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Guerre des idées :: Voir le sujet - Mehmet Ali, Edme-François Jomard, la Nahda
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Mehmet Ali, Edme-François Jomard, la Nahda

 
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Alain
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Inscrit le: Aug 22, 2004
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MessagePosté le: Dim Oct 16, 2005 11:17 pm    Sujet du message: Mehmet Ali, Edme-François Jomard, la Nahda Répondre en citant

Une période de l'histoire de l'Egypte. Celle-ci sous le férule de Mehmet Ali, promoteur de la Nahda (la renaissance), a envoyé des étudiants en France et modernisé, assez superficiellement, son pays. Elle ne lui survivra pas. Contrairement au Japon et sa "Révolution Meji".

Edme-François Jomard, admirateur de Mehmet Ali, en est le grand organisateur et incitateur. Désinteressé et fasciné par l'histoire antique de l'Egypte, convaincu qu'elle est la racine de la civilisation occidentale, comme beaucoup à l'époque, il se lance tout entier dans la transmission des Lumières, de l'Univversalité.

Radio : Jomard, le dernier "Egyptien"

Edme-François Jomard (1777-1862) est un des scientifiques qui ont accompagné Bonaparte en Orient ; c’est cet ingénieur qui a réalisé la plus grande quantité de dessins, cartes, relevés de la Description de l’Egypte. Il a aidé son ami le khédive Mehmet Ali à moderniser l’Egypte en s’occupant notamment de la formation des étudiants égyptiens envoyés en France.

Yves Laissus, Le dernier égyptien, Ed. Fayard (2004)
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Alain
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Messages: 386

MessagePosté le: Mar Oct 18, 2005 10:22 am    Sujet du message: Répondre en citant

En 1827, dans le cadre de la Nahda, 40 étudiants égyptiens arrivent à Paris pour suivre une formation de très haut niveau (le mieux de ce qui existait à l'époque en France). Puis tout s'est arrêté …

_______________________________________________

Transcription de l'interview :

Abdelwahab Meddeb : Après donc l'accueil a été tout à fait technique, très précis on a décidé … il y a eu un examen solennel. Suite à la 1ère année qui a été plutôt une année d'enseignement de la langue, (…) examen solennel quia eu lieu de 18 mars 1827. Par la suite les jeunes égyptiens ont été réparties selon leur aptitudes en 15 spécialités : administration civile, administration militaire, navigation et marine, diplomatie, hydraulique, mécanique, génie militaire, artillerie, fonderie des métaux, fabrication d'armes, gravure, typographie et lithographie, , médecine, chirurgie, anatomie, physiologie, hygiène, agriculture, histoire naturelles, traduction .. C'est très impressionnant !

Yves Laissus : c'est très impressionnant et on ne leur a pas donné des formations au rabais. On peut d'ailleurs être très admiratif, moi en tout cas ça m'a frappé de voir que ces jeunes gens qui venaient d'Egypte, qui appartenaient à des familles de notables mais dont l'instruction ne devait pas être très poussée, ont en quelques mois, parce qu"il sont restés deux ans, trois ans, en moyenne, appris le français, suffisamment pour écouter leurs maîtres, et on accumulé des connaissances importantes. Parce que les maîtres qu'ils ont eus étaient les meilleurs qu'on pouvait trouver à l'époque, n'étaient pas des gens à se payer de mots. Ils leur ont donné certainement un enseignement de qualité comme celui qui était donné aux jeunes français de l'époque.

AM : mais dû aussi à l'exigence, la surveillance, au contrôle, au suivi de Jomard

YL : De Jomard oui oui

AM : à l'occasion de la remise des prix à ces jeunes étudiants égyptiens en juillet 1828, le discours de Jomard là aussi, c'est presque le discours d'un nationaliste égyptien, c'est très surprenant "Vous être appelés à opérer la régénération de votre patrie, événement d'où dépendra le sort de la civilisation de l'orient. Puiser au milieu de la France, puiser à pleine source les lumières de la raison et des lettres qui élèvent si haut l'Europe au-dessus des autres parties du monde, c'est reconquérir pour votre patrie les bienfaits des lois et des arts dont elle a joui pendant tant de siècles. L'Egypte dont vous êtes les députés ne fait pour ainsi dire que recouvrer ce qui lui appartient, et la France en vous instruisant ne fait qu'acquitter pour sa part la dette contractée par toute l'Europe envers les peuples d'Orient."

