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Guerre des idées :: Voir le sujet - L'Islam ou la régression dans la quiétude
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L'Islam ou la régression dans la quiétude
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Lirette
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Messages: 32

MessagePosté le: Lun Jan 02, 2006 9:31 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Alice merci pour ta réponse. Je suis d'accord avec toi et admire ta science.

Mais il y a erreur quand je disais :

"De plus la remarque d'Axel laisse penser qu'il est pris lui aussi dans cet antagonisme Islam/Christianisme."

Le IL/LUI-AUSSI représentait Chebel et non Axel. Je me suis très très mal exprimée. Désolée.

Bonsoir.
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mystic
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Inscrit le: Dec 17, 2005
Messages: 830

MessagePosté le: Lun Jan 02, 2006 9:36 pm    Sujet du message: Répondre en citant

et quand a Chebel je n'ai pas particulierement d'avis sur lui, c'est un commercial il se fait de la pub pour vendre ses livres quelques peu extravagants, je pense que s'il etait chrétiens, juif ou athé il aurait écrit la meme chose

Allah oua3lem
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mira1
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Messages: 2025
Localisation: Paris

MessagePosté le: Lun Jan 02, 2006 10:04 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Lirette,

Merci. Maintenant que j'ai lu toute l'interview, j'ai la meme impression et les meme doutes que toi.
On dirait presque qu'il s'y complait et qu'il en est fier... je suis toujours aussi ahurie...
Si ca se trouve la seule sagesse qui sort de ce dialogue est: "la regression en toute quietude" dans cette "magnifique" religion qui ne cesse de faire des adeptes à notre grand dam Crying or Very Sad Crying or Very Sad Laughing Laughing Laughing . Manque plus que Pizarro et le tableau sera complet... Laughing Laughing

Pour revenir à Malek Chebel , son expression me plait tellement que je vais certainement la lui piquer sans etats d'ames... Clin d'oeil

"L'islam ou la Regression en toute quietude"
Tout simplement, sublime!

Mira
_________________
Le plus important n'est peut etre pas que je croie en Dieu mais que je sois quelqu'un en qui Dieu pourrait croire.
Pierre Elyakim Simsovic
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Alain
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Messages: 386

MessagePosté le: Mar Jan 03, 2006 9:47 am    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
Nous, les musulmans, on ne parle pas du Prophète, on parle de son message. C'est lui qui fait le prophète, pas le contraire.

Ce "nous" qui vient ici comme une revendication d'appartenance, hors de propos. Je rappelle qu'il se présente comme un chercheur (multi cartes : psychanalyste, socio, etc. Mais je doute de son niveau réel).

Mira : Sur la régression, LA REGRESSION INTELLECTUELLE AU CENTRE DE LA MANIPULATION MENTALE :

Citation:
La plupart des personnes qui approchent de près ou de loin le phénomène sectaire ne manquent pas de s'étonner de la crédulité induite sur les adeptes.

Souvent, ceux qui ont connu ces derniers avant qu'ils ne soient séduits par les propositions des gourous ou de leur porte-parole, sont stupéfaits de les voir adopter un discours simplificateur d'où est éliminé tout esprit critique.

(…) n'est pas liée au quotient intellectuel

(…) On postulera que les ancêtres détenaient un ensemble de vérités que l'évolution de la société a dilué dans le temps.

(…) Dans ces deux cas, il y a une double négation, celle, comme nous le disons, de la réalité présente et de l'évolution historique.

(…) Les sectes orientent volontairement vers un autre type de raisonnement qui, partant d'une apparence de vérité, de faits avérés, va tirer une conséquence fausse et globalisante.

(…) Or, les sectes s'emploient, par stratégie, à rétrécir cette liberté par une altération des fonctions intellectuelles qui nous font reconnaître le temps présent comme réalité inscrite dans une histoire, trajet qui comporte indissociablement passé, présent et futur. C'est le propre des enfants de tenter d'échapper aux affrontements et aux chocs des réalités par le rêve et l'imaginaire.

Ainsi, on peut dire que, par ce type de stratagème, les sectes s'emploient à orienter leurs sujets vers une régression infantile (…)

(…) Les mots, dans ce cas, ne traduisent plus ce que pense l'individu mais ce qu'il doit penser et faire sien pour intégrer le message sectaire. S'exprimer par ce langage imposé (jusque dans les intonations) est également un critère d'appartenance à la communauté.

(…) l'antithèse même de la liberté de conscience de la personne

Difficile de ne pas faire de rapprochement avec l'islam.
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AllahAssghar
Adulte
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Inscrit le: Jun 09, 2006
Messages: 1479

MessagePosté le: Lun Mar 03, 2008 3:53 pm    Sujet du message: Répondre en citant

La réforme de l’islam, Loch Ness du désert dont tout le monde parle et que personne n’a jamais vusamedi 1er mars 2008, par Annie Lessard, Marc Lebuis



Hamid Zanaz, philosophe et journaliste, écrit un livre où il parle de la surislamisation rampante et montre comment la tentative d’adapter le dogme islamique à la modernité est vouée à l’échec. Mohamed Pascal Hilout commente le livre : si la religion est l’opium du peuple selon Marx, en toute logique, les pays musulmans mourront d’overdose si nous suivons le diagnostic sans détours de Hamid Zanaz.


Mohamed Pascal Hilout, initiateur du nouvel islam en France, un islam laïque inscrit dans la modernité et dépouillé de ses voiles, burqas et tchadors, publie sur le site Riposte laïque un commentaire sur le livre Réformer l’islam ? Autopsie d’une illusion caractérisée par Hamid Zanaz.

Nous vous invitons aussi à lire l’article de notre collaborateur Helios d’Alexandrie, La « maladie de l’islam », diagnostic et traitement un commentaire sur le livre « Sortir de la malédiction », l’islam entre civilisation et barbarie par Abdelwahab Meddeb.

Nous affichons d’abord la présentation du livre de Hamid Zanaz par l’éditeur, suivie du commentaire de Mohamed Pascal Hilout.

Présentation de l’éditeur :

« À l’aube de ce troisième millénaire, la modernité n’a pas encore conquis les territoires de l’islam. J’ai tenté de montrer à travers cet ouvrage comment la tentative d’adapter le dogme islamique aux exigences des temps modernes est d’avance vouée à l’échec. J’ai dans ce but préféré juxtaposer le témoignage, l’expression romanesque, l’autobiographie, le reportage journalistique, les impressions et les observations personnelles afin de commenter les mots et les faits de la surislamisation rampante. Plusieurs questions se sont imposées à moi : pourquoi les musulmans ont-ils échoué là où les autres ont réussi ? Pourquoi peinent-ils à reconnaître la supériorité flagrante de l’Occident « impie » ? Comment l’Histoire a-t-elle spiritualisé la religion du Christ et déspiritualisé celle de Mahomet ? Je vous propose, amis lecteurs, de chercher en bonne humeur, la boîte noire du clash civilisationnel islamique ! »

L’auteur

Considérant l’islamisation comme une nouvelle colonisation du monde arabe, Hamid Zanaz propose dans cet essai la seule question légitime que doivent se poser les intellectuels arabes : « Que devons-nous faire pour rendre nos sociétés plus laïques, comment sortir de la cage islamiste ? » Un questionnement étayé d’exemples concrets qui fait de cet ouvrage une ressource supplémentaire pour notre réflexion sur le monde contemporain et en pointillés, les errances des sociétés dites « laïques ».

Réformer l’islam ? Autopsie d’une illusion caractérisée ? Livre de Hamid Zanaz, par Pascal Hilout, Riposte Laïque, le 2 janvier 2008

Hamid Zanaz, philosophe et journaliste qui a enseigné à l’Université d’Alger et collaboré dans plusieurs journaux algériens indépendants (Alger républicain, El Waqt, Le Matin,…) n’y va pas par quatre chemins : « La panne des pays de l’islam est plus structurelle qu’accidentelle. Elle est imputable à la non distinction entre le temporel et le spirituel. Faute de séparation inconditionnelle, l’obscurantisme deviendra le stade suprême de l’islam dans les années à venir. » (p. 12).

Il est fort à craindre que la réalité et l’actualité de tous les jours ne lui donnent déjà raison sur toute la ligne, des abords de l’Atlantique aux confins de la mer de Timor bordant l’Indonésie.

