Posté le: Mer Juin 04, 2008 2:25 pm Sujet du message:
HASSAN ET MU’AWIYAH
Ali était donc enfin mort mais son parti demeurait à travers ses enfants, les petits-fils de Mahomet. Mu’awiyah devait en finir d’une façon ou d’une autre.
Tout en rassemblant ses forces pour la future bataille, Mu’awiyah n’avait pas oublié que Siffin avait failli tourner au désastre pour lui alors que ses forces étaient supérieures en nombre, il écrivit donc à Hassan pour lui demander de renoncer à ses prétentions au Califat. S’il pouvait persuader Hassan, il éviterait de risquer son sort dans une guerre à l’issue hasardeuse et renforcerait sa position alors que même s’il vainquait Hassan au combat sa légitimité resterait contestée.
A Kufa, la confusion, l'incertitude et la démoralisation avaient encore empiré sous les effets conjugués des séquelles de la bataille de Siffine, du terrorisme Khârijites et des complots des agents Mu'âwiyah d'autre part. Hassan, qui ne se faisait pas trop d’illusion sur la cohésion et la pugnacité de ses troupes, accueillit donc sans trop de déplaisir les ouvertures de Mu’awiyah.
Les négociations traînèrent et M’uawiyah se décida à marcher contre Hassan ibn Ali avec une armée de soixante mille guerriers. Hassan se porta à sa rencontre et les deux armées se firent face à Sabat près de l’antique Ctésiphon.
Toutefois Hassan lui-même n’avait aucune confiance dans ses propres troupes comme en témoigne ce discours qu’il leur fit :
« A Siffin, vous avez placé votre religion devant votre vie d'ici-bas, alors que, aujourd'hui, vous mettez celle-ci devant celle-là. Vous êtes animés par la vengeance de deux catégories de tués: les uns pleurent un tué à Çiffine, les autres nous réclament vengeance pour un tué à Nahrawân. Ceux-ci ont un penchant à la défection et ceux-là sont des révoltés".Ibn Tâwûs, "Al-Malâhim wal Fitan", cité par M. J. Fadhlallah, op.cit., p. 70.
Habilement, Mu’awiyah rendit publique les tractations qu’il menait avec Hassan en vue de la conclusion d'un traité de réconciliation. Cette nouvelle démoralisa encore les toupes de Hassan : pourquoi risquer inutilement sa vie alors que des négociations étaient en cours ?
Hassan avait mis à la tête de l’avant-garde Ubaydallah ibn Abbas, frère de cet Abdallah Ibn Abbas dont nous avons pu apprécier la conduite si exemplaire. Busr, l’un des généraux de Mu’awiyah avait exécuté deux des fils de Ubaydallah et Hassan estimait donc n’avoir pas pas à craindre d’être trahi par lui malgré le fâcheux antécédent de son frère le « docte de la communauté ». Pourtant Mu’awiyah écrivit secrètement à Ubaydallah :
«Al- Hassan m'a écrit. Il compte renoncer en ma faveur. Si tu m'obéis maintenant, tu le ferais en maître, autrement tu le feras en serviteur»
Ibn Abi al-Hadid, "Charh al-Nahj", tome Vl, p. 42, cité par M. J. Fadhlallah, op.cit., p. 75.
Ubaydallah vit tout de suite où était son intérêt et le lendemain Hassan apprit ahuri que le commandant de son avant-garde s’était rangé dans le camps de Mu’awiyah et qu’une bonne partie de l’armée avait déserté avec lui.
Le nouveau commandant désigné par Hassan, Qays Ibn Sa'ad résuma lainsi a situation devant les combattants :
«Ô gens! Ne soyez pas trop surpris par ce que cet homme soudoyé vient de faire. Ni lui, ni son père ni son frère n'ont jamais fait quelque chose de bien. Son père qui est l'oncle paternel du Prophète avait combattu celui-ci à Badr et a été fait prisonnier. Son frère, nommé par l'Imam 'Alî gouverneur de Basrah ne tarda pas à voler l'argent des Musulmans pour s'offrir des servantes tout en prétendant que son action était licite. Quant à Ubaydallah lui-même qui fut nommé (par 'Alî) gouverneur de Yémen, il s'est enfui devant 'Abdullah Ibn Busr, le laissant tuer ses fils à sa place. Et le revoilà qui a fait ce que vous venez d'apprendre.» "Maqâtil al-Tâlibîne", p. 35, cité par M. J. Fadhlallah, op. cit., p. 78.
C'était parfaitement exact mais il aurait mieux valu y penser avant de le nommer commandant. C’est beau la famille quand même … Quoi qu’il en soit la nouvelle sema la panique dans le camps de Hassan, ceux qui ne s’étaient joints à lui que par goût du pillage, et ils étaient nombreux, commencèrent immédiatement à se débander et à passer à l’ennemi.
Mu’awiyah estima que Hassan était maintenant à point. Il envoya donc des émissaires à Hassan pour négocier un accord. Hassan, démoralisé par les dissensions au sein de son propre camp accepta de traiter.
Le texte de l’accord ne nous est pas parvenu mais tout les récits s’accordent sur le fait que Hassan accepta de renoncer au Califat si en contrepartie Mu’awiyah :
- laissait Hassan et ses partisans en paix ;
- ne désignerait pas de successeur qui serait choisi par une shura (concile) ;
- laissait Hassan s’approprier la totalité du trésor public de Kufa ;
- donnait l’ordre que l’on cesse de maudire Alî lors des prières à la mosquée.
Mu`âwîya, refusa la dernière condition : le nom d'Alî continuerait à être maudit sauf quand Hassan et son frère Husayn seraient présent à la mosquée. Hassan avala la couleuvre et partit s’installer à Médine en emportant le magot de Koufa.
Il passa donc le restant de ses jours à Médine dans le luxe et l’oisiveté. Il y gagna alors le surnom de « el-Mitlak » qui peut être traduit par “le divorceur” car il eut entre 60 et 300 épouses et concubines. La taille extravagante de ce harem est-il l’indice que Hassan souffrait de troubles sexuels ? Quoi qu’il en soit ses innombrables épouses ne lui auraient donné que dix-huit fils Il mourut vers l’âge de 48 ans. Selon certaines sources il serait mort de maladie, selon d’autres il aurait été empoisonné par Ja'da bint al-Ash'ath ibn Qays, l’une de ses épouses, sur ordre de Mu'awiyah qui voulait se débarrasser de lui pour faire proclamer son fils Yazid calife.
Détail TRES piquant (au propre et au figuré) :
«Hasan, au moment de sa mort, était âgé de quarante-six ans. On voulut l’enterrer à côté du tombeau du Prophète. La fosse était déjà creusée et on avait apporté le corps, lorsque ‘Aicha, assise sur un chameau, arriva et défendit de procéder à l’enterrement sur un terrain qui, disait-elle, lui appartenait. Les habitants de Médine, très irrités contre elle, lui reprochèrent sa façon d’agir, disant : Un jour tu es sur le chameau, faisant la guerre, et un autre jour tu querelles, du haut de ton chameau, à propos d’une bière, et tu ne veux pas que le petit-fils du Prophète soit enterré près de lui ! Mais ‘Aicha persista dans son refus, et le groupe d’hommes qui la soutenaient attaquèrent leurs adversaires et leur lancèrent des flèches ; la bière, sur laquelle était le corps de ‘Hasan, en fut criblée. On l’enterra ensuite au cimetière de Baqî»
Tabari «Les quatre premiers Califes» Page 17 tome 5/6
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