YL : c'est un très beau discours

AM : Alors comment se fait-il justement là, cette 1ère formation qui semble avait été faite au sommet, nous sommes dans les années 1827, 28 c'est à dire quelques 50 ans avant le projet Meiji au Japon. Pourquoi ça a fonctionné au Japon, pourquoi ça à périclité d'une manière même on peut dire d'une manière vraiment TRÈS décevante en Egypte.

YL : mais on l'impression qu'il y a eu de la part de la société égyptienne une certaine réticence. Tous ces égyptiens que Mehmed Ali à secoués …

AM : pourquoi n'y a-t-il pas eu de suivi ? Pourquoi n'a-t-on pas formé … Si on avait envoyé chaque années 40 de ces égyptiens formés à cette hauteur là, en 10 ans on aurait eu 400 en 20 ans 800 … Vous vous rendez compte ? Eux-mêmes auraient produit des disciples égyptiens. Il y aurait peut avoir une dynamique …C'est un ratage TRÈS surprenant.

YL : très surprenant. Il y a eu certainement donc une certaine réticence, une nonchalance de la société égyptienne elle-même. Il y a eu les déceptions de Mehmed Ali qui en a un peu voulu au occidentaux et en particulier à la France de ne pas l'avoir soutenu plus vigoureusement vis-à-vis de Constantinople, vis-à-vis de l'Angleterre et de la Russie … Et puis … Tout ça réunis … la lassitude venant, et bien les choses … Et puis il y a eu encore une fois le fait que Mehmed Ali dans ses dernières années a été physiquement assez diminué et que son successeur Abbas a tout rayé. Abbas avait été formé … il était le fil de Mehmed Al, il avait été formé à l'école polytechnique fondée par son père et dirigée par un français, Lambert, il n'a rien eu de plus pressé que supprimer cette école et d'effacer tout ce qui pouvait rappeler la civilisation occidentale. Bon après, à l'époque de Saïd, avec l'aventure du canal du Suez, avec les Saint simoniens, etc., les choses sont un peu reparties sur d'autres bases

AM : Alors il y a un argument évidemment qui était présent en France même, c'est qu'en France même, on attribuait peut être la responsabilité de cet échec à l'ambivalence de Mehmed Ali lui-même. Puisque en septembre 1828, donc au moment même, où étaient formés ces égyptiens dans cette excellence qui nous est là confirmée par tous les documents, on peut lire dans le Revue Encyclopédique ceci "Le principe du mal est dans le système de gouvernement, le Pacha, propriétaire unique de toutes les terres, laissait aux paysans moyennent un loyer qu'on appelle le [i]miri, et sous la condition que les produits ne seront vendus qu'à lui, les prix des récoltes comme les prix du miri varient selon la volonté du pacha. Un autre fléau non moins funeste à l'agriculture sont les travaux mêmes que l'on ordonnent pour l'améliorer, ou plutôt la manière dont ils s'exécutent. L'Egypte n'a qu'un q'UN seul propriétaire qui est la Pacha.[/i]"

YL : Alors Jomard se berçait de l'illusion que tout ça s'arrangerait, que Mehmed Ali tempèrerait ce régime de propriété unique dans son propre pays. Je raconte dans mon livre cette petite histoire de la place esbékié [en phonétique] au Caire qui est effectivement assez emblématique de toute cette réforme ratée

AM : un chantier qui est resté tout le temps …

YL : un chantier voilà …

AM : alors que l'idée de départ était très belle …

YL : l'idée de départ était très belle et puis les choses ont tardé et puis finalement on a défait ce qu'on avait fait et puis on est retombé dans l'ornière de la routine.

AM : Alors Jomard semblait ne pas renoncer à son rêve et on peut dire qu'il était vraiment un des protagonistes, j'ai envie de dire cela, de ce qu'on a appelé la Nahda, c'est-à-dire la renaissance, ce désir de restauration de la civilisation dans le monde islamique lorsqu'on a découvert d'un seul coup l'extraordinaire évolution de l'Europe au 19ème siècle

YL : Oui absolument, d'ailleurs après la mort de Mehmed Ali, lorsque Said est venu sur le trône d'Egypte et il lui a écrit, il lui écrit une belle lettre dans laquelle il le présente ainsi comme un apôtre de cette de cette conviction, de cette idée et Jomard a continué à correspondre ave ses anciens élèves de Paris pour les inciter, pour les conseiller. Il leur envoyait des livres, il en recevait, il présentait les livres qu'on imprimaient en Egypte et les présentait partout à Paris, à l'Institut, à la Société d'Encouragement, à la Société de Géographie. Il recevait des nouvelles, ils s'empressait de donner des nouvelles de ce qu'il recevait par courrier. Enfin bref, il s'est fait le porte-parole de tous ces efforts égyptiens qui ont finalement échoué.

