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Maroc
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mahomet
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MessagePosté le: Mer Sep 24, 2008 3:42 pm    Sujet du message: Répondre en citant

J’y suis, j’y reste !
MAROC - 21 septembre 2008 - par PROPOS RECUEILLIS À RABAT PAR FRANÇOIS SOUDAN

Un an après sa nomination, le Premier ministre marocain sort de sa réserve et affiche, face aux critiques, sa ferme intention de demeurer à son poste. Au menu de cet entretien : ses rapports avec le roi, son bilan politique, son état de santé et le prochain congrès de l’Istiqlal. Mais aussi ses relations avec l’USFP, El Himma, les islamistes, les journalistes, l’argent et le pouvoir.


Rabat, une nuit de ramadan. Dans sa villa du Souissi, qu’il habite depuis trois décennies et où il continue de vivre, délaissant sa résidence de fonction, Abbas El Fassi reçoit Jeune Afrique après le ftour, pour l’une de ses très rares interviews. Premier ministre depuis tout juste un an, cet homme de 68 ans n’est pas à proprement parler l’incarnation du « nouveau Maroc », celui des quadras et de la « génération M6 ».
Ministre, puis ambassadeur sous Hassan II, secrétaire général du premier parti du royaume - l’Istiqlal - depuis dix ans, le gendre et neveu du flamboyant Allal El Fassi, référence historique du nationalisme marocain, fait même figure de dinosaure du paysage politique local. Mais il est légitime, issu des élections les plus transparentes depuis l’indépendance et produit de cette méthodologie démocratique, voulue par le roi Mohammed VI.
L’enveloppe paraît frêle et la démarche précautionneuse, pourtant l’énergie et la générosité sont bien là quand Abbas El Fassi expose son bilan et répond aux critiques, souvent acerbes, qui lui sont adressées. J.A. était présent aussi le lendemain soir quand Si Abbas, cette fois patron de l’Istiqlal, réunissait dans le même salon le comité exécutif de sa formation, à un mois d’un congrès crucial qui devrait décider de sa propre reconduction. Parmi les membres, trois jeunes ministres, archétypes du Maroc de demain : Nizar Baraka, Karim Ghellab, Yasmina Baddou. L’autre visage d’un parti - et d’un royaume - en pleine transition…


Jeune Afrique : La rumeur de Rabat mais aussi les journaux évoquent régulièrement votre état de santé, réputé fragile. Première question élémentaire, donc : comment vous portez-vous ?
Abbas El Fassi : Très bien. J’ai le moral gonflé à bloc. Je travaille énormément. Je suis à l’aise dans ma peau de Premier ministre. Je fais de la marche trois fois par semaine et il m’arrive d’essouffler ceux qui m’accompagnent dans cet exercice. Pas plus tard qu’hier, un militant de 40 ans a confié à ses proches qu’il n’arrivait pas à me suivre tant mon rythme était soutenu ! Croyez-moi, si j’avais le moindre handicap, je demanderais à quitter mes fonctions sans hésiter, car la chose publique est sacrée.

Un an après votre nomination, ne faites-vous pas le constat quotidien de la singularité - et de la difficulté - d’être le Premier ministre d’un roi qui règne mais qui gouverne aussi ?
Non. Pour une raison très simple. Sa Majesté respecte à la lettre la Constitution, et particulièrement ce qui concerne les prérogatives du Premier ministre, pour lesquelles nous nous sommes battus lorsque nous étions dans l’opposition. Je jouis donc de tous les attributs constitutionnels de ma fonction. Bien entendu, le Maroc n’est pas l’Angleterre. Le roi préside le Conseil des ministres, lequel avalise ou peut émettre des réserves à propos des décisions du Conseil de gouvernement, que je dirige chaque semaine. Je constate avec satisfaction que jamais Sa Majesté n’a renvoyé un seul texte adopté en Conseil de gouvernement, ce qui pourtant entre dans ses prérogatives.
Bien entendu, comme cela se passe en France ou aux États-Unis, par exemple, le souverain a ce que l’on appelle le domaine réservé, plus particulièrement la diplomatie, la défense, la sécurité et les affaires religieuses. Je n’en suis pas tenu à l’écart pour autant. J’y suis associé et demeure toujours informé des grandes décisions.

