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Dictionnaire de la culture berbère en Kabylie

 
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Auteur Message
Alain
Adolescent(e)
Adolescent(e)


Inscrit le: Aug 22, 2004
Messages: 386

MessagePosté le: Lun Nov 28, 2005 12:07 pm    Sujet du message: Dictionnaire de la culture berbère en Kabylie Répondre en citant

"Dictionnaire de la culture berbère en Kabylie" de Camille Lacoste-Dujardin interviewée par par Abdelwahab Meddeb

écouter

Quelques extraits :

"De l'est à l'ouest et du nord au sud, … ou les berbères ont été contraint de se rassembler. Surtout dans les massifs montagneux ou le Sahara. Le berbérophone subsiste grâce à ça."

A.M. La dernière vague d'invasion, l'arabisation, a fait ce travail dans les plaines, c'est très surprenant d'ailleurs
C.L. Oui mais il y aussi la colonisation française !
A.M. Oui mais le travail d'arabisation a été majeur … dans les plaines
C.L. dans les plaines, oui, oui
A.M. La Tunisie, un pays profondément berbère, comme c'est un pays de plaine, heu .., il reste 1%, des traces
C.L. … que des traces dans l'extrême sud, et près de Djerba
A.M. L'étape post coloniale a fait le reste, ça a été laminé par … un état très 3 et 4ème république française, centralisateur, laïque et le peu de différence interne à été laminée par l'enseignement, je pense
C.L. Effectivement, oui mais il a eu aussi un gros travail de recueil de ce qui pouvait encore … de littérature orale, de contes, du sud tunisien. Je me souviens il y a eu toute une période où certains animateurs de radio Tunis qui recueillaient … Comme vous dites les média qui se répandent partout, …, l'éducation … le berbère n'est plus compris et par conséquent disparaît.
A.M. Et ces initiatives radiophoniques que vous avouez ne sont que des effets de folklore alors qu'en Algérie et au Maroc dans une moindre mesure nous avons affaire à un nombre beaucoup plus important et à une volonté qui rencontre un obstacle politiquement …
C.L. … oui et qui est beaucoup pus offensif car il y a aussi le nombre, enfin il a toute une histoire …

C.L. La culture berbère de Kabylie s'est maintenue dans une opposition, dans un sentiment de défense continuel. Et ça c'est très sensible même à travers la littérature orale. Les héros des contes sont des défenseurs de la communauté villageoise ou bien alors il y des conquérants individuels mais là ce sont des contes importés de l'orient, mais les vrais héros kabyles sont des défenseurs du petit village contre le Nature, les étrangers … Ca se perpétue jusqu' aujourd'hui, il n'y a qu'à voir les héros du mouvement des Archs , etc