AM : Nous avons mêmes des rapports très précis, très techniques recopiés de sa propre main en 43 pages in folio qu'il envoie le 23 juin 1839 au consul d'Egypte Cochelet pour être soumises à Mehmed Ali. C'est une série de notes sur plusiuers branches de l'administration publique de l'Egypte contenant des vues de réforme et d'amélioration et là on a l'impression presque que c'est un administrateur égyptien qui parle, en connaissance du terrain parce que je dirais les demandes étaient en même temps profondément pragmatiques tenat compte des réalités, elles ne sont pas utopiques

YL : Non non , c'est un véritable … ce document dont on possède le texte intégral …

AM : sur "Les interventions urgentes de l'ordre du possible dans l'administration, dans l'agriculture, dans l'industrie, dans l'instruction publique."

YL : Voilà alors évidemment Jomard a évité un certain nombre de sujets qui pouvaient fâcher, par exemple celui de l'éducation des filles, alors que sur le plan proprement national il s'était beaucoup occupé d'enseignement élémentaire, y compris de l'enseignement des petites filles.

AM : Et sur l'agriculture par exemple, lorsqu'il écrit "L'Egypte est une contrée essentiellement agricole ainsi la voulu sa nature, c'est donc là sa richesse et c'est cette valeur que ces maîtres doivent toujours s'attacher à maintenir et à accroître, partout le sol appauvri et négligé serait le signal de la décadence de l'Egypte, ce serait la ruine du pays". Et là il préconise "une meilleure irrigation afin d'étendre les terres cultivables, l'introduction de machines pour les mettre en valeur, le développement de l'élevage".

YL : Jomard pouvait là utiliser ce qu'il avait sous les yeux, c'est le géographe qui parle, il y a dans la description de l'Egypte, des documents, des mémoires extrêmement bien documentés sur l'agriculture et le commerce de l'Egypte.
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Alice
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MessagePosté le: Mar Oct 18, 2005 5:53 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Merci de cet extrait, c'est vrai que cette Nadha fut un foirage complet. Certains musulmans éclairés en ont douloureusement conscience, et parlent de reprendre le travail là où il a été laissé, mais qui les écoute chez eux ?

Mais comment expliquer cette "nonchalence" du peuple dont parlent les auteurs ?

Est-ce l'absence d'une vraie société civile (défaut observé dans la plupart des sociétés musulmanes) ?

Citation:
de voir que ces jeunes gens qui venaient d'Egypte, qui appartenaient à des familles de notables mais dont l'instruction ne devait pas être très poussée, ont en quelques mois, parce qu"il sont restés deux ans, trois ans, en moyenne, appris le français, suffisamment pour écouter leurs maîtres, et on accumulé des connaissances importantes


Est-ce cette manie de pouvoir répéter la technique, mais incapables d'inventer eux-mêmes une fois laissés dans l'autonomie ?

Quel est ton avis ?

Alice
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mira1
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MessagePosté le: Mer Oct 19, 2005 3:14 am    Sujet du message: Répondre en citant

Alice a écrit:
Est-ce cette manie de pouvoir répéter la technique, mais incapables d'inventer eux-mêmes une fois laissés dans l'autonomie ?

Quel est ton avis ?

Alice


Salut Alice, Alain,

Alice, je ne crois pas que ca soit la bonne question. Je veux dire par là que leur probleme, n'est peut etre pas l'incapacité d'innover mais autre chose quoique je serai incapable de mettre le doigt dessus... Qu'en penses tu
Alain? Peux tu nous eclairer la dessus?
Moi non plus je ne comprends pas pourquoi, ca a foiré comme ca?
Je me joins à Alice pour attendre tes reponse.