Dès le départ pourtant, on a dit : « C’est le roi qui a formé votre gouvernement »…
Faux. La Constitution stipule que le roi nomme les ministres sur proposition du Premier ministre, et c’est exactement ce qui s’est passé. Prenons le cas de mon parti, l’Istiqlal. Sa Majesté a entériné à la fois les portefeuilles et l’identité des détenteurs que nous lui avons proposés. Tous, sauf un. Je souhaitais, pour des raisons d’efficacité politique, la création d’un secrétariat d’État à la Jeunesse rattaché au ministère de la Jeunesse et des Sports, confié à Nawal el-Moutawakil. Cette option n’a pas été retenue.
De son côté, l’Union socialiste des forces populaires [USFP] m’a remis une liste de noms et de postes dont certains - tel le ministère des Collectivités locales - ne figuraient pas dans l’organigramme du gouvernement. Nous avons donc discuté. Ils ont obtenu satisfaction pour la plupart des portefeuilles. En réalité, même lors du choix des ministres de souveraineté, le roi a eu la courtoisie de me consulter et de recueillir mon avis.

Si vous aviez exprimé une réticence concernant tel ou tel de ces « ministres du Palais », le roi vous aurait-il suivi ?
Je le pense, mais le cas ne s’est pas présenté.

Pourquoi dès lors a-t-il fallu un mois de tractations et de conciliabules pour former ce gouvernement ?
Il n’y a rien eu de tel. Sa Majesté m’avait dit : « Pas plus de trente ministres. » Au bout de vingt-quatre heures, l’organigramme était prêt. Sans doute a-t-on voulu attendre, pour annoncer le gouvernement, les décisions délibératives des partis de la future coalition et l’ouverture du Parlement. Pour le reste, je le répète : tout est passé par moi. Les instructions du roi en ce sens étaient claires et ceux qui ont voulu me court-circuiter se sont heurtés à un mur.

Quelle est la différence entre vous et votre prédécesseur, Driss Jettou ?
Lui, c’est lui. Moi, c’est moi. La comparaison n’a donc pas lieu d’être. J’entretiens de très bonnes relations avec M. Jettou, qui a accompli un travail remarquable. Peut-être faut-il aller chercher la différence dans la tonalité de nos discours respectifs. Les miens ont toujours une coloration politique même quand ils sont à dominante économique ou sociale.

Votre gouvernement est-il vraiment homogène ?
Tout à fait. Je n’ai, à ce jour, entendu aucune fausse note et aucun ministre n’a jamais pris la parole pour briser ce consensus, que ce soit en public ou lors des Conseils hebdomadaires de gouvernement. Nous sommes tous solidaires, avec un seul objectif : l’intérêt du Maroc.

On a parfois l’impression que certains ministres USFP ont à votre endroit une attitude identique à celle qui fut la vôtre quand vous siégiez dans le gouvernement d’Abderrahmane Youssoufi : le soutien critique.
Les ministres sont une chose, le parti en est une autre. Je n’ai rien de tel à reprocher aux ministres socialistes. Au contraire, je salue leur loyauté et leur compétence.

Jouez-vous un rôle dans les affaires extérieures du Maroc ?
Assurément. J’ai représenté Sa Majesté dans divers sommets, et, tout récemment, le souverain m’a chargé de recevoir la secrétaire d’État américaine, Condoleezza Rice, lors de sa visite à Rabat. Rassurez-vous : je ne me sens nullement marginalisé. Le roi tient à ce que tous les chefs d’État qui viennent au Maroc reçoivent son Premier ministre. Qu’il s’agisse du président Sarkozy, du roi Abdallah II de Jordanie…

On a pourtant dit que Nicolas Sarkozy, lors de son voyage en octobre 2007, n’avait pas pris le temps de vous voir…
Fausse rumeur. Notre entretien a simplement été décalé au lendemain à la demande du président Sarkozy. Il a donc eu lieu. Nous avons parlé de l’UMP, de l’Istiqlal et du Sahara. Je connais l’actuel président français depuis le début des années 1990, quand j’étais ambassadeur à Paris.

