jacqueline Adulte


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Posté le: Dim Juin 05, 2005 4:53 pm Sujet du message: catholiques vs protestants c'était pas la joie |
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les catho pots de colle à fond. Où même les morts n'avaient encore pas la paix
Les morts sans tombe révèlent leur sépulture
Par Sylvie BRIET samedi 04 juin 2005 (Liberation - 06:00)
[quote]sur un terrain creusé entre la mairie et l'hôpital de Saint-Maurice, tout près de Charenton dans le Val-de-Marne, un important cimetière protestant émerge tout doucement. Pas n'importe lequel : les corps qui s'y entassent ont été enterrés là pendant la période de l'application de l'édit de Nantes, promulgué en 1598, révoqué en 1685. Les huguenots parisiens avaient alors été invités à pratiquer leur culte à cinq lieues de la capitale, tandis qu'un décret royal de 1609 les contraignait à enterrer leurs morts la nuit, sans cortège funèbre et sous la surveillance d'un archer du guet, ceci pour éviter les désordres et émeutes. Sur l'emplacement qui accueillera bientôt une maison médicalisée, c'est la première fois en France qu'un cimetière protestant est fouillé par des archéologues.
Coexistence. Avant 1598, catholiques et protestants se disputaient âprement les cimetières, les profanations étaient courantes et l'on déterrait les «hérétiques». Après les horreurs des guerres de religion, l'édit de Nantes promulgué par Henri IV établit alors la coexistence des catholiques et des protestants, et restitue à ces derniers des lieux de culte. Il leur impose cependant des cimetières séparés, à l'écart des villes, les cimetières paroissiaux étant désormais réservés aux catholiques. Les huguenots de Paris et ceux de passage dans la capitale vont donc pratiquer leur culte au temple de Charenton-le-Pont et s'y faire enterrer.
D'après les textes, deux temples furent construits à cette époque dans la ville : le plus récent, bien localisé à l'ouest du terrain de fouilles, fut le plus grand de France, prévu pour 4 000 personnes. Ces temples étaient avant tout des lieux destinés à écouter les prédications, mais un cimetière y était accolé, réservé à des personnages importants. Il est aujourd'hui enfoui sous des immeubles et n'a jamais été fouillé.
On ignore en revanche l'emplacement du premier temple qui fut construit en 1608, réduit en cendres en 1621, dans des actes de fureur antihérétique. Selon Jean-Yves Dufour, archéologue de l'Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives) qui dirige le chantier (1), ce premier temple jouxtait peut-être le cimetière qui est actuellement fouillé. Plus particulièrement réservé aux pauvres, semble-t-il, il fut donné à un couvent après la révocation de l'édit de Nantes. Les protestants, censés se convertir, pratiquèrent et enterrèrent alors leurs morts en cachette.
«Révolution culturelle». Plus de cinquante squelettes ont été dégagés depuis le début du chantier le 10 mai : les corps se chevauchent, tout en étant alignés, la densité est forte. Le chercheur a déjà remarqué des enfants présentant des traces de rachitisme. A part quelques bagues, aucun objet n'accompagne les morts. «Les funérailles étaient laïques pour se prévenir de toute superstition. Il n'y avait aucune prière pour les morts, c'était incompatible avec la doctrine de la foi individuelle. Le monde des morts était complètement séparé de celui des vivants, chez les réformistes. C'était, par rapport aux catholiques, une véritable révolution culturelle, le changement le plus fondamental entre les deux communautés», explique Marianne Carbonnier-Burkard, professeure d'histoire à la faculté théologique protestante de Paris. Rien ne marquait l'emplacement des morts, placés dans des cercueils en bois, sans tombe. Le cimetière avait, d'après certains auteurs de l'époque, l'aspect d'une cerisaie.
Histoire et archéologie vont confronter leurs points de vue car on ne connaît les pratiques d'inhumation que par les textes. Ce cimetière devrait permettre de comparer les rites protestants et catholiques. Si la documentation est relativement abondante sur les temples, elle l'est beaucoup moins sur les cimetières. Quand à l'archéologie des périodes modernes, elle n'est pas très développée en France.
Les archéologues doivent libérer le terrain pour la fin juillet.
(1) L'organisme de recherche public qui réalise la plupart des fouilles préventives en France. |
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