L’auteur n’a nullement recours à un langage ampoulé ou compliqué auquel certains philosophes d’Afrique du Nord nous ont habitués, mais plutôt à un style très alerte, même jovial et amusé. Il faut dire qu’il vaut mieux en rire, pour ne pas en pleurer, lorsque M. Zanaz nous rappelle tout ce qui a pu être dit et écrit comme bêtises par des intellectuels issus de l’aire islamique au sujet de la laïcité et de la réforme de l’islam, loch ness du désert dont tout le monde parle et que personne n’a jamais vu.

Comme le montre notre auteur, il n’y a pas que les intellectuels et les journalistes qui sont à mettre en cause : depuis au moins quarante ans, les autorités des pays musulmans ont construit le nid des obscurantistes et leur ont offert plus de mosquées qu’ils n’en auraient demandé. Et pour mieux expliquer l’état de décadence dans laquelle l’Islam se retrouve aujourd’hui, l’auteur cite Abdu Salam, prix Nobel de physique : « De toutes les grandes civilisations de la planète, la communauté islamique est celle qui a fait à la science la part la plus restreinte. » (p. 21)

En tant qu’ancien professeur de philosophie, notre auteur ne pouvait oublier des maîtres en la matière. Je connaissais ce que Marx pensait de la religion, mais l’auteur m’a appris une sentence que je ne connaissais pas : « Je crois, écrit-il après Schopenhauer, que les religions sont comme les vers luisants : pour briller, il leur faut de l’obscurité. »

Le discours et les idées des élites islamiques agissantes est aussi passé aux fourches caudines de la critique. L’auteur pense que ces élites « cherchent à rationaliser vainement l’irrationnel, commettant une aveugle apologie du patrimoine arabo-musulman » et deviennent ainsi consciemment ou non « les compagnons de route de l’islamisme » (p. 61)

Après les intellectuels, c’est le rôle de l’école dans les pays musulmans qui est abordé par l’auteur. A l’aide de citations issues de livres scolaires de pays très différents et très distants les uns des autres, l’auteur arrive à nous donner rapidement une idée de la fabrique des « guerriers d’Allah », où l’enseignant est agent d’uniformisation et de clonage, mais aussi un imam, censeur de toute pensée libre.

En tout cas, Hamid Zanaz fait le choix d’une lucidité salvatrice, allant jusqu’au bout de sa logique : « Si tous les musulmans ne sont pas intégristes, tous les islamistes sont musulmans. Il n’est pas aisé, voire difficile de tracer une ligne de démarcation entre les premiers et les seconds. Tous les musulmans croient que l’islam a apporté une solution globale et définitive au genre humain. » et il en vient à poser de vraies questions à la conscience des musulmans et de tous nos intellectuels bienveillants : « L’islamisme ne pourrait-il pas être regardé comme stade suprême de l’islam ? Ne serait-il pas sa « solution finale » ? L’islamisme n’est que l’islam poussé à son terme. Être intégriste, c’est aller jusqu’au bout de sa foi. » (p. 92)

Si la religion est l’opium du peuple selon Marx, en toute logique, les pays musulmans mourront d’overdose si nous suivons le diagnostic sans détours de Hamid Zanaz.
_________________
Montre-moi donc ce que Mahomet a apporté de nouveau. Tu ne trouveras que des choses mauvaises et inhumaines, comme l'ordre de répandre par l'épée la foi qu'il prechait.
Manuel II Paléologue cité par le pape Benoit XVI -2006
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AllahAssghar
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Inscrit le: Jun 09, 2006
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MessagePosté le: Mer Mai 07, 2008 4:34 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Entretien avec le philosophe syrien Sadik Jalal Al-’Azm
dimanche 4 mai 2008, par Annie Lessard, Marc Lebuis



Dans une interview accordée au quotidien Al-Raya du Qatar, l’éminent philosophe syrien Sadik Jalal Al-’Azm discute de l’état lamentable de la pensée religieuse dans le monde musulman, de l’aspiration irrationnelle du mouvement djihadiste à la domination mondiale et au califat, de la charia comme loi martiale, du caractère nazi de partis politiques sectaires, du difficile processus de démocratisation dans le monde arabe, du respect indu envers les traditions arriérées, de la Turquie, du Hezbollah, du rôle des intellectuels dans le monde arabe et de la liberté de conscience.

Il s’agit d’un long texte. Pour le lecteur pressé, voici des extraits :

L’ignorance de l’establishment religieux islamique a empiré depuis que j’ai écrit sur ce sujet pour la première fois à la fin des années 1960

Le seul intérêt que Khomeiny a pris dans l’espace extra-atmosphérique était de savoir comment un musulman doit se prosterner et prier et comment il devrait jeûner s’il y reste pour une longue période de temps

Le Mufti saoudien Abd Al-Aziz Ibn Baz a déclaré que la terre est plate et que tous ceux qui disent que la terre est ronde et qu’elle tourne en orbite autour du soleil sont des apostats

Les mouvements djihadistes sont plus intéressés par la domination islamiste que la résistance à la présence militaire occidentale

Je pense que le califat pourra revenir quand les Bourbons ou Louis XVI régneront à nouveau sur la France

La conception des islamistes quant à l’implantation de la charia est celle d’une loi martiale

Former des partis politiques sur une base sectaire n’est pas moins dangereux que former un parti sur une base raciale. Cela signifie un retour au nazisme

Si ce n’était de la laïcité de la Turquie, l’idée d’alternance des islamistes au pouvoir serait impossible

Le rôle des intellectuels est d’être la conscience de la société. Les religieux regardent ces questions en termes d’athéisme, d’hérésie, et ainsi de suite. Mais cela fait partie de la liberté de conscience de chaque homme

Il y a une sorte d’obséquiosité et de respect envers les traditions et les coutumes, même celles qui sont arriérées

Aucune société n’est fondamentalement dotée d’une préparation naturelle pour la démocratie - la démocratie est un processus historique cumulatif

La victoire du Hezbollah en 2006 a été une victoire à la Pyrrhus ; aujourd’hui, au lieu de lutter contre Israël, ils se battent contre Joumblatt et Al-Hariri

Après 1967, les intellectuels ne pouvaient plus garder le silence

Traduction de : A Comprehensive Interview with Syrian Philosopher Sadik Jalal Al-’Azm, MEMRI, le 1er mai 2008.

L’ignorance de l’establishment religieux islamique a empiré depuis que j’ai écrit sur ce sujet pour la première fois à la fin des années 1960

Question : Dans quelle mesure votre point de vue a-t-il changé depuis la publication de votre livre Critique de la pensée religieuse ?

Réponse : Mes opinions ont changé dans le sens que j’ai pris en compte de nouveaux développements.

Dans le livre Critique de la pensée religieuse, j’ai décrit la pensée de cette époque comme appauvrie. Le titre du premier essai dans le livre est La culture scientifique et l’appauvrissement de la pensée religieuse. Maintenant, je vois que cet appauvrissement s’est aggravé.

Au cours de cette période, entre 1969 et 1970, il y avait au moins une tentative par les penseurs islamiques de confronter les problèmes de la science moderne. Ils avaient tendance à fonder leur argumentation sur la raison, la réalité, et le cours des événements.

Maintenant, je trouve que la pensée religieuse qui émerge de l’islam est dans un état encore plus profond d’appauvrissement, dans le sens où aujourd’hui nous en sommes arrivés à des questions telles que la fatwa sur l’allaitement d’adultes - et cela n’a pas été délivré par n’importe quel cheikh ordinaire, mais par le chef du département des Hadith de l’Université Al-Azhar.

Au cours de la période où j’ai écrit Critique de la pensée religieuse, il était difficile de trouver ce type de fatwa. Par conséquent, il est possible de dire qu’il y a eu une grande détérioration et que nous avons cessé de fonder nos jugements sur la rationalité.

D’autres exemples sont les fatwas émises par des cheikhs d’Al-Azhar, comme se bénir soi-même avec l’urine de Mahomet, ou la récitation répétée du hadith de la mouche, et la propagation de cette façon superstitieuse de penser dans l’environnement islamique. Je crois que cela représente une détérioration supplémentaire au-delà de l’appauvrissement dont j’ai parlé entre 1969 et 1970.

Au cours de cette période, lorsque j’ai discuté de l’appauvrissement de la pensée religieuse, j’échangeais avec un certain nombre de penseurs et de religieux islamiques, comme le mufti de Tripoli Nadim Al-Jasser, Moussa Al-Sadr, et d’autres. À cette époque j’ai vu qu’ils voulaient traiter de la science moderne, de la révolution scientifique et de la science appliquée, mais malheureusement, ils étaient ignorants de tout ce qui a trait à la science moderne.