Le sentiment prédomine pourtant que certains dossiers sensibles vous échappent. Exemple : la sécurité intérieure. Ainsi, lors des récentes émeutes de Sidi Ifni, vous auriez déclaré qu’« il ne s’est rien passé », alors même que cette localité était en proie à de graves troubles sociaux.
Il s’agit d’une déclaration tronquée par la deuxième chaîne publique, contre laquelle j’aurais d’ailleurs pu porter plainte.
C’était lors d’un meeting à Laayoune. J’ai dit qu’il ne s’était rien passé à Sidi Ifni de fondamentalement différent par rapport aux grèves et manifestations qui éclatent parfois dans d’autres provinces du Maroc. J’ai dit aussi qu’il ne s’était rien passé qui ait quoi que ce soit à voir avec une revendication séparatiste. Tout cela a disparu au montage et seul un bout de phrase, « il ne s’est rien passé », a été diffusé. Ce n’est pas honnête. En réalité, les événements de Sidi Ifni s’expliquent par le fait que les habitants estiment qu’ils ne profitent pas assez de la richesse locale, la pêche. D’où les frustrations.

Les forces de l’ordre sont intervenues de façon musclée, c’est le moins que l’on puisse dire…
La Chambre des représentants a constitué une commission d’enquête dont les conclusions seront déposées courant octobre. Attendons de les lire avant de trancher.

Le Conseil des ministres, présidé par le roi, ne s’est tenu cette année qu’en juillet. Six mois sans décision exécutive, n’est-ce pas gênant ?
Ni le gouvernement ni le Parlement n’ont chômé. Pour le reste, Sa Majesté est seule maîtresse de son agenda. Je pense maintenant que le Parlement aura suffisamment de projets et de propositions de lois pour légiférer pendant les deux prochaines sessions.

Quelle analyse faites-vous de la crise interne qui paralyse l’USFP, votre partenaire gouvernemental, au point que ce parti n’a pu achever son dernier congrès ?
L’USFP est nécessaire au Maroc. Je souhaite donc que ce parti surmonte ses difficultés.

Il ne vous a pas échappé qu’un fort courant, à l’intérieur de l’USFP, exige son retrait de votre gouvernement.
Oui. Et je dois dire que cela m’interpelle. Comment se fait-il qu’au sein de ce parti tout le monde semblait d’accord pour participer au gouvernement Jettou, qui était dirigé par une personnalité sans appartenance politique, et qu’à partir du moment où nous appliquons la méthodologie démocratique issue des urnes un courant hostile à la participation se manifeste ? C’est pour le moins paradoxal.

Vous n’êtes pas forcément en cause. Nombre de militants socialistes estiment en effet que c’est la participation de leur parti au précédent gouvernement qui explique son échec aux législatives de septembre 2007. Ils en tirent la conclusion qu’une cure d’opposition permettrait à l’USFP de se régénérer.
C’est possible, mais à qui la faute ? Nous, Istiqlal, avons eu la chance d’avoir dirigé au sein du gouvernement de Driss Jettou des secteurs qui ont réussi comme le Tourisme, l’Habitat, l’Équipement et les Transports ou bien encore les Affaires sociales. Les socialistes, eux, ont hérité de portefeuilles particulièrement difficiles et budgétivores. Ceci explique peut-être cela.

Votre alliance, la Koutla, est-elle encore à l’ordre du jour ?
Tout à fait. Il y a peu, le Parti du progrès et du socialisme [PPS] et nous avons proposé à l’USFP de nous réunir dans ce cadre. On nous a demandé d’attendre un peu, le temps que la crise interne de ce parti soit résolue. La Koutla est nécessaire et doit être relancée, même si, c’est vrai, l’heure semble être plutôt à la léthargie.