Merci pour ce post très interessant mais avec toi c'est devenu une habitude Clin d'oeil

A bientot.
Mira
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Le plus important n'est peut etre pas que je croie en Dieu mais que je sois quelqu'un en qui Dieu pourrait croire.
Pierre Elyakim Simsovic
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Alain
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MessagePosté le: Ven Oct 21, 2005 1:32 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Ben, je n'ai pas de réponse qui me satisfasse vraiment. On constate que le peuple égyptien n'a pas suivi.

En France (et ~ en Europe) est-ce "le peuple" a qui provoqué le progrès explosif à partir du début du 17ème siècle ? Pas du tout. Il faut nécessairement une vision élargie, et donc un minimum d'instruction, pour s'élever, au moins en esprit, au moins imaginer autre chose. Faire un diagnostic social éclairé (et disposer d'informations !) n'était possible que par très peu de gens. L'éducation généralisée n'est apparue que fin 19ème. A ces époques, un peuple pouvait contester ces propres mauvaises conditions de vie, violemment par les jacqueries par exemple. Mais la force si elle est souvent le seul recours pour un changement mineur, ne suffit pas pour déplacer une société, les rouages du pouvoir politique, sur lesquels la majorité n'a aucune prise, restent intacts, les manipulations de symboles ne lui appartiennent pas (religion mais aussi noblesse), il n'a pas de maîtrise des rouages économiques à grande échelle. Il faut que toutes sortes d'infrastructures évoluent pour que les superstructures, le visible, suivent.

Est-ce le peuple qui a fait 1789 ? Pas vraiment. En 1789 tout était mis en mots par une minorité instruite dont une partie voulait en finir avec la noblesse, ses privilèges, ses ponctions fiscales, etc. Qu'on l'appelle bourgeoisie si on veut, bien que je ne pense pas qu'il y ait eu un tel sentiment d'unité de classe chez les protagonistes. Ce sont surtout les théories postérieures qui ont créé toute cette conscience de classe.

Revenons à l'Egypte. Il n'existait –apparemment du moins- que peu de gens prédisposés au changement. Donc pourquoi ni ordre ni classe ni corporation ne poussaient à la roue ? Une petite minorité seule isolée ne pouvant tirer un peuple, cela expliquerait le flop de la Nahda. Mais pour bien comprendre ce qui s'est passé, il faudrait connaître les différentes structures de la société égyptienne de l'époque. Non seulement ça, mais aussi la manière dont elles s'engrenaient entre elles.


Aujourd'hui le modèle traditionnel pyramidal monodirectionnel (de haut en bas), des pays arabes, s'est consolidé en une sociétés dédoublée : A) Une nomenklatura "compradore" et accapareuse B) le reste de la population. La partie B de la population arabe reste une société monodirectionnelle traditionnelle pyramidale. Je vois difficilement où se logeraient des éléments moteurs d'une société là dedans. L'islam sunnite reste la religion la plus bornée qui soit, les organisations séculières ou semi séculières sont peu visibles, le pouvoir A qui serait seul susceptible de produire du mouvement est indifférent à B et il n'a bien entendu aucun intérêt à changer quoi que ce soit. A ce titre l'arriération wahhabite aujourd'hui bien installée dans les têtes doit bien l'arranger.

Ce sont ses liens avec l'occident qui maintiennent en vie la partie A, la nomenklatura, en lui donnant des conditions de s'enrichir, d'avoir le pouvoir et faire de l'intermédiation, ce qui fait d'eux des "hyper parrains". En même temps l'occident introduit de nouvelles idées et l'exemple de démocraties qui s'opposent absolument à tout ça. Contradiction et donc forcément il y aura un mouvement similaire à celui qui eut lieu en Europe au 18-19ème car cette tension ne pourra tenir éternellement et la religion ne pourra éternellement servir de chien de garde des esprits de A. Est-ce que alors la situation de 1820 va se reproduire et cette fois c'est une "bourgeoisie" qui gardera le contrôle des opérations et non la pointe de l'Etat ?
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Alice
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MessagePosté le: Sam Oct 22, 2005 11:11 am    Sujet du message: Répondre en citant

Si on prend le cas du Japon, c'est une sorte de "classe A" qui a été à l'origine de réformes drastiques, avec l'abolition du Shogunat et de la féodalité. Ce fut avant tout pour résister à l'extérieur (les pressions occidentales pour s'ouvrir le marché nippon). Le Japon a réussi cet exploit de changer en gardant sa mentalité.
Le "peuple" a suivi car il était obligé de le faire, et l'Empereur a permis cela en éduquant et alphabétisant en masse, et aussi en mettant fin au système de classe qui prévalait entre les shoguns/seigneurs et le "Japon d'en bas".
Sur le plan religieux, ce fut aussi la séparation entre le Shinto et le bouddhisme (ce dernier étant traditionnellement affilié aux shoguns, le shinto révérant l'Empereur).
Bref, on peut presque dire que c'est un "Maître autoritaire et éclairé" qui a pris les initiatives et réfléchi à un nouveau projet de société.