Que signifie la science ? Quels sont les moyens de la recherche scientifique ? Souvent, leur seule connaissance de la physique, de la chimie ou de l’anatomie depuis la fin de leur école primaire provient de leur lecture de la presse. Ils voulaient s’opposer à l’influence sociale du développement scientifique et des réalisations technologiques tout en étant d’une ignorance presque totale dans ces domaines.

J’estime que c’est encore pire aujourd’hui. Il y a davantage d’ignorance. Il y a des opinions, en particulier dans l’islam fondamentaliste, qui rejettent complètement la science moderne, l’Occident, et tout ce qu’il produit. Si vous poussez leur réflexion à sa conclusion logique, ils deviendront comme les Talibans sur ces questions.

Le seul intérêt que Khomeiny a pris dans l’espace extra-atmosphérique était de savoir comment un musulman doit se prosterner et prier et comment il devrait jeûner s’il y reste pour une longue période de temps


Ils abordent les problèmes en toute stupidité. Par exemple, j’ai lu certaines des fatwas de l’ayatollah Khomeiny. Dans l’une elles, il parle d’un éventuel voyage d’un musulman dans une capsule spatiale. Il discute de la façon dont il doit prier, et comment il devrait déterminer la direction pour prier dans l’espace. Bien sûr, dans l’espace il n’y a pas de nord ou de sud, et les capsules spatiales orbitent à grande vitesse le long d’un cours fixe. De même, quand un musulman atteint l’espace, il y va dans une capsule spatiale russe ou américaine, dans la mesure où il n’existe aucune capsule arabe ou musulmane.

Le problème est que Khomeiny n’était familier avec aucune des réalisations des sciences, de la technologie ou des connaissances relatives à l’espace. Tout ce qui l’intéressait était de savoir comment un musulman doit se prosterner et prier, et comment il devrait jeûner quand il reste là pour une longue période de temps. Après cette discussion, Khomeiny est arrivé à la conclusion d’autoriser un musulman à prier dans l’une des quatre directions. De toute évidence, ce mode de pensée trahit son ignorance complète, car les directions sont une convention, il n’y a pas quatre directions dans la nature.

Ils sont opposés à des questions comme les bébés éprouvettes, ou aux innovations, par exemple dans le domaine du code génétique (ADN), des reproductions génétiques ainsi que d’autres percées et découvertes scientifiques. Ils n’ont aucune connaissance de la nature de ces sciences, comment les scientifiques y sont arrivés, et quelles sont les expériences qui les ont précédées. Ils n’ont aucune culture scientifique et ils sont radicaux dans ce domaine. Il en est ainsi pour les chiites, mais il existe des exemples aussi chez les sunnites, comme le cheikh Abd Al-Aziz ibn Baz, l’érudit religieux le plus senior d’Arabie saoudite.

Le Mufti saoudien Abd Al-Aziz Ibn Baz a déclaré que tous ceux qui disent que la terre tourne en orbite autour du soleil sont des apostats

Question : Excusez-moi, mais je ne sais pas si nous pouvons citer des noms. C’est peut-être une question sensible pour certaines personnes.

Réponse : Si parler de ce sujet est une question sensible alors c’est une preuve supplémentaire du degré auquel notre situation est devenue désastreuse. Quoi qu’il en soit, je donnerai mon avis, et vous pouvez faire ce que vous voulez.

Dans son livre publié en 1985, Ibn Baz a complètement rejeté l’idée que la terre est ronde. Il a évoqué la question sur la base que la terre est plate. Il a complètement rejeté l’idée que la terre tourne en orbite autour du soleil. Je possède le livre et vous pouvez vérifier ce que je dis.

Et oui, la terre ne tourne pas autour du soleil, c’est plutôt le soleil qui fait le tour de la terre. Il nous fait revenir à l’astronomie ancienne, à la période pré copernicienne. Bien sûr, dans ce livre Ibn Baz déclare que tous ceux qui disent que la terre est ronde et tourne en orbite autour du soleil sont des apostats. En tout état de cause, il est libre de penser ce qu’il veut. Mais la grande catastrophe c’est que pas un seul des religieux ou des institutions universitaires dans le monde musulman, de l’Orient à l’Occident, de Al-Azhar à Al-Zaytouna, de Al-Qaradhawi à Al-Tourabi au cheikh Ahmad Kaftaro, et des départements d’étude de la charia – pas un seul n’a osé dire à Ibn Baz à quel non-sens il s’accroche au nom de la religion islamique.

Le fait que vous me dites que c’est un sujet sensible - cela signifie que je ne peux pas répondre aux paroles d’Ibn Baz quand il dit que la Terre est plate et ne tourne pas autour du soleil, mais se lève et se fixe selon l’antique manière. C’est une catastrophe. La plus grande catastrophe est que nous ne pouvons même pas répondre.

Les fonctionnaires des institutions religieuses, d’abord et avant tout Al-Azhar, les facultés de la charia, les départements de décrets religieux, et ainsi de suite sont dans un état de complète stérilité intellectuelle. Ils ne produisent rien sauf des décisions comme celle de l’allaitement maternel des adultes, le hadith de la mouche, la bénédiction avec l’urine de Mahomet, et la flagellation des journalistes. Le domaine a été abandonné à l’idéologie fondamentaliste des djihadistes, car c’est la seule qui soulève des pensées dignes d’être examinées et rejetées. C’est à cause de la stérilité des grandes institutions officielles qui sont considérées comme exemplaires.

Elles sont remplies de répétitions, d’ossification, de régression, de protection d’intérêts particuliers, ce qui perpétue le statu quo et la soumission aux autorités. Si l’État est socialiste, le mufti devient socialiste, si les dirigeants sont en guerre, le clergé est pro-guerre, si les gouvernements recherchent la paix, les autorités religieuses les suivent. Cela fait partie de la stérilité de ces institutions. Cette forme de vacuum dans la pensée religieuse est remplie par les intellectuels adeptes de Sayyid Qutb, par exemple, et ce type d’islam fondamentaliste violent.

Les mouvements djihadistes sont plus intéressés par la domination islamiste que la résistance à la présence militaire occidentale

Question : Dans quelle mesure les mouvements djihadistes et islamistes dans le monde arabe sont-ils influencés par la présence militaire étrangère dans les zones arabes occupées, qu’elle soit israélienne ou américaine ?

Réponse : La présence militaire occidentale dans le monde arabe a été ininterrompue. Elle a toujours existé d’une manière ou d’une autre. Pendant la guerre froide, il y avait des mouvements islamistes alliés avec l’Occident face à l’expansion communiste de l’Union soviétique. En général, ces mouvements, à quelques exceptions près, ne sont pas connus pour avoir consacré des efforts visant à débarrasser les pays arabes de toute présence étrangère. C’était plutôt quelque chose d’associé avec les mouvements de libération des pays arabes et le populaire programme panarabe sous la direction d’Abdel Nasser.

Nous avons vécu cela dans les années 60 et 70. Au cours de cette période, il y a eu une victoire partielle par les panarabisants, mais je ne pense pas que cela a été une victoire totale. La présence étrangère est restée dans un certain nombre de pays arabes.

Dans le cas de l’Afghanistan, par exemple, il y avait une alliance militaire Occidentalo-islamique directe et amicale avec l’objectif de lutter contre l’ex-Union soviétique. Par conséquent, je ne pense pas que la présence militaire étrangère soit une cause directe du déclenchement de l’Intifada, des opérations menées par les mouvements djihadistes, ou ce qui s’est passé en Algérie, au Soudan, en Syrie et en Égypte au cours de cette période.

Je crois que les organisations du djihad islamique ont été trompées quand elles se sont crues capables de vaincre l’empire soviétique. Elles ont oublié ou délibérément ignoré le fait que cet objectif aurait été impossible à réaliser sans l’alliance avec les États-Unis et l’Occident. Ils croient qu’ils ont vaincu l’URSS, qu’Allah leur a donné la capacité de le faire et qu’il les a aidés. Si nous supposons, pour fins d’argument, que ce soit vrai, alors pourquoi sont-ils incapables de vaincre l’empire américain ?

L’idéologie joue un rôle important dans la croyance et le comportement de ces mouvements. Ils estiment qu’il est nécessaire que le règne de l’islam revienne dans les états arabes et musulmans comme il l’était au commencement. Après cela, ils veulent étendre le règne islamique sur le monde. Je crois que cette motivation est plus forte pour eux que les bases militaires américaines ou britanniques ici et dans le monde arabe.