Autre congrès, réussi celui-là, celui des islamistes du Parti de la justice et du développement [PJD]. C’est aussi votre opinion ?
Oui. Le PJD est un parti démocratique dont l’islam est la référence essentielle, mais non exclusive. C’est devenu un parti comparable aux autres, qui respecte la Constitution et la légalité.

Le PJD peut-il être un parti de gouvernement ?
Je le crois, oui.

Vous ne verriez donc pas d’obstacle à gouverner avec des ministres islamistes ?
Personnellement, je ne vois pas d’obstacle de principe. J’ajoute que Sa Majesté a évidemment le dernier mot tant sur le choix des membres du gouvernement que sur la constitution de la coalition gouvernementale. Et puis, il faudrait aussi une délibération de la Koutla et des autres composantes de la majorité.

L’USFP évolue en ce sens. Certains de ses dirigeants ont pris langue avec le PJD.
C’est ce que je constate. Il n’y a pas si longtemps, le PJD était pour eux le parti de l’obscurantisme. Comme quoi, on peut changer.

Autre nouveauté : l’apparition sur la scène politique de Fouad Ali El Himma et de son Parti authenticité et modernité [PAM]. Votre jugement ?
Fouad Ali El Himma a eu la courtoisie de me rendre visite, deux jours avant l’annonce de la création de son association [Mouvement de tous les démocrates, MTD, NDLR], pour me faire part de ses intentions. Je l’ai écouté avec intérêt et bienveillance. Le fait que cette association soit par la suite devenue un parti regroupant cinq petites formations ne me dérange pas. Après tout, cela contribue à résorber la balkanisation du paysage politique marocain, et M. El Himma a toujours dit qu’il voterait en faveur du gouvernement actuel.
Cela dit, il ne serait pas convenable que ce parti soit aidé par les autorités. De même, la référence au roi Mohammed VI, qui semble servir de carte de visite à cette nouvelle formation, est trompeuse. Sa Majesté est démocrate, c’est-à-dire impartiale, et la démocratie au Maroc en est arrivée à un point de non-retour. Il n’est pas question d’en revenir aux « partis de l’administration » qu’a connus le Maroc à une autre époque. Ce serait un tremblement de terre. En ce qui concerne l’Istiqlal, nous observons avant de conclure et d’épouser telle ou telle thèse.

Avec une cinquantaine de députés, le groupe de Fouad Ali El Himma tient le sort de votre gouvernement entre ses mains. En avez-vous conscience ?
Si M. El Himma décidait de basculer dans l’opposition - chose que j’imagine mal -, d’autres solutions seraient possibles. La vocation du Mouvement populaire [MP], par exemple, est d’être dans la majorité actuelle. Le MP a été de tous les gouvernements, et s’il a refusé d’être de celui-ci ce n’est pas irréversible.

Votre parti, l’Istiqlal, va tenir son propre congrès du 30 octobre au 1er novembre à Rabat. Vous en êtes le secrétaire général depuis dix ans. Avez-vous l’intention de rempiler ?
Les statuts me l’interdisent. Le mandat de secrétaire général est renouvelable une seule fois, selon les statuts adoptés en 1998.

Mais un congrès peut décider de réformer les statuts, y compris cette disposition précise…
Effectivement. Chaque congrès apporte des modifications aux statuts. Il est souverain.

Donc, si c’est le cas ?
Eh bien, je réfléchirai. En tout état de cause, je me plierai aux décisions du congrès. Je n’ai aucun avis personnel. Certes, je vois que la grande majorité des militants et des différentes instances du parti souhaite que je continue à diriger l’Istiqlal. Mais une chose est sûre : je ne ferai pas campagne.

Que vous disent les militants ?
Ils ont beaucoup de mal à admettre que le secrétaire général qui, pour la première fois depuis cinquante ans, a fait accéder leur parti à la primature ne soit pas réélu sous prétexte que les statuts l’interdisent. À leurs yeux, ce serait une sanction et un désaveu incompréhensibles. C’est leur raisonnement, il n’est pas moins respectable qu’un autre.