C.L. L'émigration a joué un grand rôle dans la prise de conscience des kabyles, qui a été très précoce et a été à l'initiative du premier mouvement de revendication d'indépendance de l'Algérie toute entière qui était l'Etoile Nord Africaine qui a été créée en 1926. Et ces kabyles se sont mobilisés pour une nation algérienne en n'étant vraiment pas du tout à l'époque pour une indépendance ou une autonomie de la Kabylie comme on le voit pour certains partis aujourd'hui.
A.M. Mais l'Algérie ils la pensaient plurielle, c'est le moins qu'on puisse dire
C.L. Voilà et c'est ça leur revendication principale, et ils ont toujours revendiqué cela, ils auraient bien accepté de contacter … d'accueillir chez eux des étrangers mais à condition que tout le monde ait le droit de cité et puisse s'exprimer et que les différentes cultures en passant évidemment par le vecteur essentiel qui est la langue soient reconnues.
A.M. Pour revenir à Mohamed Sail, il avait milité en France, d'où le rôle de l'émigration pour l'indépendance de l'Algérie à l'Union Anarchiste et en tant que tel, il avait participé à la guerre civile d'Espagne dans les rangs des anarchistes.
C.L. C'est un des rares, il n'y en a pas eu beaucoup, ça valait la peine d'être relevé car ça donne une sorte d'ouverture … sur le travail d'idéologie … qui se fonde sur la culture kabyle qui montre que cette culture berbère est accessible à des changements, des évolutions, qui sont toujours des idéaux égalitaristes.
A.M. Et toujours pendant cette période coloniale il y a eu des berbériste parmi les élèves du lycée Ben Aknoun sur les hauteurs d'Alger
C.L. Voilà … Alors c'est un autre des traits remarquables, que ces mouvements sont toujours des mouvements de jeunes, cette jeunesse kabyle est extraordinaire car c'est elle qui se montre la plus dynamique, qui prend en main les question politiques et culturelles et l'avenir. A l'heure actuelle il y a en Kabylie une pléiade d'associations culturelles, il y en a une au moins dans chaque village, aux mains de jeunes qui dynamisent cette culture, c'est une culture en perpétuelle effervescence, et c'est vraiment quelque chose d'assez exceptionnel
A.M. Vous avez été en contact avec ses associations ?
C.L. Oui avec beaucoup
A.M. l'idée du dictionnaire est née de ce contact ?
C.L. C'est né de la soif que j'ai observée et que j'ai pu discuter avec eux de ces question là, ils étaient très intéressés d'avoir … par leur contes, et qui étaient tout près à me dire : telle vieille personne connaît encore quantité de contes, on va vous l'indiquer, Je leur disais "Mais c'est à vous de la faire maintenant !" et effectivement ils l'ont fait. Pas parce ce que je leur ai dit mais parce qu'ils en avaient le besoin
A.M. Ils se sont presque ethnologues d'eux mêmes
C.L. Oui tout à fait, ils sentent très bien que certains pans de la culture sont appelés à disparaître si on ne passe pas maintenant à l'écrit, d'autant qu'il s'agit d'une langue uniquement orale, alors il y a urgence ...
A.M. Très étonnant cette survivance très forte d'une langue alors qu'elle n'est soutenue que par un corpus oral, comment se fait-il que le berbère n'a jamais émergé comme corpus écrit alors qu'il est arrivé que dans leur histoire, les berbères ont rencontré l'Etat, ils ont même été créateur d'un empire dans deux dynastie médiévales : les almoravides venant du désert et les almohades venant de l'Atlas, la montagne. L'empire almohade était un empire glorieux, immense ayant légué … Averroès, de grands esprits sous la souveraineté almohade kabyle … mais l'Etat berbère a fonctionné en langue arabe.
C.L. Parce qu'il y a eu perpétuellement des invasions, ces grands empires n'ont pas tenu. Et ils n'ont pas eu le temps de développer un appareil d'état, de droit et ils ont été handicapés par le fait qu'il n'y avait pas d'écriture.
A.M. Vous rappelez le tifina
C.L. Les touaregs l'emploient … il y a plusieurs transcription et il y a plusieurs graphies, les symboles tifina sont différents selon les groupes touaregs, et le tifina n'a jamais été qu'une langue d'esthète, une langue que les jeunes gens et filles … se réunissaient le soir dans des cours et traçaient des poèmes sur le sable qui s'effaçaient ensuite. Ca n'a jamais servi ni de langue de pouvoir, ni de commerce et donc la graphie s'est perdue … c'est sophistiqué, ça n'a jamais été utilitaire.
A.M. L'ethnologie coloniale a voulu jouer d'une manière très forte l'opposition berbère arabe et il y avait même une volonté de détacher … une intuition de possibilité de prédication et de christianisation, qui n'a pas abouti dites vous …