Question : Mais n’y a-t-il pas un lien entre l’émergence de mouvements du djihad islamique comme le Hamas et le Hezbollah et le rôle croissant d’Al-Qaida dans le monde, et les deux occupations - israélienne et américaine ?

Réponse : Je ne nie pas que ce facteur a un rôle dans l’émergence de ces mouvements et leur popularité croissante, surtout après l’échec du panarabisme qui avait une tendance laïque, sans toutefois adopter le principe de laïcité comme un de ses slogans. Comme cela s’est produit en Turquie, par exemple.

L’échec du panarabisme a augmenté le sentiment d’humiliation, de marginalisation et d’échec, créant un vacuum soudain et inattendu, qui a été comblé par les mouvements islamistes. Un certain nombre de critiques - y compris moi-même – ont saisi ce phénomène après la défaite de juin 1967.

Je pense que le califat pourra revenir quand les Bourbons ou Louis XVI régneront à nouveau sur la France

Question : Dans quelle mesure les slogans utilisés par les mouvements islamistes - « L’islam est la solution », par exemple – jouent-ils un rôle dans le recrutement de personnes et gagnent leur sympathie ?

Réponse : Il ne fait aucun doute que dans les pays musulmans le slogan « l’islam est la solution » est attrayant et attire les gens. Cependant, je crois que ce recrutement est superficiel et sentimental, puisque lorsque les gens examineront en profondeur la substance de ces slogans et la plate-forme qui les accompagne, ils commenceront à les remettre en cause.

De même, ils soulèveront des questions pressantes, par exemple : Est-ce que le sens de « l’islam est la solution » est le rétablissement du Califat ? Et le rétablissement du Califat est-il un programme réaliste ? Et ainsi de suite.

Je pense que le califat pourrait revenir quand les Bourbons ou Louis XVI régneront à nouveau en France, ou quand les tsars reviendront en Russie. En Russie il y a un parti tsariste qui veut établir un règne constitutionnel tsariste. S’il réussit, alors peut-être que les islamistes réussiront à rétablir le califat.

La conception des islamistes quant à l’implantation de la charia est celle d’une loi martiale

Quant à la compréhension qu’ont ces mouvements de l’application de la charia, elle pourrait se résumer au code pénal, soit la flagellation, la lapidation, l’amputation des mains et des pieds, la décapitation et ainsi de suite. Mais que se passerait-il si l’un des islamistes, par exemple, ou son fils ou un parent, était condamné à la flagellation, à avoir les mains coupées, ou quoi que ce soit. Dans cette situation, il rejetterait ce code pénal. Peut-être qu’il serait d’accord pour l’amende, la prison, ou une autre peine, mais il n’accepterait pas la flagellation, la lapidation, ou l’amputation d’une main. C’est là que réside le problème.

Quand les islamistes prennent le pouvoir, comme ils l’ont fait au Soudan, par exemple, ils se méfient de l’application de ces sanctions. Lorsque vous examinez attentivement le slogan « l’islam est la solution », vous découvrez que les gens ont déjà des appréhensions et des doutes sur la mise en œuvre de ce slogan.

Est-ce que cela signifie que vous imposerez l’impôt jizya aux chrétiens ? Dans nos pays, l’Égypte et la Syrie par exemple, il y a des chrétiens qui furent martyrisés dans nos guerres contre Israël, et maintenant ils sont traités comme des martyrs, et leurs enfants sont traités comme des enfants de martyrs. Que leur arrivera-t-il si nous mettons en place la charia ? Seraient-ils considérés comme des martyrs ou non ? Ne sont-ils pas des martyrs qui sont morts pour la patrie dans les batailles pour le Sinaï et le plateau du Golan ? Combien de musulmans en Égypte ou en Syrie seraient d’accord à ce sujet ? Par ailleurs, l’ancien chef suprême des Frères musulmans en Égypte a explicitement demandé d’exclure les chrétiens de l’armée égyptienne au motif qu’ils sont des dhimmis.

Je crois que la conception que se font les islamistes de l’application de la charia est vraiment la loi martiale. Lorsque les officiers de l’armée prennent en charge le gouvernement ils déclarent un état d’urgence et la loi martiale. Lorsque les islamistes arrivent au pouvoir ils déclarent la mise en œuvre de la charia - et de cette façon, ils ne sont pas différents les uns des autres. À mon avis, leur rôle le plus important est de terroriser les gens.

Former des partis sur une base sectaire n’est pas moins dangereux que former un parti sur une base raciale. Cela signifie un retour au nazisme

Question : Est-il possible de dire que les mouvements religieux sont une réaction à l’incapacité des régimes arabes, dans le passé et aujourd’hui, d’établir un État fondé sur la citoyenneté ? Et, de même, est-il possible que ces mouvements établiront un tel État quand ils viendront au pouvoir ?

Réponse : Tout d’abord, un État fondé sur la citoyenneté est un processus historique à long terme. Nous ne pouvons pas dire qu’un régime ou un autre a échoué dans sa construction, mais il est possible de dire que tel ou tel régime a contribué à améliorer l’atmosphère générale favorable à la mise en place d’un État fondé sur la citoyenneté, ou qu’un autre régime a régressé ou failli.

Deuxièmement, je crois que les islamistes ne veulent pas d’un État fondé sur la citoyenneté où des dhimmis seraient égaux aux musulmans sunnites dans les États arabes, ou égaux aux musulmans chiites en Iran, où vous devez être chiite pour être considéré comme un citoyen de première classe.

En général, je crois que l’affirmation selon laquelle l’incapacité des régimes d’établir un État fondé sur la citoyenneté a contribué à l’émergence des islamistes est en partie vraie. En tout état de cause, la question de la citoyenneté n’est pas importante pour les mouvements islamistes. Aujourd’hui, ils parlent de citoyenneté, mais je doute fort de leur sérieux, notamment parce que leurs partis sont sur une base sectaire et sont donc limités en étant sunnites, chiites, et ainsi de suite.

Lorsque la majorité sunnite établit un parti religieux sur une base sectaire, elle devient un exemple et encourage le reste des sectes à former leurs propres partis. Par conséquent, l’idée de former des partis sectaires sur une base religieuse contribue à l’effondrement de l’idée de citoyenneté. Je pense que ce n’est pas moins dangereux que de former un parti sur une base raciale, comme en Allemagne par exemple, car cela signifie un retour au nazisme.

Si ce n’était de la laïcité de la Turquie, l’idée d’alternance des islamistes au pouvoir serait impossible

Question : Est-ce vrai en ce qui concerne les mouvements islamistes qui croient dans la participation à des activités politiques pacifiques et aux négociations en vue d’arriver au pouvoir, comme le Parti justice et développement en Turquie, par exemple ?

Réponse : L’expérience turque est un exemple très important. Toutefois, en dehors de la Turquie, les partis avec un caractère religieux considèrent que leur tâche est de ré-islamiser la société. Et s’ils prenaient le pouvoir - que ce soit par le biais d’élections ou d’un coup d’état - ils s’y accrocheraient en vue de mener à bien cette tâche. Je crois que leurs paroles sur le transfert pacifique et régulier du pouvoir sont tactiques et hypocrites, et je ne leur attribue aucune importance.

La Turquie est le seul pays musulman fondé sur la laïcité en tant qu’idéologie et conviction. Au début de la République turque, on a déclaré qu’il s’agissait d’une république laïque, ce qui signifie qu’elle est religieusement neutre. C’est également le seul pays qui a créé un parti avec des fondations islamiques, mais qui est aussi démocratique et capable d’atteindre le pouvoir par des élections régulières, et de gouverner sans pour autant mener l’État vers la catastrophe.

Si ce n’était de la laïcité de la Turquie, l’idée d’islamistes alternant au pouvoir avec d’autres partis serait impossible. La condition préalable qui a permis à la Turquie de produire le Parti justice et développement est qu’elle soit un État dont les racines sont laïques. Cela n’existe dans aucun autre pays. C’est justement là que réside l’importance de l’expérience turque.

Question : Que se passerait-il s’il y avait un parti similaire dans le monde arabe ?

Réponse : Il y a actuellement un débat sur l’islam politique turc et le développement que le Parti justice et développement a subi qui lui a permis de gagner le pouvoir démocratiquement. S’il perd aux élections, il sera disposé à entrer à l’opposition, puis peut-être à retourner au pouvoir à nouveau. Je crois que ce modèle de l’islam politique n’existe pas dans le monde arabe.

