catherine Adulte


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Posté le: Ven Juin 17, 2005 1:49 pm Sujet du message: Polygamie dénoncée |
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Dossier : Le Synode africain : dix ans après
La question des "deuxièmes femmes"
Le père Sèverin Mawulolo Gakpe du Ghana aborde la question dérangeante du destin tragique des "deuxièmes femmes" des Africains qui décident de se convertir au catholicisme. Ces femmes se retrouvent souvent sans domicile, séparées de leurs propres enfants, leur mariage sacrifié au choix que font leurs maris de se faire baptiser.
La terre d’Afrique est, aujourd’hui encore, terre de première évangélisation. Des hommes et des femmes en nombre de plus en plus grand découvrent le Seigneur Jésus ainsi que son message de vie et d’amour pour la première fois. Beaucoup adhèrent à la foi catholique. Parmi les questions qui se posent à certains de ces nouveaux convertis, ou mieux parmi les questions qu’ils posent à l’Église, celle des deuxièmes femmes des polygames devenus catholiques est l’une des plus actuelles et des plus délicates.
En effet, la polygamie fait partie des coutumes en Afrique. Or, nous le savons, l’Église catholique enseigne la monogamie comme seule forme de mariage pour les disciples du Christ. Lors de son intervention au synode africain de 1994, Mgr Katryn Hauwa Hoomwap du Nigeria soulevait déjà la question : "Il faudrait également se pencher sur le problème des deuxièmes femmes quand un polygame devient catholique" (1). Cet appel n’a pas semblé retenir toute l’attention du synode qui s’est contenté de réaffirmer "avec force l’origine divine de l’enseignement de l’Église sur l’unité et l’indissolubilité du mariage" (2). Les différentes conférences épiscopales ont été invitées à créer des commissions (3) pour gérer les conséquences d’une telle affirmation. Si le débat est clos, la question reste entière. Et pourtant, comme l’a si bien souligné Mgr Joseph Edra Ukpo du Nigeria lui aussi, le problème du mariage et de la famille africaine "a donné bien du fil à retordre à de nombreux prêtres engagés dans la pastorale ; d’autres pasteurs ont préféré baisser les bras, découragés devant l’énormité du problème (4). Pour permettre une meilleure compréhension de la situation, nous nous permettons d’en faire un rapide exposé.
Voilà des femmes qui, dans la fidélité à leur tradition, acceptent d’épouser un homme déjà marié. Ceci n’a rien de répréhensible, puisqu’il ne choque en rien les mœurs. Et puis, un beau jour, parce que leur mari a rencontré Jésus, elles se voient obligées de retourner on ne sait où, après avoir dépensé leur jeunesse, leur beauté et leur force au service de leur foyer devenu leur deuxième famille. Qu’ont-elles fait de mal qui mérite un tel sort ? Que vont-elles devenir ? Elles ne peuvent parfois pas se remarier. Comment géreront-elles ce célibat imposé par la foi de leur époux ? Ces interrogations et les nombreuses autres que suscite la situation appellent des réflexions à la fois éthiques et théologico-pastorales. C’est sans doute à cela que le cri de Mgr Hoomkwap voulait éveiller le synode.
La première question éthique est celle d’une justice sociale. Sans qu’il y ait besoin de le dire, le mari et ses épouses vivent, en Afrique, une véritable communauté de biens gérée par l’homme (5). Celui-ci, en adhérant à la foi au Dieu-amour qui est aussi le Dieu-avec-nous, est obligé de "sacrifier" ses compagnes, alors qu’il n’est pas toujours possible, dans un milieu aussi pauvre qu’en Afrique où l’on vit au jour le jour, de leur assurer une rente qui les arracherait à la misère. Elles n’ont souvent ni la force ni la possibilité de se construire une nouvelle existence. Alors, que deviendront-elles ? Comment pourront-elles vivre, vivre décemment, avec parfois des enfants en bas âge ? Face à leur nouvelle condition, conséquence de la conversion de leur mari, elles sont comme jetées à la rue, sans ressources et sans soutien, à part une certaine assistance de leurs familles. Habituellement, elles ne savent où aller, si ce n’est dans la maison paternelle. Elles vivent alors un véritable drame humain que l’Église, "experte en humanité", ne saurait ignorer…
La deuxième question éthique que pose la situation des "deuxièmes femmes" de polygames convertis est d’ordre sexuel. Voilà des femmes qui n’ont pas choisi le célibat. Mieux encore, elles ont vécu une vie maritale que vient briser la rencontre entre le Christ et leur époux. Abandonnées par ce dernier, il ne leur est pas toujours possible de trouver un homme qui fasse à nouveau leur bonheur. Elles se voient appelées à vivre une continence qu’elles n’ont pas choisie. Elles n’y ont pas été préparées. Heureusement, certaines assument cette nouvelle vie, mais il en est qui sont tentées de se laisser aller à une vie sexuelle parfois désordonnée. Elles sont des proies faciles pour des hommes qui, profitant de leur faiblesse et de leur dénuement, pourraient les entraîner dans la débauche. À qui la faute ? La découverte de Jésus par leur mari n’est-elle pas cause de leurs péchés si elles venaient à succomber ? Quels remèdes l’Église pourrait-elle leur proposer ?