Et puis il y a ceux qui pensent que vous avez fait votre temps et que vous devriez passer la main.
Sans doute, bien que nul ne se soit encore exprimé en ce sens. Nous verrons bien. En tout état de cause, je me tiens et me tiendrai au-dessus de la mêlée - si mêlée il doit y avoir.

L’Istiqlal, c’est combien de divisions ?
L’Istiqlal est le premier parti du Maroc. Nous avons 270 000 adhérents. Le deuxième parti a 60 000 membres [l’USFP, NDLR].

Comment qualifier votre relation avec le roi ?
Excellente, fluide, empreinte de respect mutuel. Je fais tout pour être à la hauteur de la confiance royale, comme je fais tout pour être à l’écoute du Parlement. Les échanges téléphoniques entre le roi et moi sont réguliers et il arrive qu’il me reçoive.

Quels conseillers du Palais voyez-vous le plus souvent ?
Abdelaziz Meziane Belfqih, Mohamed Moatassim, Zoulikha Nasri…

Mohammed VI est-il un souverain communicatif ?
Tout à fait. J’ai d’ailleurs toujours en poche un téléphone avec un numéro spécial, qui lui permet de m’appeler à tout moment.

Les grands chantiers, dont on dit qu’ils définissent l’avenir du Maroc, sont directement impulsés et dirigés par le Palais, qui crée des offices, nomme les manageurs et supervise l’exécution. Cela ne vous gêne pas de voir un secteur aussi porteur et médiatique vous échapper ?
Votre diagnostic est inexact. Je suis le président du conseil d’administration ou de surveillance de la plupart de ces établissements, comme l’Agence de régulation des télécoms, l’Office national des chemins de fer, l’Office national de l’électricité, le Crédit agricole, l’aménagement du Bouregreg, le comité stratégique de l’Initiative nationale de développement humain [INDH], le programme du Millenium Challenge, etc. Moi, ou parfois tel ou tel ministre. Maintenant, le fait que le roi s’y implique personnellement est une excellente chose. J’ajoute que beaucoup d’investisseurs étrangers choisissent le Maroc grâce aux relations personnelles de Sa Majesté.

Vous avez promis d’être un Premier ministre social. Êtes-vous satisfait de votre bilan en ce domaine ?
Oui. Comment ne pas l’être quand, malgré la hausse des prix du pétrole et des denrées alimentaires, le taux de croissance de l’économie marocaine, dont tout dépend, sera en 2008 supérieur à ce qu’il était en 2007 : 6,8 % à la fin de cette année selon nos prévisions. Comment ne pas l’être quand le taux de chômage, qui était de 14 % à 16 % il y a dix ans, est aujourd’hui de 9 %, au point qu’à Tanger et Marrakech par exemple, la main-d’œuvre manque. Nous avons augmenté le salaire minimum, les allocations familiales, les pensions et les retraites. Nous avons déplafonné à 27 000 dirhams par an et bientôt à 30 000, au lieu de 24 000 auparavant, le seuil à partir duquel l’impôt sur le revenu est exigible. Le nombre des pauvres qui survivent avec moins de 10 dirhams par jour - soit un dollar - est passé de 5,5 millions à 2,5 millions. Le taux d’analphabétisme a reculé, de 44 % à 34 % de la population. L’INDH concerne désormais 12 000 projets, bientôt 5 000 de plus, et 3 millions de bénéficiaires. Les secteurs de l’éducation, de la justice, de l’agriculture, de l’énergie sont en pleine réforme. Certes, tout cela ne s’est pas fait en un an et ne relève pas que de mon propre bilan. Mais j’ai accéléré le mouvement.

Et les diplômés-chômeurs ?
C’est un problème avant tout médiatique et spectaculaire. Ils sont environ 2 000 qui, chaque jour ou presque, manifestent devant le Parlement à Rabat, sous l’œil des caméras et cela depuis dix ans. On leur a fait des promesses inconsidérées et parfois démagogiques. J’ai créé une commission interministérielle ad hoc pour leur trouver des emplois, au rythme de 1 000 par an à partir de 2009. Déjà, le ministère de l’Éducation nationale a pu en recruter 1 100 en 2008.