Question : Est-ce parce que le Parti justice et développement accepte les règles de la démocratie ?

Réponse : Oui, mais cet objectif a été atteint après de longues affres de naissance et par l’évolution historique jusqu’à ce que le parti soit convaincu que son rôle dans la vie politique était conditionnel à l’acceptation des règles de la démocratie. Le paradoxe est que les islamistes, qui sont au pouvoir en Turquie aujourd’hui, sont favorables à l’adhésion à l’Union européenne chrétienne, et l’armée, défenseur du principe de la laïcité, a des réserves à propos de cette idée et travaille à la déjouer.

Le rôle des intellectuels comme conscience de la société

Question : Sur la base de vos contacts avec des penseurs et des intellectuels syriens et arabes, êtes-vous confiant dans l’avenir de la culture en Syrie et dans le monde arabe ?

Réponse : Je suis confiant avec prudence. Sur cette question, je suis pessimiste sur la culture arabe en général. En ce qui concerne la Syrie, il existe une activité substantielle à la fois en Syrie et dans la diaspora syrienne, malgré le fait que les agents de transmission culturelle et les moyens à leur disposition sont encore très modestes.

J’ai senti cette activité culturelle depuis la période connue sous le nom de Printemps de Damas. Après de nombreuses années de surveillance et de répression, les intellectuels syriens ont eu l’impression d’avoir l’occasion d’exprimer leurs opinions et de participer à des manifestations culturelles et à des activités politiques, et il est devenu évident qu’ils étaient érudits, à jour, et possédaient un style moderne d’écriture et de présentation de leurs idées. Les intellectuels syriens ont une présence dominante et brillante par rapport à la taille de la population de la Syrie et des conditions dans lesquelles ils vivent.

Question : Compte tenu de l’évolution politique en Syrie au cours des dernières années - la fermeture des forums et l’arrestation d’un certain nombre de membres du Conseil national de la Déclaration de Damas – est-ce le temps d’annoncer la fin de la lune de miel entre le régime et les intellectuels, et de dire que le Printemps de Damas se sera révélé un éternel automne ?

Réponse : Il y a eu une longue lune de miel entre les intellectuels et le régime. Cette connexion était toujours mêlée de problèmes et de tensions. Par la nature des choses, des intellectuels sérieux ont tendance à critiquer les autorités, et les autorités, pour leur part, n’aiment pas les critiques - surtout pas dans la période de populisme soumis que notre pays a connu, où tout le monde formait prétendument un seul bloc en marche dans la bonne direction sous un leadership unique.

Il y a des moments où l’intellectuel marche dans la même direction, mais il a toujours sa position et sa spécificité. Alors, on pourrait dire que cette lune de miel a été quelque chose d’inhabituel et de difficile pour notre pays, compte tenu du fait que les intellectuels sont très exigeants sur ces questions. La question n’en est pas une d’hostilité sauvage envers le régime, ni d’appui aveugle au régime ou de suivre le mouvement aveuglément. Par conséquent, je crois qu’une position de principe critique est l’aspect le plus important du rôle de l’intellectuel comme conscience de la société.

Il y a une sorte d’obséquiosité et de respect envers les traditions et les coutumes, même celles qui sont arriérées

Question : Il y a ceux qui disent que les crises que nous avons connues - que ce soit au niveau des régimes ou des sociétés arabes - ne sont que le produit de notre culture. Dans quelle mesure est-ce vrai ?

Réponse : Je pense que parfois, lorsque nous parlons de cette façon, nous attribuons davantage de responsabilité à la culture que ce qui lui est dû. La culture n’est pas le principal moteur qui détermine la vie de la société ou les politiques qui sont suivies. Elle n’est pas le principal moteur dans l’orientation historique d’un pays arabe ou d’un autre. Il y a ceux qui pensent cela, mais il y a des crises à un autre niveau qui ne sont que reflétées dans la culture dominante de ces sociétés.

Question : Pensez-vous que la crise a davantage à voir avec les dirigeants plutôt que d’être une crise socio-culturelle, et que ceci se reflète dans les pays arabes ?

Réponse : Il se peut qu’il y ait une crise chez les dirigeants, ou une crise économique, ou une crise des élites, ou un autre type de crise. Mais on ne peut pas dire que c’est à cause de notre culture que nous souffrons de tous ces problèmes.

Question : Est-ce que la crise actuelle est le produit des dirigeants ou de la culture et des traditions sociales ?

Réponse : Les deux. C’est-à-dire, il existe de nombreux obstacles au progrès dans les différentes cultures et traditions des peuples. En même temps - en particulier dans la période actuelle - il y a une réticence à enquêter sur ces obstacles, à les définir, à les examiner de près, et à les critiquer afin de les surmonter et de les supprimer. La tendance à le faire s’est affaiblie à l’heure actuelle, et il y a une sorte de déférence et d’obséquiosité face aux traditions et coutumes, qu’elles soient arriérées ou non.

Lorsque nous regardons simplement le monde arabe, nous voyons qu’il consomme tout, mais qu’il ne produit rien en dehors de matières premières. Que pouvons-nous attendre des Arabes ? Regardez le monde arabe d’un bout à l’autre ; il n’existe pas de véritable valeur ajoutée à quoi que ce soit. Il y a une structure qui semble ne pas encourager la production et ne pas être en sa faveur. Qu’est-ce que nous produisons ? Qu’est-ce que nous exportons ?

C’est vrai que vous parliez de la production matérielle, économique, scientifique, intellectuelle, ou de toute autre nature. Regardez la production de pétrole, par exemple. Quelle est la relation des Arabes avec l’industrie pétrolière ? Ils sont propriétaires du pétrole, mais ils n’ont rien à voir avec son extraction, son raffinement, sa commercialisation et son transport. Regardez les énormes installations pour la prospection du pétrole, son extraction, et son raffinage. Regardez les satellites des pays arabes, ils n’ont aucun contenu arabe. Je doute de la capacité des Arabes à produire un téléphone sans importer les pièces et les technologies dont ils ont besoin, et peut-être même les techniciens.

Aucune société n’est fondamentalement dotée d’une préparation naturelle pour la démocratie - la démocratie est un processus historique cumulatif

Question : Il y a quelques personnes dans les milieux gouvernementaux, et même parmi les intellectuels et les gens ordinaires, qui affirment que la société arabe en général n’est pas équipée pour l’activité démocratique. Comme preuve, ils mettent de l’avant certaines expériences qui ne sont pas encourageantes : l’Algérie, le Liban, l’Iraq, la Palestine, et d’autres. En outre, cela se produit aussi au niveau des associations, des partis et des organisations de défense des droits de l’homme, qui ont longtemps subi des fissures et des divisions, dont la plus récente a été la coalition de la Déclaration de Damas dans l’opposition syrienne. Nos sociétés arabes peuvent-elles - avec leurs constellations et structures actuelles - produire une véritable démocratie qui persiste sans amener des divisions, des crises politiques, des troubles de sécurité, des conflits et des guerres civiles ?

Réponse : Nous devons prendre comme point de départ le fait qu’aucune société n’est fondamentalement dotée d’une préparation naturelle pour la démocratie. La démocratie est un processus historique cumulatif. Ce serait une erreur que d’adopter l’avis que c’est impossible, et que puisque nous sommes tribaux et sectaires nous avons besoin d’écarter entièrement l’idée de la démocratie, dire qu’elle n’est pas appropriée pour nous, et lui fermer la porte. En Chine, on dit qu’un voyage d’un millier de milles commence avec un seul pas.

Je suis en faveur de tentatives et d’expériences. Il existe des expériences antérieures dont nous pouvons bénéficier. Je ne désespère pas et ne lance pas le gant, tout en étant conscient de la difficulté de cette question et des complications qu’elle entraîne. Aucune société n’a une structure qui était fondamentalement appropriée et adaptée à la démocratie.

Nous, comme d’autres peuples, pouvons apprendre et réaliser 20 pour cent, 30 pour cent, puis 40, 50, et plus encore. Il s’agit d’un processus cumulatif qui dépend des mesures prises pour éduquer les gens dans les écoles et les établissements d’enseignement et les former progressivement à la pratique de la démocratie.

