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Guerre des idées :: Voir le sujet - Le sexe doit être sacré
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Le sexe doit être sacré

 
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Auteur Message
juju
Vétéran
Vétéran


Inscrit le: Apr 22, 2004
Messages: 2568
Localisation: Paris

MessagePosté le: Dim Jan 22, 2006 2:03 pm    Sujet du message: Le sexe doit être sacré Répondre en citant

http://femmes.msn.fr/amours/couple_sexualite/article10/suite/

Citation:
Pascal Bruckner : « Le sexe doit être sacré »

Jésus aurait dû devenir une fille publique.” Pascal Bruckner ne craint pas de choquer. Dans L'Amour du prochain, il dénonce la normalisation actuelle de la sexualité.




Né à Paris en 1948, le philosophe et écrivain a publié de nombreux ouvrages, essais – La Tentation de l'innocence (prix Médicis de l'essai 1995), L'Euphorie perpétuelle, Misère de la prospérité, etc. – et romans – Les Voleurs de beauté (prix Renaudot 1997), Les Ogres anonymes, etc. (tous les ouvrages cités sont disponibles au Livre de poche, chez Hachette).


--------------------------------------------------------------------------------



Psychologies : Dans votre dernier roman, vous mettez en scène un homme et une femme qui se prostituent par amour de leur prochain. Comment vous est venue cette idée du sexe comme moyen de rédemption ?

Pascal Bruckner : Ce thème me poursuit depuis ma thèse sur Charles Fourier, en 1975. Les utopistes du xixe siècle avaient caressé cette idée d'une prostitution universelle où tout le monde appartiendrait à chacun afin de guérir les blessures de l'amour et d'honorer ceux qui ne sont jamais traversés par le courant du désir. C'est une de mes plus vieilles obsessions : le corps de chacun appartient à tous, le désir est beaucoup trop fort pour s'arrêter à une seule personne. Il y a quelque chose en lui qui doit embrasser le grand nombre.

Même si le couple est probablement indispensable, nous subissons un élan qui nous pousse vers le nombre plus que vers l'unité. En dépit de l'amour qui exige l'exclusivité, la monogamie est arbitraire. Mon héros va chercher à vivre du sexe par désir et par plaisir. Puis ce qui n'est qu'un caprice érotique se transforme grâce à une dimension spirituelle.


Vous écrivez : « Jésus s'est trompé. Au lieu de monter sur une croix, ensanglanté, il aurait dû s'allonger sur un lit, devenir une fille publique… » Vous ne craignez pas de choquer, de blesser ?

Le sexe excède toute forme de morale, conjugale ou sociale. Il est porteur d'une dimension religieuse ou spirituelle. On peut, dès lors, en faire l'expression d'une démarche fraternelle ou solidaire. Si j'aime mon prochain, je l'aime jusque-là. On soulage les malades, les souffrants, les miséreux en les soignant, en les nourrissant. Jamais en leur donnant du plaisir sexuel. Cela va faire hurler les religieux, mais mes héros sont des martyrs. Ils deviennent prêts à tout pour satisfaire celles et ceux qui leur demandent. Le sexe possède pour eux une dimension mystique, quasi biblique.

Le mysticisme lui-même est à la limite de l'érotisme. D'ailleurs, l'Eglise catholique a toujours admis avec beaucoup de réticence les vrais mystiques, ceux qui vivaient une passion physique pour Dieu, comme saint Jean de la Croix. Dans certaines religions, l'hindouisme, les cultes babyloniens, existaient des prostituées sacrées pour qui le sexe était un intermédiaire avec Dieu. Dans la Kabbale, il existe des textes magnifiques sur la dimension d'élévation des amants à un stade surhumain. Le sexe a partie liée avec la quête de l'immortalité. C'était sans doute plus facile autrefois lorsqu'il y avait des transgressions ; briser un tabou demandait une vraie volonté. Aujourd'hui, la sexualité est devenue tellement normative que même les médecins la recommandent ! Elle a acquis une dimension de respectabilité… C'est donc plus difficile de tutoyer le sacré !

Selon vous, le sexe tient-il de l'envie ou du besoin ?

Nous sommes dans la sexualité-besoin lorsqu'elle nous rapproche des animaux : la fonction reproductrice, par exemple. Et puis, il y a l'érotisme, tout ce qui élève l'homme, le tire vers le haut. C'est là que la sexualité devient spirituelle : elle n'est plus uniquement un plaisir, mais une occasion de dépassement de soi, de l'autre, de notre enveloppe charnelle. L'acte sexuel peut appartenir à l'ordre du sacré.