C.L. Il y a eu deux volets à cette opposition arabe / berbère. Il y a eu d'abord une volonté purement politique de "diviser pour mieux régner" établie par Bugeaud, et j'ai pu retrouver ses directives dès 1844, très tôt ... Et d'autre part il y a eu de la christianisation, sous prétexte que le motif de la croix était très répandu dans les région berbérophone, on a dit que les berbères avaient été christianisés, ce qui n'est pas complètement faux puisque le donatisme , une hérésie, et d'ailleurs la mère de Saint Augustin était berbère, mais enfin passons … il y a eu des tas d'influences et des tas d'orientation différentes parmi ces grands hommes qui sont sortis de la région berbérophone. Mais je pense que pour les berbères, on a essayé par tous les moyens … parce qu'on s'est dit que c'étaient des montagnard, que les maisons et les villages ressemblaient beaucoup à ceux de la Méditerranée française, on sentait qu'il y avait une proximité presque … anthropologique. Alors on a envoyé d'abord les jésuites qui n'ont pas réussi du tout ensuite les Pères Blancs qui eux n'ont guère réussi non plus, qui n'ont réussi que par le fait qu'ils ont recueilli des orphelins et qu'ils ont crée quelques écoles … et entres autres il y a eu des grand penseurs, les Amrouche qui sont sortis des écoles des Pères Blancs, mais ça a été quand même relativement restreint, en revanche on doit aux Pères Blancs un travail de recueil de la culture berbère, entre autre, la littérature orale, travail qui est absolument extraordinaire. En berbère : eux ont appris le berbère …Ils se sont pratiquement berbérisés !
A.M. Dans cette opposition, dans cette volonté de créer une image du berbère bon et vertueux, passant tout le vice du coté arabe …
C.L. C'est ça
A.M. … la vertu chez les berbères dans cette vision coloniale, qui a comme tout dernier avatar … dans les services secrets français, ont pensé qu'ils pouvaient organiser des contre maquis, pendant les années 1950 et la guerre … Ils ont basculé vers la résistance algérienne avec armes et bagages.
C.L. oui alors, c'est dû à l'orientation d'une certaine ethnologie, que j'appellerais l'ethnologie coloniale. Et il y en avait une autre : anticolonialiste : il faut bien préciser, ce n'est pas parce qu'un discipline peut faillir parfois qu'il faut jeter le bébé avec l'eau du bain ... Et donc qui a été victime d'un des travers qu'ont parfois les ethnologue qui est de privilégier l'archaïsme. Et de rechercher constamment le passé, et ce qui n'est pas fait de façon péjorative ! Pas du tout ! Ils sont en admiration, de ce qu'on peut retrouver de l'antiquité méditerranéenne. Et c'était le cas de Jean Servier, qui s'est fourvoyé dans une histoire de renseignements … Son souci pour les kabyles … Un laboureur représentait pour lui, avec ses moyens réduits les paysans d'Homère. Et à force de voir tous ces archaïsmes, ces ethnologues n'ont pas été foutus de voit comment les choses changeaient devant eux ! C'était dénier aux kabyles le droit de s'adapter aux nouveautés. Conserver … et considérer que les gens qui sont issus de culture autres n'ont qu'un soucis : conserver leur culture dans l'état où elle a toujours été.
A.M. C'est impossible
C.L. C'est absolument impossible. Je crois que dans une culture orale, c'est un atout énorme que l'oralité : on ne dépend pas de la fixation par l'écrit. L'écrit qui fige souvent, les possibilités de changer lorsqu'on s'aperçoit que les circonstances sont telles que les choses ne vont plus comme ça. Le code coutumier de chaque village, les kanoun, qui n'étaient pas écrits, dès qu'il y avait un problème nouveau, on modifiait telle règle … Et ça c'est fait autrefois, pour l'héritage des femmes, là elle héritaient … on s'est décidés à ne pas les faire hériter, parce que … c'est toute une histoire ! Des kabyles avaient émigré, c'était embarqué sur les navires turcs pour faire la course [corsaires, pirates] et avaient été fait prisonniers en Espagne, en grand nombre. Un jour les espagnols ont décidé de libérer tous ces prisonniers or quand un homme était absent de chez lui depuis plus de 3 ou 4 ans, on disait que sa femme pouvait se remarier. Et elle transmettait son héritage. Mais quand les malheureux prisonniers sont revenus, ils ont trouvé leur femme mariée et leurs biens dispersés. On dit qu'à partir de ce moment là on a donc décidé que désormais les femmes n'hériteraient pas … les propriétés étant tellement exigus dans la montagne kabyle que on ne pouvait laisser aller … un certains nombre d'individus qui en profitaient pour épouser les femmes pour récupérer les terres … qu'elles pouvaient transmettre.

C.L. … que les contes du fond méditerranéens et des rapports nature / culture, om le héros est le défenseur du village, sont des contes dits par les femmes. Alors que ceux inspirés des mille et une nuit, ont été d'avantage des contes du répertoire masculin … parce que les hommes étaient les seuls mobiles en Kabylie, les femmes ne bougeaient pas. Or les contes de la grande tradition méditerranéenne tels que l'expriment les kabyles ont été dits jusqu'au début de la colonisation, il y en qui sont encore dit aujourd'hui par des femmes qui n'avaient aucune notion d'écriture et qui n'avait jamais entendu le contes des Milles et une Nuit alors que les hommes avaient pu les entendre, eux qui migraient souvent à Oran Alger Tunis etc … Tandis que les femmes elles ont été un peu conservatrices, mais on a adapté le sens du conte aux besoins, aux circonstances, à l'histoire qui changeait à chaque fois, c'est une culture à la fois conservatrice - à condition qu'elle soit en accord avec son environnement … Mais quand il y a des événements extérieurs … et là sans cesse les plaines étaient accaparées [invasions] et ça transparaît à travers quantité de termes … littérature orale, expression et proverbe … comme "Celui qui a des enfants à la montagne n'a rien à redouter dans la plaine" … C'est une obsession ce fait que les plaines ne soient plus accessibles aux paysans kabyles.