Si nous ne le faisons pas, nous serons régis par le dicton : tels que vous êtes, ainsi vous serez gouvernés. Si vous êtes tribaux, vous serez gouvernés par des tribus, si vous êtes arriérés, vous serez gouvernés par des arriérés, si vous êtes clanique, vous serez gouvernés par des clans, et si vous êtes sectaires, vous serez gouvernés par des sectes, et ainsi de suite. C’est tomber dans un cycle dont on ne peut s’échapper.

Sinon il existe un autre dicton Arabe qui s’appliquera à nous : les gens sont de la religion de leurs dirigeants. Si le dirigeant est démocrate, nous allons tous devenir démocrates, et si le chef est un dictateur, chacun d’entre nous deviendra pro-dictature. Comme si nous nous condamnions à une position de quiétude dont on ne peut s’échapper. Je rejette cela.

Question : Il y a ceux qui doutent de la capacité de la mentalité arabe d’aujourd’hui à produire une démocratie stable et durable. Pensez-vous que la mentalité arabe a la possibilité de créer une démocratie qui survivra, durera, et deviendra une norme et un comportement habituel dans nos pays ?


Réponse : Il est difficile pour la mentalité arabe dans sa structure actuelle de produire la démocratie, mais je ne crois pas que cette mentalité est un attribut fixé pour l’éternité. J’accepterais un modèle ayant un succès de 30 pour cent, mais jusqu’à maintenant nous n’avons pas été en mesure de l’accomplir.

Il y a une démocratie sectaire au Liban, il s’agit d’un régime de quotas, et non d’une démocratie fondée sur la citoyenneté. Le régime politique au Liban empêche une dictature par le biais d’équilibres sectaires, mais il n’a pas accompli une véritable démocratie fondée sur la citoyenneté. L’Irak va dans le même sens.

Question : Qu’est-ce qui manque à l’esprit arabe qui lui permettrait d’accepter l’Autre, ou le compatriote, tel qu’il est ? Que faut-il pour résoudre cette équation qui est actuellement insoluble ?

Réponse : L’individu apprend les réponses à ces questions en étudiant les difficultés liées aux autres alternatives au cours de l’histoire. Dans ce contexte, nous pourrions citer l’exemple de l’Irak. À mon avis, si les Iraquiens veulent maintenir l’unité de leur pays et éviter une guerre civile désastreuse, ils doivent apprendre les leçons historiques de ce qu’ils traversent aujourd’hui.

La majorité chiite ne peut pas dire que le sens de la démocratie est le gouvernement de la majorité et que ça règle la question. Elle doit dire que c’est la règle de la majorité avec la protection des droits des minorités, et par là je veux dire les minorités politiques, et pas nécessairement les minorités numériques, ethniques ou religieuses.

Ils disent : Nous sommes la majorité et donc nous gouvernerons, et la démocratie c’est la règle de la majorité. Cela est s’écarter de la vérité. La démocratie est la règle de la majorité et la protection des droits des minorités. Sinon, l’État devra faire face à la division, à la guerre civile et la ruine.

C’est une question que l’esprit arabe doit étudier : il doit accepter l’Autre, et il doit accepter la possibilité que les minorités atteignent le pouvoir si ses alliances en font une majorité - mais ceci sans que la minorité ne discrimine la majorité ou se venge sur elle après avoir atteint le pouvoir.

En Irak, il y a aussi beaucoup de partis islamistes et de mouvements de différentes écoles de jurisprudence. Sont-ils capables d’appliquer la charia conformément aux convictions sunnites et chiites ? Non, sauf s’ils sont prêts à sombrer dans une guerre civile. Que peut-on apprendre de cela si l’on n’est pas intéressé par une guerre civile ou la désintégration de l’État ? Vous apprendrez à être sage et à construire un État ni sunnite ni chiite, mais plutôt un État fondé sur la citoyenneté, la vérité, le droit, et la justice sociale.

Cette croyance vient à la suite de leçons historiques, mais il y a ceux qui apprennent vite et d’autres qui n’apprennent jamais. Au Liban, par exemple, ils n’ont pas appris, et ils ont connu une guerre civile de 16 ans, mais compte tenu de ce qui s’y passe maintenant, on sent qu’ils n’ont rien appris, notamment en ce qui concerne la question sectaire.

La victoire du Hezbollah en 2006 a été une victoire à la Pyrrhus ; aujourd’hui, au lieu de lutter contre Israël, ils se battent contre Joumblatt et Al-Hariri

Question : Vous avez décrit la victoire du Hezbollah comme une non-victoire, tant à la conférence organisée dans la bibliothèque Al-Assad à la dernière foire du livre, que dans une interview que vous avez donnée au journal libanais Al-Akhbar. Maintenez-vous toujours cette opinion ?

Réponse : Rien ne s’est passé qui me ferait changer d’avis, et surtout pas une fois que j’ai entendu Hassan Nasrallah admettre que s’il avait su que l’opération d’enlèvement des deux soldats aurait conduit à ce résultat, il ne l’aurait pas approuvée. L’expression « Victoire à la Pyrrhus » est adéquate - le prix de la victoire est si élevé que vous pensez que votre situation après la victoire n’est pas meilleure qu’avant. Bien sûr, Nasrallah a eu suffisamment de courage et de sincérité pour l’admettre.

Question : Qu’en est-il de la description de la victoire comme une victoire divine ?

Réponse : Il y a beaucoup de considérations derrière cette description, liées au recrutement, aux croyances, et ainsi de suite. Toutefois, je pense que de cette façon, nous renions les qualifications, les capacités, et l’intelligence des héros qui ont combattu et sont restés fermes.

Peut-être que le Hezbollah est plus fort maintenant – aux plans militaires et logistiques - qu’il ne l’était par le passé. Mais je crois que cette faction est dans une position peu enviable, compte tenu du détournement de la lutte contre Israël vers des enjeux libanais internes, et du gaspillage des énergies du parti dans l’obscurité des politiques insignifiantes au Liban. Aujourd’hui, au lieu de lutter contre Israël et ses généraux, ils se battent contre Walid Jumblatt, Al-Hariri et d’autres hommes politiques libanais.

Question : Peut-être que le Hezbollah fait cela parce qu’il se sent menacé par la possibilité que le président du Liban et le gouvernement tentent de désarmer le Hezbollah ?

Réponse : Je tiens à éviter le mot « menacé ». Ce mot est supérieur à la réalité de la situation. Quand je suis au Liban, je sens que d’autres sont très menacés par le haut niveau d’achat d’armes par le Hezbollah, sa force, son organisation et son entraînement.

Question : À votre avis, l’Iran a-t-il l’autorité finale sur le Hezbollah ?

Réponse : Il ne fait aucun doute que le Hezbollah prend l’Iran et la Syrie en compte. Mais je ne suis pas convaincu qu’ils soient complètement loyaux envers l’Iran et la Syrie. Je crois qu’ils ont leurs propres considérations nationales et factionnelles. Dire qu’ils sont fidèles à l’Iran est similaire à ce qu’ils disent au sujet d’une victoire divine.

Il ne fait aucun doute que celui qui les finance, qui les arme, et leur fournit de l’aide a du poids, que son avis est pris en compte, et qu’il a de l’influence. Ce n’est que naturel. C’est comme dans le passé, quand le Fatah était influencé par l’orientation de Nasser, ou comme la façon dont les dirigeants en Syrie influencent les organisations palestiniennes. Cela fait partie de la dynamique naturelle des relations et des alliances politiques et des fractures qui les accompagnent parfois. Arafat s’entrechoquait parfois avec la Syrie, et à d’autres moments il disait que la Syrie était le poumon de la résistance.

Après 1967, les intellectuels ne pouvaient plus garder le silence

Question : Pourquoi et pour qui Sadik Jalal Al-’Azm a-t-il écrit ?

Réponse : Je crois que pour un professeur d’université, l’écriture est fondamentalement une partie de la recherche scientifique. Au début, ce que j’ai écrit était lié à mes études en philosophie européenne moderne. Cependant, ce qui m’a conduit à écrire sur la politique et les affaires publiques est la défaite de Juin 1967. Si quelqu’un avait soulevé la question de l’écriture avant et m’avait dit qu’à l’avenir, je voudrais écrire quelques-uns des livres que j’ai fini par écrire plus tard, je leur aurais dit qu’ils étaient fous et qu’en aucune circonstance je ne participerais à ces débats. Peut-être que j’aurais exprimé mon avis en tant qu’individu qui porte intérêt aux affaires publiques, mais je n’aurais pas abordé ces questions s’il n’y avait pas eu le choc causé par la défaite dans la guerre de 1967.