Le problème est que le stock, si l’on peut dire, se renouvelle.
Effectivement. La solution ne peut être qu’à moyen terme, avec l’adaptation des diplômes aux besoins réels du marché.

Quels sont vos rapports avec les ?syndicats ?
Bons. Malgré le fait que les syndicats soient parfois trop politisés. J’ai voulu qu’il y ait désormais deux rounds de dialogue social, en avril et en septembre, afin d’être mieux à leur écoute.

L’arabisation a toujours été un cheval de bataille de l’Istiqlal. Est-il exact que vous obligez désormais tous vos collaborateurs à écrire en arabe ?
Je n’ai rien fait de tel. Je suis pragmatique et je sais très bien que certains documents, notamment à l’usage des investisseurs étrangers, ne peuvent être écrits qu’en langues étrangères. Cela dit, nous ne sommes plus à l’époque de Driss Basri, où les arabisants avaient honte de l’être. Ils ont retrouvé la grâce en quelque sorte. Est-ce une tare que de parler et d’écrire dans sa langue ? Le roi Hassan II ne parlait qu’en arabe au Conseil des ministres, Sa Majesté Mohammed VI également.

Et lors des Conseils de gouvernement ?
Comme Abderrahmane Youssoufi et Driss Jettou avant moi, je ne m’exprime qu’en arabe. Maintenant, quand un ministre formé en France par exemple me demande, après quelques phrases en arabe, l’autorisation de continuer en français, je la lui accorde. Cela arrive de moins en moins.

Vous avez manifestement une relation difficile avec la plupart des médias marocains. Vous l’avez dit vous-même : « Je n’ai pas eu d’état de grâce. » En dehors de la presse istiqlalienne, les journaux ne vous ménagent pas. Pourquoi ?
Je ne sais pas. Je cherche. Peut-être y a-t-il, du côté des organes proches de l’opposition, d’une certaine gauche, une sorte de rancœur historique ou idéologique à l’encontre de mon parti. Peut-être aussi que ma personnalité et ma réussite dérangent ceux qui n’ont pas eu le même parcours que moi.

N’avez-vous pas, de votre côté, un problème de communication ?
C’est vrai que je ne parle pas chaque jour dans la presse ou à la télévision. Je tiens une conférence une fois par trimestre. Mais j’encourage les ministres à le faire. Dans le fond, je préfère l’action à la polémique. Est-ce un mal ? Je n’en suis pas sûr, surtout quand on voit le degré d’approximation de certains articles. Il y a peu, un quotidien en arabe a ainsi titré à la une sur mes vacances à Agadir, où j’ai passé cinq jours en août sans quitter mon hôtel. Suivait un article où l’on révélait que mon compagnon de villégiature n’était autre que le commissaire de police de cette ville, un homme que je ne connais pas et que je n’ai jamais rencontré. J’aurais pu répondre. Je me suis contenté d’en rire.

Ces critiques vous touchent-elles ?
Je ne les lis plus et je n’en tiens pas compte. Sauf si elles devaient toucher à mon honneur et à mon intégrité, ce qui n’est pas le cas.

Si l’on mettait en cause votre honnêteté, vous réagiriez ?
Immédiatement. Je n’ai jamais détourné un seul dirham, sinon je ne serais ni secrétaire général de l’Istiqlal ni Premier ministre. J’ai d’ailleurs communiqué régulièrement l’état de mon patrimoine dès que la loi idoine a été votée, en 1992. Tous les chefs de gouvernement avec qui j’ai travaillé ont eu ce document entre les mains.

Peut-on en connaître les détails ?
Non. Ce n’est pas public. Mais il n’y a rien d’affriolant. Simplement le fruit de quarante années de labeur, dont une partie à la tête d’un grand cabinet d’avocats.

Êtes-vous un homme fortuné ?
Non. L’argent est un moyen pour vivre et je ne vis pas pour l’argent. J’aurais pu m’enrichir et jouir de bien des privilèges, mais je ne l’ai pas fait.