Alice
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GrandChienNoir
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MessagePosté le: Mar Nov 22, 2005 3:53 am    Sujet du message: Répondre en citant

Alice a écrit:

Sur le plan religieux, ce fut aussi la séparation entre le Shinto et le bouddhisme (ce dernier étant traditionnellement affilié aux shoguns, le shinto révérant l'Empereur).
Alice


Le shinto (littéralement: voie (tô) des esprits (shin)) n'est pas une religion au sens où nous l'entendons. C'est d'abord et surtout un ensemble de rites, divorcés de toute notion de Dieu. Ces rites sont justifiés par leur ancienneté (réelle ou imaginaire), et rien d'autre. L'empereur étant le descendant direct des dieux qui ont tiré l'archipel japonais de l'océan, il est logique que le shintô soit la «religion» officielle.

Quant au bouddhisme, ce n'est pas non plus une religion, c'est une philosophie. Certes, il y a des accrétions, comme l'idée des boddhisatva, très proche de celle de la «communion des saints» de l'église catholique. Mais cela n'a pas plus à voir avec les enseignements de Gautama que la communion des saints avec ceux de Jésus-Christ.

De cela il ressort, pour moi, que les Chinois et les Japonais sont foncièrement des athées animistes. Oui, je pèse mes mots: athées animistes!
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Balzac92
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MessagePosté le: Mer Mar 15, 2006 9:14 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Je découvre ce thème et la qualité des contributions. C'est vraiment très intéressant, très passionnant et je regrette qu'il n'ait suscité plus de débats.
Ne connaissant pas le Japon, je ne puis en parler. Quant au plantage de la Nahdha sous l'Egypte de Méhémet-Ali et, plus tard au Moyen-Orient, je peux avancer une explication.

Il y a à mon avis deux raisons. La première est exposée dans les contributions plus hauts, savoir que l'élite formée en Europe s'est le plus souvent cantonnée à un rôle de "compradore". Pourquoi ? C'est un mystère pour moi. Peut-être parce dans le milieu d'où elle est issue on a plus l'esprit rentier que vraiment entrepreneur, davantage commerçant qu'industriel.
La deuxième raison du plantage est l'islam, devenu schizophrène.
L'attitude schizo des premiers musulmans, dits réformistes, est consécutive à leurs contacts avec l'Europe. Vaste débat que je synthétiserais de la manière suivante : l'Occident est puissant en raison de sa maîtrise de la technologie ; apprenons donc cette technologie, maîtrisons-là et nous pourrons non seulement le rattraper, mais aussi rivaliser avec lui tout en préservant nos moeurs, nos traditions, notre religion.
Ce discours, qui persiste de nos jours encore, a connu de nombreux avatars, les derniers en date étant le nationalisme arabe puis l'islamisme.
De puis le XIXe siècle, l'erreur a consisté à ne pas (vouloir ?) comprendre que le progrès scientifique et la technologie sont le fruit d'une culture qui s'est développée en dehors, voire en opposition à la culture traditionnelle et religieuse en Europe. La démocratie est un aspect de cette culture, et pas le moindre.
Adopter cette culture et contribuer à l'enrichir revient pour un musulman à remettre en question sa culture traditionnelle et sa religion. Là où il s'agit de développer une pensée autonome, on lui dit que c'est injure à soi-même et à l'islam.

