ou MMA (United Action Front), y était viscéralement opposée. Dimanche à Karachi(11), 400 oulémas ont publié une fatwa contre la loi. Mais maintenant que la loi est signée, il leur sera difficile de réintroduire une nouvelle loi qui ne fasse aucune différence entre le viol et l'adultère. Seul un fanatique musulman peut considérer qu’une telle loi est juste.
Le 31 juillet(12), Javaid Iqbal, l’ancien chief justice de la Haute Cour de Lahore a d’ailleurs révélé que Zia UL-Haq avait imposé les ordonnances Huddod sans respecter la procédure légale prévue par la constitution.
Après avoir pris le pouvoir Musharraf a manifesté l’intention d’amender les lois sur le blasphème. Les groupes islamistes l’ont aussitôt menacé de manifestations de masse et de protestations dans tout le pays et finalement, en mai 2000 (13), il a annoncé qu'il ne toucherait pas aux lois sur le blasphème.
Le 6 mai 1998(14), John Joseph, évêque catholique de Faisalabad, Pendjab, s'est suicidé pour protester contre les lois sur le blasphème.
En juin de cette année(15), Shahbaz Bhatti, le Président de la All Pakistan Minorities Alliance (APMA), a appelé le Chief Justice du Pakistan à modifier les lois sur le blasphème. Il a déclaré : " la loi sur le blasphème est employée comme une arme pour régler des comptes personnels. Beaucoup d’innocents sont tués et incarcérés en raison des abus que permet la loi sur le blasphème. De même, dés qu’il est question de blasphème les familles des accusés sont également menacées et doivent faire face aux harcèlements et aux persécutions."
Ces appels à la raison n’ont rien donné. En novembre, l'archevêque de Canterbury, Rowan Williams, chef de l'église Anglicane, était en visite officielle au Pakistan. Il a déclaré (16) que ses interlocuteurs l’avaient assuré que les lois sur le blasphème seraient révisées. Cela ne s'est jamais produit.
Loin de s’engager dans le sens d’une révision ou d’une abrogation de la législation sur le blasphème, Musharraf s'est enfoncé dans la direction opposée. Au mois de février, suite à l’affaire des caricatures danoises, des émeutes ont éclaté au Pakistan au cours desquelles au moins cinq personnes, y compris un enfant de huit ans, ont été tuées, Musharraf a alors essayé d’imposer une loi internationale (17) contre le blasphème envers l’islam.
Il est possible que Musharraf soit un allié de l'occident dans la "guerre contre le terrorisme". En amendant les scélérates ordonnances Hudood, il a démontré qu'il est possible de tenir tête aux plus féroces des partisans de l'Islamisme et de la charia. Mais à moins qu'il ne révise en profondeur les lois discriminatoires sur le blasphème et les abroge dans leur forme actuelle, le Pakistan ne pourra en aucun cas être considéré comme une société juste ou civilisée.
par Adrian Morgan
Notes
1 : http://www.westernresistance.com/blog/archives/003369.html
2 : http://www.westernresistance.com/blog/archives/001747.html
3 : http://www.dailytimes.com.pk/default.asp?page=2006\11\27\story_27-11-2006_pg7_19
http://laiciste.over-blog.com/article-4696359.html
4 : 298(b). 1. Toute personne du groupe des Qadianis ou des Lahoris (qui se donnent le nom d'ahmadis ou tout autre nom) qui, de façon orale ou écrite, ou par sa gestuelle :
a) fait référence ou s'adresse à toute personne autre qu'un calife ou qu'un compagnon du saint prophète Mahomet (que la paix soit avec lui) en tant que « Ameerul-Momneen », « Khalifat-ul-Momneen », « Khalifat-ul-Muslimeen », « Sahaabi » ou « Razi Allah Anho »;
b) fait référence ou s'adresse à toute personne autre qu'une épouse du saint prophète Mahomet (que la paix soit avec lui) en tant que « Ummul-Mumineen »;
c) fait référence ou s'adresse à toute personne autre qu'un membre de la famille (Ahle-bait) du saint prophète Mahomet (que la paix soit avec lui) en tant qu'Ahle-bait;
d) fait référence à son lieu de culte en tant que Masjid (mosquée), ou le nomme ou l'appelle ainsi ; est passible d'une peine d'emprisonnement maximale de trois ans, et est également passible d'une amende.
2. Toute personne membre du groupe des Qadianis ou des Lahoris (qui se donnent le nom ahmadis ou tout autre nom) qui, de façon orale ou écrite, ou par sa gestuelle, fait référence au mode ou à la forme de l'appel à la prière de sa foi comme « azan », ou récite l'azan comme le font les musulmans, est passible d'une peine d'emprisonnement maximale de trois ans, et est également passible d'une amende.