A.M. Bon alors, l'entrée de l'islam ..; Vous rappelez d'abord que l'islam est partie intégrante de la culture kabyle, que ce sont des musulmans fidèles et souvent pratiquants mais avec un très grand rapport avec le soufisme et le culte des saints populaires peut être en lien avec des rémanence antiques, mais d'autre part, vous le rappelez et ça me semble très important, rarement il y a des littéralistes [lecture littérale du Coran] où des gens dans l'excès qui conduit à l'intégrisme, il n'y a pour ainsi dire pas de kabyle intégriste. … Pourtant la Kabylie a été un lieu de maquis intégriste dans les années 1990 …
C.L. Oui mais comme toute zone de montagne, elle attire le maquis, il y a des forêt, …
A.M. Mais là les villages se sont très bien défendus
C.L. Oui mais justement, le maquis était sans lien avec les villages ! Les villages se sont armés.
A.M. Les Archs ont créé de vraies barrières
C.L. Oui ils ont créé tout un système défensif avec des sortes de milices qui se défendaient … Et les seuls lieux où l'islamisme, l'intégrisme … ont pris ce sont des lieux précisément dans les plaines … ces fameuses plaines dont les kabyles déplorent [leur prise dans l'histoire] ce sont des zones qui sont occupés beaucoup par des arabophones.
Il faut penser quand même qu'il y avait en Kabylie un islam un peu particulier qui était un islam de marabout . De familles maraboutiques. [La confrérie] qui a eu le plus d'influence en Kabylie et qu'ils ont réussi à gauchir la prédication dans le sens qui convient à la culture Kabyle, c'est cette Rahmaniya et les imams ont été des kabyles d'origine, et … même le grand chef prédicateur de la Rahmaniya … Ahedad était un forgeron et ce n'était pas une famille aristocratique comme beaucoup d'autres marabouts … et chose extraordinaire il a prêché en kabyle ce qui était -par rapport à l'islam- presque une hérésie. Il a eu donc un très grand écho et ils s'est mis eu premier plan des revendication nationalistes. Lui et un grand seigneur qui s'appelait Mokrani , il ont suscité et aidé la récolte kabyle de 1871 contre l'occupation française. Premier nationalisme algérien à riposter à la colonisation française.
A.M. Donc un islam qui n'est pas disposé à accueillir l'islamisme, c'est un fait majeur et c'est important de le rappeler, serait ce là une des raisons … de l'origine kabyle d'un des grands penseurs et combattant de l'islam de la réforme et de la modernité qui mène un vrai combat contre l'intégrisme, notre ami Mohamed Arkoun … Vous pensez que ça l'a prédisposé à ce combat ?
C.L. Je le pense car il a précisément une culture très large à la fois islamique et sa profonde culture kabyle. Qui en imprégnant tout kabyle d'un idéal égalitariste très sourcilleux, du moins au niveau des représentations, quand on creuse c'est un peu différent… Ca prédispose à redouter les hiérarchies … à redouter de manipuler la sainteté la religion pour le pouvoir
A.M. Le rayonnement qui est le sien dans l'islam pas seulement en Europe, on peut estimé qu'il est un de ceux qui mène le combat nécessaire ...

A.M. Un autre personnage qui nous a quitté et qui a été tellement important pour la cause kabyle, Mouloud Mammeri qui fut là ethnologue de lui-même … Mais en même temps romancier. Ce qui m'impressionne c'est que ces romans s'inscrivent dans une histoire décisive de l'Histoire de l'Algérie à laquelle appartient la Kabylie … Je l'avais enseigné à un séminaire aux EU et parmi les participants qui avait la chaire de grec ancien .. il a fait toute une analyse très surprenante et belle sur le thème de la tragédie sans protagoniste …
C.L. La Colline Oubliée [de Mouloud Mammeri] , ça a été une révélation, début des années 50 … Ca a été une des rencontre décisive avec la culture kabyle … Ensuite aux langues O. je prenais la Colline Oubliée … et je montrais aux élèves à quel point Mammeri avait su faire une extraordinaire description des villageois kabyles … En situation de sous développement … Mammeri a fait de l'ethnologie et de l'anthropologie … Et il a fait de l'ethnologie sous forme d'un roman. C'est un grand personnage de la culture Kabyle.
A.M. Je voudrais que l'on parle de son roman La traversée qui est un roman terrible … 10 années avant il prévoyait tout, la guerre civile et comment quelque chose qui est de l'ordre de l'irréconciliable qui circule à l'intérieur du pays qui pratiquement élimine la présence de l'intellectuel, qui exigera ce recours à la traversée, exil forcé un livre terrible dans sa prémonition.

A.M. … Une dernière question : une des raisons majeurs qui maintiendrait le kabyle comme langue;, c'est justement la venue à des formes modernes au roman au théâtre en kabyle et c'est quelque chose que nous attendons.
C.L. Oui certainement et je crois que c'est en train de se faire, les jeunes à l'heure actuelle se mobilisent beaucoup sur des éditions en berbères, en kabyle.
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