On peut tous l'expérimenter dans l'étreinte amoureuse. Il y a des êtres avec lesquels le sexe a quelque chose de sidérant, qui nous élève au-dessus de la condition humaine. C'est bien au-delà du désir ou du plaisir. C'est un mouvement de notre être où le don doit être total.


Faudrait-il revenir à une sacralisation du sexe ?

Malheureusement, nous sommes justement en pleine désacralisation. La sexualité est devenue une activité hygiénique. Quelque chose que l'on veut ranger justement du côté du besoin, de la nécessité, et plus du tout de l'envie ou du désir. C'est une annexe de la santé physique et psychique, du domaine de la performance, de la norme. Le sexe doit faire partie du CV de toute personne épanouie.

Cela crée un décalage énorme avec ce que nous vivons car notre société sur-érotisée ne correspond à rien de notre vécu. Il faut arracher le sexe à cette parole publicitaire, médiatique, médicale, et lui faire retrouver une parole plus fondamentale. Le sexe est effrayant et attirant en même temps. Le sexe doit rester quelque chose qui brûle.


MISSIONNAIRES DU PLAISIR :
Sébastien a tout pour être heureux : jeune diplomate, heureusement marié, père de famille entouré d'amis fidèles… Jusqu'au jour où il se fait draguer par une femme qui lui propose de coucher avec elle contre de l'argent. Il devient prostitué. Avec Dora, sa compagne, il va inventer une nouvelle religion, celle où l'amour du prochain consiste à donner du plaisir à ceux qui n'en ont pas. Un roman brut et dérangeant, à épargner aux âmes sensibles. En revanche, les amateurs de langue forte, d'univers onirique aux portes du baroque et d'irrévérence absolue, ne manqueront pas d'aimer.

L'Amour du prochain de Pascal Bruckner (Grasset, 2005).


Violaine Gelly

_________________
Ce terme [almanach], passé dans les langues européennes grâce à l'arabe andalou latinisé, semble être la transcription grecque d'un terme dérivé du syriaque qui désignait les calendriers égyptiens.

Louis Molet
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Alain
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Inscrit le: Aug 22, 2004
Messages: 386

MessagePosté le: Mar Jan 24, 2006 7:32 am    Sujet du message: Répondre en citant

Salut Juju

Je vois ce qu'il veut dire dans l'ensemble (le sexe est bon et rendu mauvais par la religion), mais dans l'interview, ces idées censées en faire une démonstration m'ont un peu énervé. Je m'explique :

Citation:
Il est porteur d'une dimension religieuse ou spirituelle.

Qu'est ce qui, en nous, ne porte PAS une "dimension religieuse ou spirituelle ? Au fait que recouvre le mot "spiritualité" ? Sourire

Citation:
Nous sommes dans la sexualité-besoin lorsqu'elle nous rapproche des animaux : la fonction reproductrice, par exemple. Et puis, il y a l'érotisme, tout ce qui élève l'homme, le tire vers le haut.

Allons bon, coucou nous revoilou, l'opposition homme (pourvu d'une âme) / animal (dénué d'âme, tuable à volonté) de même que l'opposition désir (toujours joli et élevé, l'épicerie Fauchon) / besoin (moche et bas, le corned-beef), et au fait que connait-il de la sexualité des animaux ? De leur besoins ou même de leurs "désirs" ? Qu'il lise donc les livres de Lorentz sur les oies sauvages !

Puis Bruckner tombe dans un travers gonflant des polémistes : l'hyper généralisation des comportements individuels, il faut généraliser pour pouvoir écrire ce qu'il écrit mais il faut aussi voir les variétés. En matière de sexualité et de "vie à 2", c'est la diversité qui est la règle, ce n'est que de loin que ça parait le même chose. Il devrait donc commencer par se renseigner un peu mieux avant de tirer ces conclusions uniformisantes.

"Nous sommes justement en pleine désacralisation." ? C'est de son cru ça, et ça impliquerait un avant (le suffixe "dé"). Et de plus cet après seraient bien définis, connus, constants et généralisés. Il s'avance là !

Il devrait dire plutôt "le sexe se montre désacralisé" "dans les représentations contemporaines" ou mieux "dans les récits socialisés des expériences individuelles". Représentations et les réalités représentées étant deux choses tout à fait différentes. Il est connu que les sociétés ont des discours sur elles-mêmes. Je m'étonne que Bruckner ne fasse pas la différence (bon, c'est une simple interview).

Citation:
Le sexe est effrayant et attirant en même temps.