On dit de l’Istiqlal que c’est un parti chauvin…
Si être chauvin signifie le refus de brader le Sahara marocain, si être chauvin signifie exiger le retour de Ceuta et Melilla dans le giron du royaume, alors oui, nous sommes chauvins.

Un parti conservateur, un parti de droite…
Lisez donc notre programme ! Nous sommes un parti de centre gauche. Un parti profondément démocratique et égalitaire. Le parti du peuple.

Quand le Maroc va-t-il enfin se réconcilier avec l’Algérie ?
La balle n’est pas dans notre camp. Lors de sa première campagne présidentielle, en 1999, le président Bouteflika a dit qu’il voulait au Sahara une solution sans vaincu ni vainqueur. C’est exactement ce que nous proposons. L’indépendance, ce serait la défaite du Maroc. L’intégration, la défaite de l’Algérie. Le plan d’autonomie, c’est la victoire pour les deux pays et pour le Maghreb.

Et le Front Polisario ?
Pour nous, il n’y a dans les camps de Tindouf que des séquestrés. La preuve : pas un seul Sahraoui marocain n’a fui le royaume pour aller s’installer là-bas, alors qu’ils sont 3 000 réfugiés des camps à avoir fait le chemin inverse.

Premier ministre, c’est le couronnement de votre carrière ?
Évidemment. Mais je dois ajouter que je ne l’ai pas cherché. Je ne suis que le produit de la logique démocratique et de la volonté du roi.

Faut-il vous croire ?
Absolument. Tous les postes que j’ai occupés, bâtonnier de l’ordre des avocats de Rabat, ministre, ambassadeur, à nouveau ministre, secrétaire général, Premier ministre, me sont arrivés sans que je les aie demandés : c’est mon destin, et je rends grâce à Dieu.

S’il était logique que le roi choisisse son Premier ministre dans les rangs du parti sorti vainqueur des législatives, il n’était pas obligé de vous choisir vous.
Cette idée selon laquelle un autre Istiqlalien que le secrétaire général pouvait être désigné à la primature n’a existé que dans certains journaux. Je suis travailleur, pour la justice, et certains auraient sans doute préféré quelqu’un d’hésitant et de mollement consensuel. Un journal a même titré : « Tout sauf lui. » Heureusement, ce ne sont pas ces journalistes qui dirigent le Maroc ou nomment les Premiers ministres et les ministres.

Comment se déroule une journée de travail ordinaire d’Abbas El Fassi ?
Je suis au bureau à 9 h 30. J’y travaille jusqu’à 13 h 30. Je déjeune chez moi, je me repose un peu, puis je retourne à la primature jusqu’à 19 heures. Après le dîner, je signe des parapheurs à la maison, puis je réfléchis sur ce qui va et ne va pas au Maroc. Je note mes pensées sur un petit carnet, tel dossier à ne pas oublier, tel cas à résoudre, et je prépare la journée du lendemain. Je ne me couche pas avant minuit, parfois minuit et demi. En août, j’ai pris cinq jours de vacances sur les dix jours prévus. Vous voyez, je n’arrête pas.

Heureux ?
Oui. J’aimerais simplement jouir un peu plus de ma petite famille, mais c’est ainsi.

Pas une fois, au cours de l’année qui vient de s’écouler, face aux critiques, vous n’avez songé à raccrocher ?
Vous voulez dire démissionner ? Non, jamais, au contraire. Je demeurerai Premier ministre tant que Sa Majesté me fera confiance. Maintenant, en ce qui concerne mon poste de secrétaire général du parti, c’est autre chose : la décision revient à la base.

Y a-t-il une vie après la politique ?
Il y a mes Mémoires. Le temps n’est pas encore venu de les rédiger, mais je compte m’y atteler un jour. J’ai tant de choses à dire…

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MessagePosté le: Mar Oct 28, 2008 4:51 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Le roi du Maroc contre la "construction" d'une synagogue à Jérusalem-est
MAROC - 27 octobre 2008 - par AFP


Le roi Mohammed VI du Maroc a appelé à l'arrêt de la "construction" d'une synagogue dans un quartier musulman de Jérusalem-est, dans un message rendu public à Rabat.