298(c) Toute personne membre du groupe des Qadianis ou des Lahoris (qui se donnent le nom d'ahmadis ou tout autre nom) qui, directement ou indirectement, se présente comme musulmane ou appelle sa foi islam , ou prêche ou répand sa foi ou invite d'autres personnes à accepter sa foi, de façon orale ou écrite ou par toute représentation visible, ou de quelque façon, insulte les sentiments religieux des musulmans, est passible d'une peine d'emprisonnement maximale de trois ans, et est également passible d'une amende
Inscrit le: May 01, 2003 Messages: 1008 Localisation: Perroy, Suisse
Posté le: Ven Déc 15, 2006 11:44 am Sujet du message:
Il est complètement aberrant de voir qu'à notre époque, on punisse des gens pour des "délits" tels que brûler les pages d'un livre soi-disant saint... à se demander si on est en 2006 ou encore dans les limbes de la préhistoire !!! _________________ "Avoir la foi, c'est être plus sûr d'une chose que la raison ne le permet"
Inscrit le: Apr 22, 2004 Messages: 2568 Localisation: Paris
Posté le: Ven Déc 15, 2006 3:20 pm Sujet du message:
Pour nos yeux relativement éclairés, c'est abérrant. Mais nous ne vivons pas tous à la même époque, et nous oublions que nous vivons actuellement un âge d'or sur une terre de prospérité, ce qui n'est pas le cas partout. Mais nous nous en rendrons compte lorsque cela sera terminé... _________________ Ce terme [almanach], passé dans les langues européennes grâce à l'arabe andalou latinisé, semble être la transcription grecque d'un terme dérivé du syriaque qui désignait les calendriers égyptiens.
Posté le: Ven Déc 15, 2006 7:04 pm Sujet du message:
Remarque, sur ce point, les chrétiens de l'UE ne font pas mieux.
Allez crier en Pologne dans les rues que Dieu est un connard et Jesus une tarlouze, nul doute que vous finirez vite en prison...
Inscrit le: Jun 04, 2003 Messages: 1640 Localisation: Paris
Posté le: Ven Déc 15, 2006 8:57 pm Sujet du message:
Salut,
CourGette a écrit:
Remarque, sur ce point, les chrétiens de l'UE ne font pas mieux.
Allez crier en Pologne dans les rues que Dieu est un connard et Jesus une tarlouze, nul doute que vous finirez vite en prison...
Desoler de te contredire mais c'est faux et cause du conseil de l'Europe.
Bref tu as le droit.
En revanche le lynchage sur la place public
Drizzt _________________ Qui a coulé le Titanic?
iceberg, encore un juif...
Caricatures de Mahomet au Yémen: 4 mois de prison pour 2 journalistes
SANAA (AFP) - Un tribunal de Sanaa a condamné mercredi deux journalistes de l'hebdomadaire yéménite Al-Hourriya à 4 mois de prison avec sursis pour avoir reproduit des caricatures controversées du prophète Mahomet.
Selon des sources judiciaires, le verdict rendu par le tribunal interdit aussi à Akram Sabra, rédacteur en chef, et Yahia Al-Abed, rédacteur, d'écrire pendant un mois et à leur publication, Al-Hourriya, de paraître pendant un mois, ces deux condamnations également avec sursis.
Il s'agit du troisième journal au Yémen que la justice condamne pour la reproduction des caricatures de Mahomet, initialement publiées par le quotidien danois Jyllands-Posten en septembre 2005, une initiative qui avait suscité de vives réactions dans le monde musulman.
Mercredi, le rédacteur en chef de l'hebdomadaire Yemen Observer, Mohammad Al-Assadi, avait été condamné à une amende de 500.000 riyals (environ 2.500 USD).
Le 25 novembre, un tribunal yéménite avait ordonné la fermeture pour un an du journal Al-Rai Al-Aam et une interdiction d'écrire de six mois pour son rédacteur en chef, Kamal al-Olfi. Ce dernier avait été condamné aussi à un an de prison mais l'application de cette peine avait été aussitôt suspendue à la demande du parquet.
Al-Rai Al-Aam, Yemen Observer et Al-Hourriya avaient été suspendus de parution pendant près de trois mois sur ordre des autorités yéménites pour avoir reproduit les caricatures incriminées
_________________ Montre-moi donc ce que Mahomet a apporté de nouveau. Tu ne trouveras que des choses mauvaises et inhumaines, comme l'ordre de répandre par l'épée la foi qu'il prechait.
Manuel II Paléologue cité par le pape Benoit XVI -2006
Pourtant, le délit de blasphème est bel et bien puni par la constitution de plusieurs états européens...
Mais si le conseil de l'Europe interdit son application, je veux bien te croire.
Pourtant, le délit de blasphème est bel et bien puni par la constitution de plusieurs états européens...
Mais si le conseil de l'Europe interdit son application, je veux bien te croire.
Ce sujet a deja fait polemique en Europe, Et la justice Europeen avait tranche en faveur du droit de blaspheme estimant que cela revenait au droit de critiquer un religions ou de remetre en cause leur these.
Drizzt _________________ Qui a coulé le Titanic?
iceberg, encore un juif...
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