Outre que c'est une ambivalence très classique (remplacer sexe par ce que vous voulez, ça devrait marcher), Il affirme des choses censées être vécues par tous, c'est sorti de son chapeau de généralisateur.

Citation:
C'est une annexe de la santé physique et psychique, du domaine de la performance, de la norme.

So ? Quelle curieuse façon de mettre la santé en arrière ... Je lui souhaite que tout fonctionne bien pour lui jusqu'à un âge avancé.

Je vois ce qu'il veut dire, le sexe opératoire, du "il faut", mais n'empêche on est quand même dans trip de "corps inférieur". Il oppose le "haut" (humain, spirituel, désir, corps idéalisé) et le "bas" (animal, physique, besoin, corps instrument), il ne nomme pas "âme" mais on la devine.

Citation:
Le sexe doit faire partie du CV de toute personne épanouie.

C'est sûrement vrai dans une certaine mesure, mais c'est de l'argument épouvantail ici : "voyez cette horrible chose".

Citation:
Le sexe doit rester quelque chose qui brûle.

Et pourquoi donc mister ? Et comment cela ?

Quitte à parler de ce qui est brûlant, moi je verrais plutôt la question contemporaine, générale, de tension entre l'individu libre et l'individu guidé, ainsi que du moi et des autres. La sexualité participant largement des deux, elle en est dépendante. Ca c'est brûlant.


Dans ce texte, on voit qu'il veut absolument que la sexualité aujourd'hui soit déréglée. Il existerait de plus selon lui une sexualité qui a été sacralisée et qui ne l'est plus.

Citation:
Il faut arracher le sexe à cette parole publicitaire, médiatique, médicale, et lui faire retrouver une parole plus fondamentale.

Ca va dans le sens de ce que je dis, c'est bien la question de la captation du récit et des représentations. L'Eglise avait fait pareil (en concurrence avec les représentations et mœurs populaires), en quoi la vision religieuse avait-elle une "spiritualité" ? A part le ton des curés et les salamalecs componctueux.
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Alain
Adolescent(e)
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Inscrit le: Aug 22, 2004
Messages: 386

MessagePosté le: Mar Jan 24, 2006 7:41 am    Sujet du message: Répondre en citant

Correctif : pas "rendu mauvais par la religion" mais "rendu mauvais par la désacralisation"
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Alain
Adolescent(e)
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Inscrit le: Aug 22, 2004
Messages: 386

MessagePosté le: Mer Jan 25, 2006 12:40 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Benoit 16 cause de ça Ici, comme d'hab avec 18 trains de retard mais bon, c'est ça ou l'ANPE.

Citation:
Il n’est pas rare aujourd’hui de reprocher au christianisme du passé d’avoir été l’adversaire de la corporéité; de fait, il y a toujours eu des tendances en ce sens.

Mais la façon d'exalter le corps, à laquelle nous assistons aujourd’hui, est trompeuse. L’eros rabaissé simplement au «sexe» devient une marchandise, une simple «chose» que l’on peut acheter et vendre; plus encore, l'homme devient une marchandise. En réalité, cela n’est pas vraiment le grand oui de l’homme à son corps. Au contraire, l’homme considère maintenant le corps et la sexualité comme la part seulement matérielle de lui-même, qu’il utilise et exploite de manière calculée.

Une part, d’ailleurs, qu'il ne considère pas comme un espace de sa liberté, mais comme quelque chose que lui, à sa manière, tente de rendre à la fois plaisant et inoffensif. En réalité, nous nous trouvons devant une dégradation du corps humain, qui n’est plus intégré dans le tout de la liberté de notre existence, qui n’est plus l’expression vivante de la totalité de notre être, mais qui se trouve comme cantonné au domaine purement biologique.

L’apparente exaltation du corps peut bien vite se transformer en haine envers la corporéité. À l'inverse, la foi chrétienne a toujours considéré l’homme comme un être un et duel, dans lequel esprit et matière s’interpénètrent l’un l’autre et font ainsi tous deux l’expérience d’une nouvelle noblesse.

Oui, l’eros veut nous élever «en extase» vers le Divin, nous conduire au-delà de nous-mêmes, mais c’est précisément pourquoi est requis un chemin de montée, de renoncements, de purifications et de guérisons.


Etc ... C'est assez long. je lirais le tout plus tard à tête reposée.
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GrandChienNoir
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Localisation: Australie

MessagePosté le: Ven Jan 27, 2006 12:01 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Alain a écrit:
L’eros rabaissé simplement au «sexe»

Et l'éros c'est quoi, hors le sexe? Encore du déblatérage de catho
coincé, pour qui le sexe est celui des anges.
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