Avant la défaite en 1967, j’ai écrit pour ceux qui s’intéressaient à la philosophie. J’avais l’habitude d’écrire pour les intellectuels prêts à adopter des positions éclairées et progressistes et à développer des idées, des positions et des cultures sur la base d’un mouvement arabe des lumières (la Nahda). Mais après 1967 mon orientation a été vers les éléments actifs dans nos sociétés.

À ce stade, chacun d’entre nous était touché par le choc et la frustration. Alors, j’ai commencé à écrire pour le public, puisque tous les intellectuels voulaient dire quelque chose. En effet, il n’était pas possible qu’une catastrophe de cette ampleur se produire sans dire quelque chose comme intellectuel.

Question : Êtes-vous vraiment un athée ou un « hérétique Damascène » comme certains vous ont décrit ?

Réponse : (rires) Pouvez-vous imaginer un intellectuel sérieux et érudit dans nos pays arabes qui ne soit pas séduit par des idées comme l’attitude critique à l’égard des croyances religieuses traditionnelles, le doute et le non-déterminisme, et l’idée d’utiliser une approche scientifique pour comprendre les phénomènes religieux ? De l’époque de Qassem Amin à aujourd’hui, il y a en a qui ont promulgué et fait connaître leurs réactions à des sujets comme celui-ci.

Naturellement, les institutions religieuses et les religieux regardent ces questions en termes d’athéisme, d’hérésie, et ainsi de suite. Mais à la fin de la journée, il reste quelque chose qui est une question de conscience, et cela fait partie de la liberté de conscience de chaque homme.

Question : Il existe un certain nombre de personnes dont les approches croisent la vôtre ou en sont proches, comme Muhammad Shahrur, Nasr Hamid Abu Zayd, Gamal Al-Banna, et d’autres. Dans quelle mesure êtes-vous d’accord ou en désaccord avec eux ?

Réponse : En ce qui concerne les contours généraux, nous sommes d’accord sur beaucoup de choses, mais concernant les éléments d’opinions sur des sujets spécifiques, il est possible qu’il existe des différences et parfois même des critiques et de la concurrence. Mais les contours généraux sont les mêmes, et je considère cela comme une approche critique et éclairée. Nous en avons cruellement besoin.

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Montre-moi donc ce que Mahomet a apporté de nouveau. Tu ne trouveras que des choses mauvaises et inhumaines, comme l'ordre de répandre par l'épée la foi qu'il prechait.
Manuel II Paléologue cité par le pape Benoit XVI -2006
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AllahAssghar
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MessagePosté le: Mer Mai 14, 2008 12:45 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Le poids des confessions religieuses dans la crise libanaise
NOUVELOBS.COM | 13.05.2008 | 16:42
Les violences qui ont a nouveau éclaté au Liban depuis le 7 mai s'inscrivent dans un contexte de crise politique qui voit s'opposer, depuis 18 mois, la majorité antisyrienne et l'opposition, emmenée par le Hezbollah. Les appartenances religieuses jouent en effet un rôle politique central.

Le Liban est un pays multiconfessionnel où la Constitution prévoit la participation au pouvoir des principales communautés religieuses: chrétiens (36% de la population), musulmans sunnites et chiites (29 % chacun) et druzes (7%), selon des estimations.
Mais ces communautés ne sont pas homogènes : les musulmans comme les chrétiens sont partagés entre la majorité parlementaire, qui rassemble des musulmans sunnites, des chrétiens et des druzes, et l'opposition, associant les musulmans chiites à une partie des chrétiens et à une petite minorité de druzes.
Depuis des mois, le partage du pouvoir est devenu l'objet d'une épreuve de force entre la majorité (72 des 128 sièges au Parlement), soutenue par l'Occident et la plupart des pays arabes, et l'opposition proche de Damas et Téhéran.
Cette crise a dégénéré en violences qui ont fait 62 morts et près de 200 blessés depuis le 7 mai, les plus sanglantes depuis la guerre civile (1975-90).
Des combats ont opposé des militants des différentes communautés musulmanes, les uns partisans de la majorité, les autres de l'opposition. Les chrétiens, affaiblis par leurs divisions, sont restés à l'écart des violences.

- A Beyrouth ouest:
Des militants chiites du Hezbollah, le principal parti de l'opposition, associés à ceux du mouvement Amal, son allié, ont affronté du 7 au 9 mai des partisans sunnites du Courant du Futur, le principal parti de la majorité antisyrienne dirigé par Saad Hariri, dans les quartiers à majorité musulmane de l'ouest de Beyrouth.
Les hommes armés du Hezbollah et de Amal ont pris le contrôle le 9 mai de ces quartiers, avant de se retirer le lendemain et de céder la place à l'armée.

- A Tripoli, dans le nord du Liban:
Des combats dans la deuxième ville du Liban, à majorité sunnite, ont opposé depuis dimanche des militants sunnites pro-gouvernementaux à des Alaouites, une secte issue du chiisme et restée loyale au Hezbollah. Le représentant le plus connu de cette communauté alaouite est le président syrien Bachar al-Assad.
Ces combats ont éclaté dans des quartiers du nord de la ville réputés comme des foyers de l'islamisme radical, notamment à Bab al-Tebbaneh, un quartier sunnite, et à Jabal Mohsen, où vivent les Alaouites.

- Dans la montagne druze, au sud-est de Beyrouth:
Des combats ont éclaté dimanche entre, d'un côté, des partisans druzes de la majorité antisyrienne, fidèles au leader Walid Joumblatt, et, de l'autre, des hommes du Hezbollah chiite ainsi que des partisans des chefs druzes Talal Arslan et Wiam Wahhab, des adversaires de Walid Joumblatt. Les partisans de l'opposition sont cependant très minoritaires au sein de la communauté druze.
Ces combats ont fait au moins 16 morts.

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Manuel II Paléologue cité par le pape Benoit XVI -2006
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MessagePosté le: Ven Mai 16, 2008 2:49 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Nietzschéen et adepte de la philosophie à coups de marteau, Abdelwahab Meddeb revient à la charge avec un nouvel essai polémique : Sortir de la malédiction. L’islam entre civilisation et barbarie (Seuil, janvier 2008). Un livre dans lequel l’intellectuel franco-tunisien assume un discours laïque et érudit.

* Nous publions cet entretien avec l'aimable autorisation de Tel Quel


nonfiction.fr :Vous publiez Sortir de la malédiction. Pourquoi un nouveau livre sur l’islam ?

Abdelwahab Meddeb : Ce livre est le quatrième volet d’un quatuor, ouvert en 2002 par La maladie de l’islam. Deux autres livres ont suivi, Face à l’islam et Contre-prêches. La cible critique reste la même, mais le sujet et l’angle d’attaque peuvent changer. Les deux derniers livres du quatuor (Contre-Prêches et Sortir de la malédiction) ont un lien évident avec l’actualité : la crise patente des pays dont la généalogie est l’islam.


nonfiction.fr : Le temps est venu de livrer des propositions ?

Abdelwahab Meddeb : Avec ce dernier livre, il y a comme la volonté de clore une série. Il s’agit bien de déceler, dans l’urgence, des solutions. J’ai organisé mon argumentaire autour de quatre grandes problématiques : d’abord, la relation avec le droit (le divin et le positif), ensuite la violence au nom de Dieu, enfin, la question de l’altérité doublement traitée, avec le rapport à la femme et à l’étranger. Cette dernière question m’a assailli lors d’un séjour en Égypte, juste avant les attentats de Louxor. J’ai été choqué par un discours de déresponsabilisation, qui accuse l’étranger du mal qui est en soi. Le terrorisme qui prend pour cible l’étranger apparaît comme le passage à l’acte d’un discours xénophobe majoritaire dans la population.


nonfiction.fr : Faut-il, alors, tout mettre sur le compte de la religion ?

Abdelwahab Meddeb : L’islam, avant l’avènement de la modernité occidentale, était porteur d’avancées sociales et politiques. La dhimmitude (ndlr : le statut politique et juridique accordé en terre d’islam aux juifs en échange du paiement d'un tribut) était considérée comme un moindre mal pour la reconnaissance de l’autre. C’est une forme de tolérance qui était reconnue jusqu’à Voltaire et Locke. À la même époque, le catholicisme était beaucoup plus exclusiviste. Et toutes les dispositions juridiques que contient le Coran constituent une avancée par rapport à la Torah : les femmes héritent, elles ont un statut juridique. Le problème de l’islam, c’est que toutes ces avancées deviennent dérisoires avec la rupture de la modernité.


nonfiction.fr : Comment expliquer, par exemple, que la notion de liberté reste si étrangère à la pensée musulmane ?