En résumé, vouloir les progrès techniques et la technologie occidentale en en refusant la culture me paraît une des raisons du plantage. La schisophrénie qui en résulte et qui persiste semble incurable. Depuis quand, à votre avis, a-t-on commencé à compulser le coran pour y trouver "annoncées" ou "expliquées" telles découvertes scientifiques effectuées en Occident ?
Pitoyable islam que celui qui n'invente rien, ne fait progresser rien et dont les adeptes, hors-course, se consolent en brandissant le coran, "livre sacré" chargé de "vérités scientifiques et techniques".
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Alain
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MessagePosté le: Mer Juil 05, 2006 10:13 am    Sujet du message: Répondre en citant

Un article très clair. On retrouve une thèse qui met en avant la collusion dirigeants / ulémas, certaine aujourd'hui et plus que probable hier ! Les ulémas ont construit très tôt un système codifiés où ils sont devenus indispensables, le pouvoir leur délégant le contrôle des masses en échange de leur allégeances. Ce qui s'observe aujourd'hui.

L'islamisme peut être vu comme une lutte pour le partage de ce type de pouvoir.

Le politique proprement dit étant réduit à une portion congrue, les états sont des croupions, ce qui est aussi ce que l'on constate aujourd'hui, les administrations sont innefficaces et il n'y a aucun projet de société émanant de l'Etat. Il y a bien deux mondes qui cohabitent (séparation comme dit adns l'article)


_____________________________________________________

http://grandguillaume.free.fr/c_rendus/f_ansary.html

Abdou Filali-Ansary, Réformer l’islam ? Une introduction aux débats contemporains. La Découverte, Textes à l’appui, 2003, 284 pages, 21 €.

L’islam intéresse les médias quand il apparaît sous des formes violentes (le terrorisme) ou ésotériques (le port du voile) qui, en réalité, masquent la profondeur des problèmes qui se posent pour lui. Le livre de Abdou Filali-Ansary montre comment dans un contexte difficile des hommes intelligents et courageux les affrontent.

Ce qui frappe à la lecture de ce livre, c’est que les problèmes brûlants d’aujourd’hui ont été posés dès le début du siècle dernier, mais qu’ils ont rencontré une résistance violente tant de la part des autorités que des opinions populaires.

De ce fait, de nos jours le problème est double : il faut non seulement ouvrir la réflexion, mais encore la faire admettre par une opinion facilement mobilisée contre toute idée de réforme. Face au défi de la modernité, 3 courants sont apparus :

-le premier, selon une vieille tradition, cherche à revenir à la pureté de l’islam et à réaffirmer la norme, ce qui aboutit de nos jours soit au conservatisme officiel, soit à l'extrémisme islamiste;
- le second estime l'islam dépassé dans le contexte actuel;
- le troisième essaie de réformer l’islam de l’intérieur. C’est ce dernier que l’auteur prend comme objet de sa réflexion: il s'interroge sur la possibilité de réformer l’islam, les problèmes soulevés et les solutions proposées.

Les premiers réformistes

A vrai dire, les premiers réformistes se sont manifestés dès le début du XX° siècle, mais leur voix a été étouffée: ils ont été critiqués par leurs collègues « docteurs », le bras séculier a été requis et l’opinion publique, grossièrement informée, ameutée.

En 1913 un ouvrage de Mansour Fahmi[1] sur le statut de la femme en islam provoque un scandale au Caire ; il en est de même en 1926, quand Taha Hussein[2] pose la question de la sacralité de la langue arabe à propos de la poésie ante-islamique. Même scandale quand en 1925 , un théologien-juriste musulman, Ali Abderraziq pose la question « Le Prophète était-il un Roi ? »[3], s’interrogeant sur la question du pouvoir politique en islam. Abdou Filali-Ansary, qui a traduit son livre, en transmet le message à travers les écrits de l’un de ses successeurs, Ahmad Khalafallah, auteur en 1948 d’une thèse sur « l’art du récit dans le Coran »[4], elle-aussi vivement contestée. A partir de cet auteur et d’une quinzaine d’autres, arabes et occidentaux, il passe en revue les points de vue exprimés de ces penseurs sur les problèmes clés de l’islam. Ceux-ci peuvent se rassembler autour du statut du politique et de la lecture du Coran.

Le statut du politique en Islam

A la question posée "Le Prophète était-il un roi ? ", Ali Abderraziq et ses successeurs répondent par la négative. Le Prophète a rassemblé autour de lui une communauté de fidèles à qui il a délivré un message, mais il n'a pas voulu fonder un Etat. La preuve en est qu'il n'avait rien prévu pour sa succession à la tête de cette communauté, alors qu'il n'a pas été surpris par la mort.