Mohammed VI a adressé son message au pape Benoît XVI, au secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon et aux membres permanents du Conseil de sécurité.

"Je voudrais, en ma qualité de président du Comité Al-Qods (qui relève de l'Organisation de la conférence islamique, ndlr) vous entretenir des récents agissements du gouvernement israélien dans Al-Qods Al-Charif (la Ville sainte de Jérusalem, ndlr), où il a entamé la construction d'une synagogue juive dans le quartier islamique de la place Al-Boraq, jouxtant la Mosquée Al-Aqsa", écrit le roi.

A Jérusalem, on indique qu'une organisation juive, Ateret Ha Cohanim, qui s'est fixée comme but de "judaïser" la Vieille ville de Jérusalem, a organisé le 12 octobre une cérémonie pour marquer l'achèvement de la première phase de "travaux de rénovation" d'une synagogue datant du 19e siècle se trouvant à une centaine de mètres de l'esplanade de Mosquées, le troisième lieu saint de l'islam.

Des travaux se poursuivent sur le site, au grand dam des autorités religieuses musulmanes.

"Ce qui a été entrepris précisément dans ce quartier donnera sans doute lieu à des complications qui ne serviront en rien la paix que nous appelons tous de nos vœux et pourrait avoir des conséquences fâcheuses, dont nul ne saurait prévoir la portée, ni les limites", selon le souverain marocain.

Mohammed VI condamne en outre des fouilles dans le périmètre de la mosquée Al-Aqsa, ainsi que la construction de nouvelles colonies israéliennes.

Il dénonce "un plan étudié visant à modifier le cachet d'Al-Qods".

"J'en appelle à vos bons offices pour intervenir auprès du gouvernement israélien afin qu'il s'abstienne de toute mesure préjudiciable à la paix dans la région", écrit encore le roi du Maroc.

Le statut de Jérusalem-est, annexée par Israël après sa conquête en 1967 et qui inclut la Vieille ville abritant des lieux saints juifs, chrétiens et musulmans, a fait achopper les négociations de paix israélo-palestiniennes à plusieurs reprises.
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MessagePosté le: Mer Oct 29, 2008 1:34 pm    Sujet du message: Répondre en citant

L'histoire de ce lycéen marocain tourne au pugilat sur internet et soulève l'indignation générale. En effet, selon une première version Yassine Belassal aurait détourné la devise marocaine « Dieu, la patrie et le roi » en « Dieu, la patrie et le Barça ». Une substitution qui est légalement passible d'une peine de 1 à 5 ans de prison, et la justice du pays l'a ainsi condamné à 18 mois de prison, le 29 septembre dernier.

Selon une autre version de la même affaire, que les autorités rapportent, ce serait une véritable insulte au roi que le lycéen aurait écrite sur le tableau de sa classe. Plusieurs associations des droits de l'homme ont alors décoché leurs plumes pour protester, et le procès en appel du jeune garçon qui doit se dérouler aujourd'hui attise les messages de soutien.

Simple message de fidélité à l'égard d'un club de foot qu'il supporte ? C'est en tout cas l'opinion d'Amina Bouayache, président de l'organisation marocaine des droits de l'homme. La prison n'est clairement pas une solution à son acte. Pourtant, l'offense au roi semble bien constatée, entraînant son père à réclamer à Dieu et son roi, Mohamed VI, d'intervenir dans cette affaire.

De son côté, le club de foot, FC Barcelone, aurait déclaré qu'il tenait à la disposition du lycéen un avocat, s'il en manifestait le désir et réclame pour l'adolescent la grâce royale.
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Montre-moi donc ce que Mahomet a apporté de nouveau. Tu ne trouveras que des choses mauvaises et inhumaines, comme l'ordre de répandre par l'épée la foi qu'il prechait.
Manuel II Paléologue cité par le pape Benoit XVI -2006
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