Abdelwahab Meddeb : La modernité occidentale fait émerger la notion d’un sujet juridique autonome, fondé à la fois sur l’égalité et la liberté. En droit musulman, ce principe de liberté est le grand absent. On peut comprendre qu’historiquement, le communautaire primait sur l’individuel. Récemment encore, l’Arabie Saoudite a diffusé un document ouvertement polémique, réfutant l’article 18 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, article qui proclame la liberté de conscience. Au-delà du raisonnement tautologique qui anime ce mauvais pamphlet, le point aveugle de son raisonnement demeure celui qui met en jeu la notion de liberté. Dans une réflexion à deux voix sur les résonances entre Islam et Europe, Jamal Eddine Bencheikh et André Miquel avaient justement constaté que la seule question qui n’est pas partagée est celle de la liberté. Nul doute, la liberté est un concept totalement moderne inconnu des pensées traditionnelles.


nonfiction.fr : Doit-on alors liquider l’islam parce qu’il n’a pas eu de choc de modernité ?

Abdelwahab Meddeb : L’enjeu de mon livre a peut-être été mal compris. Mes amis d’origine chrétienne et juive sont, au pire des cas, dans le post-christianisme ou le post-judaïsme. Pour être modernes, il est nécessaire de vivre la rupture. Et celle-ci n’implique pas la liquidation de la tradition, c’est tout un art que de perpétuer un dialogue intime avec ce qui reste de cette tradition après l’avoir trahi. Disons que je passe au crible tout ce qui me vient de l’islam, et que je me défais de ce qui ne peut correspondre à ce que j’aime de mon époque. Ce qui reste de cet examen me paraît très fécond.


nonfiction.fr : Justement, dans votre dernier essai, vous appelez à abandonner la charia…

Abdelwahab Meddeb : S’agissant du droit, les islamistes font un usage politique de la charia, laquelle devient pour eux un signe idéologique. Ils injectent une puissance juridique là où elle n’existe pas dans le Coran. Par exemple, le droit des affaires en Arabie wahhabite est de fait totalement américain, mais on l’habille systématiquement d’une référence à la charia. Regardez l’hypocrisie de la finance et de la banque islamiques…


nonfiction.fr : Faut-il abandonner la charia parce qu’elle est archaïque, inégalitaire ou seulement hypocrite ?

Abdelwahab Meddeb : Tous les philosophes et historiens du droit constatent que 80% du droit chariîque n’a aucun fondement coranique. L’attachement à un tel droit procède de l’idéologie identitaire, celle qui veut se construire dans la distinction. Du reste, cet archaïsme juridique (qui correspond à un état anthropologique strictement patriarcal) est peut-être encore celui de l’Arabie, mais plus du tout celui d’une majorité de Maghrébins.


nonfiction.fr : L’abandon de la charia doit-il commencer par les constitutions ? En réalité, les droits particuliers ne sont-ils pas déjà laïques ?

Abdelwahab Meddeb : En tout cas, ce n’est pas assumé en tant que tel. Il faut reconnaître les droits spéciaux (le droit du travail, le droit du commerce international) comme des droits modernes. En même temps, les constitutions de la majorité des pays de culture musulmane reconnaissent encore le droit islamique. Force est de constater qu’aujourd’hui la construction juridique de ces pays est bancale. Plusieurs temporalités se superposent. Une première temporalité est archaïque, elle trouve l’origine du droit en Dieu : c’est la charia. La deuxième temporalité est autoritaire, elle fait triompher le droit du prince (là on est contemporain de Bodin et de Hobbes). La dernière temporalité, contemporaine, est celle du droit des transactions internationales. Personnellement, je ne sais pas comment articuler ces temporalités.


nonfiction.fr : Vous pensez que le dépassement de la charia est principalement un travail de législateur ?

Abdelwahab Meddeb : C’est un travail de juristes. Quand on fait le diagnostic de la charia, c’est à la fois une construction idéologique et un marqueur identitaire. On est bien au cœur de la manipulation. Il y a besoin d’un texte technique, précis, pour définir l’état du droit, et mettre le doigt sur le grand écart entre ce qu’on déclare et ce qui est vraiment. La deuxième étape serait celle du législateur. Qu’en est-il de cet État où cohabitent, au sein de la personne, trois temporalités : celle de Médine, celle du XVIIe siècle et une dernière, contemporaine ?


nonfiction.fr : Dans votre livre, vous abordez la question de l’apostasie. Pourquoi cette crispation autour de la liberté religieuse en terre d’islam ?

Abdelwahab Meddeb : L’apostasie est un très bon exemple de l’hypocrisie de la charia. Supposons que le Coran soit la parole de Dieu. La condamnation à mort de l’apostat, parce que c’est de cela qu’il s’agit, n’est pas dans le Coran. Elle est au mieux dans le Hadith, parole humaine, même si on a rechargé la figure symbolique du prophète. Ensuite, on observe que l’apostasie a existé dans le droit canon, à une certaine époque de la chrétienté. Sa condamnation absolue a correspondu à un temps de l’histoire, celui de l’exclusivisme théologique. Maintenant, le pape ne pouvant plus condamner à mort l’apostat, déclare l’apostasie comme un péché mortel. Il y a eu donc évolution chez les catholiques. Une telle évolution peut aussi advenir en islam. D’autant que la condamnation à mort de l’apostat est en contradiction avec l’article 18 de la Déclaration universelle des droits de l’homme qui prône la liberté de conscience et le libre choix de sa religion. Que peuvent faire les pays musulmans se réclamant de la charia contre les conversions de musulmans au christianisme ? C’est d’ailleurs un mouvement qui est appelé à se poursuivre.


nonfiction.fr : Ces conversions ne sont-elles pas de nature à renforcer les islamistes, qui les vivent comme une provocation ?

Abdelwahab Meddeb : La réalité, c’est qu’aujourd’hui des non-musulmans entrent en islam et que des musulmans en sortent. Les musulmans participent à la réalité mondiale, or la conversion est un impensé islamique. Sur la question de l’apostasie, on est passé dans le christianisme de la condamnation à mort à la condamnation à l’enfer, c’est ça la laïcité.


nonfiction.fr : Assumez-vous la part de provocation dans votre pensée ?

Abdelwahab Meddeb : C’est dans ma manière. Et de ce point de vue-là, l’aspect provocateur peut faire réfléchir. Je me réclame de "la fidélité infidèle" de Derrida.


nonfiction.fr : Les islamistes avancent souvent l’idée qu’ils sont majoritaires. Que privilégier : la démocratie ou la laïcité ?

Abdelwahab Meddeb : Il faut un combat de tous les jours contre la manipulation par la charia. Les laïcs sont une minorité dans nos pays. Je suis favorable à une pensée de la confrontation front contre front. Je pense que les grands débats se jouent à 10% de laïcs contre 10% de jihadistes. Si nous devions être engagés dans une guerre implacable, un seul camp triomphera, et le reste de la société suivra le vainqueur. Il est nécessaire en tant qu’individu de pouvoir agir librement. Fais ce que tu veux, tant que tu ne m’interdis pas de penser comme je l’entends, de boire du vin ou de choisir ma foi.


nonfiction.fr : Êtes-vous plutôt optimiste ou pessimiste ?

Abdelwahab Meddeb : Je suis de ce point de vue-là profondément nietzschéen : un désespéré positif. Je vois le tragique dans l’homme. J’estime que l’interprétation globale, globalisante de l’islam – ceux parmi les islamistes qui savent jouer des mots ne disent jamais totale – est une vision totalitaire. Et les idéologies totalitaires sont construites sur le principe de mort. Comme, malgré tout, chez l’homme, c’est le principe de vie (et de survie) qui triomphe, je suis optimiste.


nonfiction.fr : Malgré tout ?

Abdelwahab Meddeb : Ce qui me reste après m’être défait de ce qui n’est pas moderne dans l’islam, c’est cette manière qu’il y a en lui de préserver l’énergie grecque du souci de soi, de la beauté, à travers l’architecture ou la passion des jardins et de la poésie, par exemple. À ces conditions là, je serais un musulman du libre choix, plutôt que par contrainte ou par héritage.


Propos recueillis par Youssef Aït Akdim, le 25 avril 2008 à Casablanca
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MessagePosté le: Mar Mai 20, 2008 9:35 am    Sujet du message: Répondre en citant