Ahmad Khalafallah (p.35) estime que cette attitude était précisément un point essentiel du message qu'il laissait aux siens : proclamant la dernière révélation, il voulait en finir avec les pouvoirs qui se réfèrent à l'autorité du Ciel, qui se légitiment par le surnaturel.

Pour lui, le Coran est "le premier et le dernier livre révélé qui œuvre pour la liquidation de l'Etat religieux et son remplacement par l'Etat temporel et démocratique, l'Etat où les dirigeants accèdent au pouvoir au nom du peuple, à travers le choix du peuple, et en vue d'œuvrer pour le bien du peuple. (p.35)".

Pour expliciter ce qui peut passer pour un anachronisme, il critique la notion de base des partisans de l'Etat islamiste, la hakimiyya, que ceux-ci interprètent comme "pouvoir", mais qui dans le texte sacré signifie "arbitrage" : loin de consacrer un pouvoir religieux, elle dénonce le recours au surnaturel pour trancher les litiges, instituant en quelque sorte une priorité de la norme rationnelle dans les rapports entre les hommes. "Seule la raison humaine est habilitée à imaginer et à mettre en place ce qui convient le mieux aux hommes." (p.36).

Si tel était le message primitif, comment en est-on venu à cet Etat islamique connu sous le nom de califat ? Les auteurs parlent ici d'un détournement originel dès la mort de Muhammad : c'est à ce moment qu'il se produit, et non pas après les quatre premiers califes dits "bien dirigés", comme le croit la majorité des musulmans.

Selon le syrien Mohammed Chahrour, "les trois premiers siècles de l'hégire ont vu la liquidation de l'héritage prophétique et son remplacement par un système légal conçu de manière à garder la communauté dans le giron d'un système dynastique, fondé sur le détournement de l'idéal de communauté ouverte au profit d'un système où une caste accapare toutes les ressources (p.183)".

Après la mort du Prophète, une succession à la tête de la communauté a été improvisée en l'absence de dispositions légitimes prévues. Ainsi c'est par la force et la violence que s'affirma un pouvoir monarchique se réclamant de la communauté de Muhammad. Cette période "idéale" des premiers califes, présentée par les traditionalistes d'aujourd'hui comme un âge d'or auquel il faudrait revenir est en réalité une période d'affrontements et de controverses dont l'ouvrage de Hichem Djaït[5] nous donne une idée précise : le terme fitna qui la désigne exprime à la fois le désordre, l'épreuve et le scandale.

Elle constitue pour la communauté musulmane un trauma originel qui l'a conduite par la suite à n'avoir plus pour objectif que sa sauvegarde dans un environnement politique minimal, provoquant une cassure entre la société et l'Etat. C'est ainsi que va se mettre en place, de la mort du Prophète jusqu'aux secousses du XIX° siècle, une organisation double :

- d'une part un pouvoir politique qui se légitime par l'islam mais s'impose par la force,

- d'autre part un pouvoir juridique géré par les hommes de religion ('ulama) à qui le pouvoir politique abandonne la gestion de la communauté et qui, en échange, font allégeance au calife. Ils gardent jalousement ce pouvoir sur la communauté face au pouvoir monarchique et aux rénovateurs.

C'est cet état de fait, produit de l'histoire, que les théologiens légitimeront a posteriori dans le cadre de la loi islamique, la chari'a.

Le pakistanais Fazlur-Rahman analyse cette dérive originelle : "la mise en place, dans les moments qui ont suivi la mort du Prophète, de structures politiques se prévalant de la religion a donné lieu à un type d'organisation et de fonctionnement des instances religieuses qui favorise les usages extrêmes du religieux (répression/contestation) et prévient en même temps les possibilités d'évolution concertée, raisonnée, maîtrisée des conceptions et des attitudes religieuses (p.230)."

Cet équilibre séculaire a été remis en cause par la seconde épreuve (fitna) du constat d'une faillite de l'Islam face à l'Occident. Si les traditionalistes ont dénoncé le despotisme politique et l'ignorance superstitieuse, ils ont cherché le salut dans une réimposition de la norme et un retour aux origines. De nos jours les prédicateurs islamistes prônent un islam-code[6] réduit à une gestuelle. Seuls ces quelques penseurs avancent une réflexion en profondeur. Mais pour étayer leurs thèses ils proposent une autre lecture du texte coranique.

Relire le Coran

Un premier constat : le Coran est "un texte victime –malgré le martèlement largement pratiqué – d'une véritable non-lecture. (p.21)".