L’approche de ces deux aspects de la question nous révèle que, sans présumer de la facilité de la nouvelle situation pour le mari, c’est bien celui-ci qui se convertit, mais ce sont les "deuxièmes femmes" qui subissent les principales conséquences négatives de cette conversion. Surgissent alors des questions d’ordre pastoral.
Est-il normal que la conversion du mari soit, à ce niveau, source de souffrances pour les femmes qui, selon la culture, n’ont rien fait de mal en soi ? Quelle pastorale pour ces épouses ? Comment leur annoncer que Dieu est amour et miséricorde ? Comment pourront-elles croire en ce Dieu qui leur prend leur mari et les abandonne à leur triste sort ? Par ailleurs, dans la mesure où Jésus est l’Emmanuel, le Dieu qui chemine avec nous, comment un tel cheminement se manifeste-t-il pour ces "deuxièmes femmes" ? La rupture qui leur est imposée n’est-elle pas une sorte de condamnation du genre "vous aviez mal fait d’épouser un futur converti, vous devez le quitter" ?
Devant la complexité de la situation, comme l’a souligné Mgr Joseph Edra Ukpo, nombre de pasteurs, découragés et dépourvus de réponses cohérentes, baissent les bras. Peut-être faudra-t-il que l’Église initie, et pas seulement dans des commissions de conférences épiscopales africaines, une réflexion qui montre l’intérêt qu’elle porte à la situation des nouveaux convertis et de leurs milieux de vie. La recherche théologique peut s’engager sur plusieurs pistes.
Rappelons que nos propos ne concernent pas les polygames en général, ni la polygamie en tant que telle, mais uniquement les polygames qui font une démarche de conversion. Sans remettre en question "l’origine divine de l’enseignement de l’Église sur l’unicité […] du mariage chrétien" (6), on peut se demander si la polygamie en soi, reconnue officiellement dans certaines traditions africaines, est incompatible avec la foi chrétienne. Ne faudrait-il pas réfléchir à un cheminement, une sorte de transition entre la polygamie et la monogamie, surtout quand des polygames adhèrent à la foi catholique ? Il ne s’agit pas d’accepter que des chrétiens deviennent polygames, mais que des polygames deviennent chrétiens, sans devoir imposer à leurs conjointes les souffrances d’une séparation qui fait tant de mal. Le visage d’un Dieu miséricordieux n’en serait que plus visible !
Nous savons que, dans l’Ancien Testament, nombre de patriarches étaient polygames ; peut-on affirmer, avec une certitude absolue que la polygamie y a été condamnée en tant que telle ? Il a fallu un long processus de purification avant d’aboutir à la monogamie. Ne pourrait-on pas considérer que l’Afrique traditionnelle en marche vers l’Évangile est en train de vivre son propre Ancien Testament ? Pourquoi demander aux Africains de faire un saut dans le temps et dans les rigueurs des exigences évangéliques ? Le proverbe n’est-il pas d’actualité, selon lequel "c’est en mettant un pied devant l’autre qu’on avance ; on tombe à vouloir déplacer les deux pieds en même temps" ?
Notes :
1. K. H. Hoomkwap, "Les femmes dans l’Église et la société" in M. Cheza (éd.), Le synode africain. Histoire et textes, Paris, Karthala, 1996, p. 78.
2. M. Cheza, "Les 64 propositions" in Op. cit., p. 256.
3. Idem.
4. J. E. Ukpo, « Le mariage traditionnel africain » in la documentation catholique, 1994, n°. 2094, p. 488.
5. Ceci n’est certes pas sans poser de problèmes ; ceux-ci ne sont pas réservés aux seuls ménages polygames et devraient être étudiés dans un cadre plus général.
6. M. Cheza, "Les 64 propositions" in Op. cit., p. 256.
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Le Père Séverin Mawulolo Gakpe, prêtre togolais, est etudiant au Centre Sèvres de Paris où il est actuellement en instance de soutenir une thèse en théologie morale intitulée "De l’autorité comme témoignage. _________________ Dieu est infiniment plus fort qu'allah.
satan est déjà vaincu par Celui qui est l'Alpha et l'Omega. |
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