Le texte est emprisonné dans le magmas des interprétations et des commentaires. Il faut donc revenir à la source, mais là surgissent de nombreux problèmes. Les conditions de la fixation du texte sont incertaines. L'ordre des sourates n'a jamais été justifié. La tradition qui veut qu'un verset nouveau abroge un verset plus ancien prête à toutes les manipulations en l'absence d'information sur la chronologie de la révélation.

Le texte du Coran est miné par l'abus des citations, isolées de leur contexte. Plus grave encore est l'ignorance des significations originelles des termes employés[7]. De ce fait nombre de divergences entre musulmans sont fondées sur des malentendus. Les auteurs introduisent la notion de genres littéraires dans le Coran, qui conduit à distinguer des versets juridiques, relativement précis et objectifs, et des récits à caractère symbolique ou mythique. Dans le premier cas, ils sont unanimes à y distinguer les intentionnalités, les "visées ultimes de la législation islamique" (maqacid al-charia) de la forme qui leur est donnée dans tel contexte historique ou sociologique, ce qui peut autoriser à donner parfois la priorité à l'intérêt général contre les dispositions textuelles. Aux interprétations littérales faites des textes par les juristes (fuqaha) il faudrait préférer les finalités données aux prescriptions religieuses. Telle est la voie dans laquelle s'est engagé le tunisien Mohamed Charfi[8] et d'autres penseurs.

Comment réformer ?

Le problème est que ces ouvertures, qu'elles soient exprimées en arabe ou en d'autres langues, ne touchent pas la masse. Celle-ci est foncièrement traditionaliste, par le poids du passé et l'encadrement des 'ulama.

Les gouvernements arabes, si prompts à utiliser la religion pour se légitimer, auraient pu faire avancer les questions par des dispositions législatives sur le droit personnel : ce que tenta de faire Habib Bourguiba à ses débuts. Mais au lieu de favoriser une évolution de l'islam vers un univers de liberté et de respect des droits de l'homme qui était son horizon naturel, ces gouvernements autoritaires se sont moulés sur le système ancien, ils ont favorisé un islam conservateur en lui faisant des concessions, afin de bénéficier à la fois d'une légitimation islamique et de l'encadrement idéologique des populations.

Les innovateurs se heurtent partout à une farouche opposition d'une base manipulée tant par ses ulama que par ses gouvernants. Les penseurs eux-mêmes sont bordés par une ligne rouge, l'accusation d'apostasie, qui peut se traduire par la condamnation à mort (comme pour Mohammed Mahmoud Taha au Soudan en 1985), l'assassinat ou au mieux le bannissement. Face à une situation aussi bloquée, et en l'absence d'un magistère analogue à la papauté,

Mohamed Charfi ne voit de solution que dans l'intervention d'un Etat, qui saurait distinguer sa fonction religieuse de ses fonctions politiques. Mais la solution comporte ses risques : "Comment l'Etat peut-il faire face à ses obligations religieuses sans confisquer la religion ni être confisqué par elle? (p.231)".

Ces problèmes difficiles sont abordés avec intrépidité par un courant minoritaire certes, mais courageusement engagé. Il est accompagné par des chercheurs en sciences humaines occidentaux, parfois gênés dans leur lucidité par une révérence excessive : ce n'est que marginalement que Jacques Berque s'est étonné de l'absence de toute étude logique ou sémiotique sur le Coran (p.44).

Des études de ce genre commencent à voir le jour et suscitent de nouveaux questionnements. C'est le cas de l'ouvrage de l'orientaliste allemand Christoph Luxenberg[9], spécialiste de l'arabe et du syriaque, qui, lisant l'écrit originel à partir d'une langue syriaque – ce qui fut peut-être l'usage à cette époque – aboutit à donner un sens nouveau à certains passages difficiles. Des progrès peuvent être réalisés dans la compréhension du Coran, il sera bien plus difficile d'en faire bénéficier les croyants dans le sens d'une ouverture de leur foi au monde moderne.

Jugées à cette aulne, les préoccupations du tout récent CFCM (Conseil Français de la Culture Musulmane) focalisées sur le port du voile et le caractère rituel de la viande (halal) paraissent particulièrement dérisoires et à terme préoccupantes.

La Quinzaine littéraire, N°856, 16-30 juin 2003, p.5
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